Les marais et les sites marécageux de Suisse sont protégés depuis tout juste 20 ans. Le peuple avait alors adopté l’Initiative de Rothenthurm à une nette majorité. Cet anniversaire marque une étape à fêter. Mais attention : il ne suffit pas de protéger les marais sur le papier pour sauvegarder vraiment ces sites d’une grande valeur écologique et paysagère, et avec eux, la biodiversité.

20 ANS
En 1987, la population suisse a accepté à une nette majorité l’Initiative sur la protection des marais (Initiative de Rothenthurm). Elle marquait ainsi une étape historique dans la protection suisse de la nature. «Depuis lors, ‘Rothenthurm‘ est le symbole de la volonté du peuple suisse de sauvegarder des milieux naturels précieux et la biodiversité», affirme François Turrian, de l’Association suisse pour la protection des oiseaux ASPO/BirdLife Suisse. Pro Natura, l’Association suisse pour la protection des oiseaux ASPO/BirdLife Suisse et le WWF profitent de ce 20ème anniversaire pour attirer l’attention sur la protection des marais et souligner les graves lacunes subsistantes.

De beaux succès – mais souvent uniquement sur le papier
1700 hauts et bas-marais et 89 sites marécageux sont aujourd’hui recensés dans des inventaires et protégés. Cela représente environ 1100 kilomètres carrés, soit deux fois la surface du lac de Constance. Malgré tout, la superficie totale des marais suisses a rétréci de 5% depuis l’adoption de l’Initiative de Rothenthurm. Trop souvent, un entretien adéquat et des zones-tampons contre l’apport d’éléments nutritifs par l’agriculture y font défaut. De plus, un grand nombre de marais s’assèchent peu à peu sans qu’on y prenne garde. Leur eau s’écoule par d’anciennes cicatrices laissées par des exploitations antérieures (extraction de la tourbe, drainage pour l’exploitation agricole). «Pour que les marais se maintiennent effectivement, il est urgent d’entreprendre des revitalisations actives», souligne Silva Semadeni, présidente de Pro Natura : «Pour cela, il faut impérativement plus d’argent. Les fonds alloués aujourd’hui suffisent tout juste pour une protection des marais sur le papier, mais pas pour la sauvegarde effective de ces sites naturels nécessaires.»

Moins d’urgences grâce à une stratégie nationale
Les fonds à disposition dans le domaine de l’environnement étant limités, il est d’autant plus important de les utiliser le plus efficacement possible. Dans ce but, la Suisse a besoin d’une stratégie d’ensemble sur le plan national, non seulement pour les marais, mais pour la sauvegarde de la biodiversité en général. Bien que la Suisse se soit déjà engagée en 1992 à élaborer une telle stratégie en faveur de la biodiversité, on l’attend encore. L’organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a aussi souligné ce manque dans son rapport d’examen environnemental publié cette année. «Dans la protection de la nature, on est constamment obligé d’agir dans l’urgence faute d’une stratégie à long terme», regrette Hans-Peter Fricker, directeur du WWF Suisse. «Dans ce domaine aussi, la Confédération a besoin d’une vision et d’objectifs clairs. C’est le seul moyen d’utiliser efficacement les fonds restreints dont nous disposons.»

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1700 hauts et bas-marais et 89 sites marécageux sont aujourd’hui recensés dans des inventaires et protégés en Suisse