Pierre-André Benoît, spécialisé dans la production de lait pour la fabrication de Gruyère aux Ponts-de-Martel, fait partie de cette nouvelle génération d’agriculteurs tournée vers le progrès. La vétusté de son ancienne exploitation, la nécessité inévitable d’une mise aux normes, la difficulté de trouver du personnel qualifié ont contraint cet ingénieux agriculteur, soucieux d’assurer la viabilité de son entreprise, à trouver des solutions lui permettant d’améliorer la qualité et le rendement de son entreprise. Il s’est lancé le défi de construire une ferme « intelligente », presque autonome s’accordant parfaitement à l’écologie et au rythme de vie naturel du bétail. Un projet qu’il a pu notamment mener à bien grâce à l’appui de sa femme et de ses cinq filles. Toutefois, comme les terres de l’agriculteur se trouvent sur un site marécageux protégé, il a été contraint de repenser son projet initial de nouvelle construction et de remodeler ses plans en faveur d’une extension et d’une rénovation de son rural. Faute de place, l’extension de son exploitation dans une colline rocheuse a été nécessaire. En conséquence, d’importants travaux de marteau-piqueur, non prévus dans le devis initial, ont étés entrepris. Sensible aux initiatives visant à développer une agriculture durable et rentable, l’Aide Suisse aux Montagnards a décidé de soutenir l’agrandissement de la ferme.

Une famille nombreuse et soudée
La vie de Pierre-André Benoît tourne autour des six femmes qui forment sa famille, sa femme Cosette et ses cinq filles âgées de 3 à 16 ans, Melinda, Armelle, Gaétane, Solène, Flavie. Les deux aînées montrent un intérêt marqué pour l’exploitation de leur père. Ainsi, Armelle, 14 ans, se charge de l’intendance des machines, dont celle d’« Astronaut » le robot ; tandis que Melinda, 16 ans, conduit le tracteur de la ferme. Bien entendu, chacune amène sa propre contribution : « Nos filles nous appuient physiquement mais surtout psychologiquement dans la gestion de la ferme », relève non sans fierté l’agriculteur.

Des idées plein la tête
Pierre-André Benoit est de nature curieuse. Toujours à l’affût de la moindre bonne idée à appliquer à sa ferme, il n’hésite pas à rendre visite à des confrères pour leur demander des conseils. Ainsi, son exploitation ressemble maintenant à un puzzle des plus efficaces avec des installations simples mais ingénieuses. L’une de celles-ci concerne la récupération d’eau de pluie. En effet, l’eau est récupérée du toit et recueillie dans une citerne de 200’000 litres. Elle est ensuite acheminée dans la chambre de traite afin de refroidir le lait fraîchement trait. L’eau, ainsi réchauffée à température ambiante, est ensuite distribuée dans des abreuvoirs individuels fonctionnant selon le système des vases communicants : «Dès qu’une vache s’abreuve, le niveau baisse, le « tank central » déverse alors l’équivalent de la quantité d’eau bue dans les abreuvoirs. Avec ce système, tous nos abreuvoirs sont toujours au même niveau. Dans notre région, les hivers sont très rigoureux. Grâce à ce mouvement permanent de l’eau, on évite notamment les problèmes de gel», précise l’agriculteur. Parmi les autres technologies destinées à améliorer la qualité et le rendement de la ferme, il s’est notamment équipé d’un robot à traire, d’une installation permettant le séchage du foin grâce à la récupération de l’air chaud du toit, et d’une fumière couverte.

Les machines au service du bétail
« Chez nous, le stress des vaches est totalement parti », déclare Cosette avec malice. En effet, les vaches mènent leur vie au gré de leurs envies. Les installations automatiques aménagées par le couple Benoît laissent une véritable autonomie aux bêtes. Celles-ci sont libres de choisir le moment où elles veulent dormir, se faire brosser et même se faire traire. Tout ceci grâce notamment à « Astronaut », un robot de la dernière génération, qui se charge de la santé générale de ses 57 vaches, de la traite et du contrôle du délai de huit heures entre chaque séance de traite en reconnaissant électroniquement chaque bovin.

Ce système comprend bien des avantages, outre le confort et le bien-être des bêtes. Il permet aussi à la famille Benoît de gérer son temps avec plus de flexibilité tout en rentabilisant avec efficacité la production du lait pour la fabrication du délicieux Gruyère AOC. Cependant, une intendance rigoureuse des machines est nécessaire : « Dès qu’un problème survient, « Astronaut » nous prévient immédiatement sur notre natel. Dans un tel cas, nous devons régler le problème dans les plus brefs délais», indique le fermier. Il relève également : « Il y a 4 ans, suite aux changements de la politique agricole PA 2007 et la décision d’arrêter de soutenir la production de céréales à la montagne, j’ai décidé d’abandonner définitivement la culture de céréales fourragère, qui correspondait à un quart de mon chiffre d’affaires, pour m’orienter uniquement vers la production de lait, à mon avis plus rentable à long terme. Je suis passé en quelques années d’un contingent de 120’000 litres à 380’000 litres de lait par année. Ainsi, tous les travaux entrepris pour moderniser et agrandir mon exploitation étaient indispensables à la réorientation et à l’évolution de mon activité ».

Une aide bienvenue
En effet, la vétusté des installations, vieilles de 30 ans, la nécessité d’adapter sa ferme aux normes en vigueur, la difficulté à trouver des employés qualifiés ont poussé le dynamique agriculteur à chercher des solutions et à créer une ferme fonctionnelle et « intelligente ». Il a toutefois rencontré des problèmes dans son entreprise : d’une part, il n’était pas possible de construire, comme initialement envisagé, un nouveau rural sur ses terres de l’autre côté de la route. En effet, cette région est réputée pour ses marais classés d’importance nationale. Pierre-André Benoît a dû se résoudre à agrandir et à transformer la ferme familiale. La construction a été « reculée » dans une colline rocheuse engendrant ainsi d’importants travaux de marteau-piqueur, non prévus dans le devis. D’autre part, le tracteur engagé dans les travaux a dû être remplacé par un tracteur d’occasion. Au total, le budget initial sera dépassé d’environ 10%.

« C’est notre vétérinaire qui nous a suggéré de faire appel à l’ASM. Nous la remercions du fond du cœur pour son coup de pouce décisif et pour sa rapidité», souligne le couple. Willy Streckeisen, expert bénévole de l’ASM, précise : « L’exploitation de base de la famille Benoît se situe entre 1’009 m. d’altitude et 1’230 m., en zone de montagne 2[1] et fait donc partie de notre zone d’intervention. Elle est par ailleurs résolument tournée vers l’avenir et correspond aux projets novateurs que nous sommes fiers de soutenir. Le dynamisme, la compétence, le courage et la démarche écologique de ce jeune agriculteur constituent autant d’atouts en sa faveur. Grâce à notre soutien, Pierre-André Benoît peut assurer la rentabilité de son exploitation et l’avenir de sa famille».

img6052.jpg

Une ferme à voir!