Disons-le d’emblée, la relation entre l’homme et l’animal est biaisée depuis que l’homme a cru pouvoir s’émanciper de ses origines animales et a commencé à opposer nature (les bêtes) et culture (l’Homme avec un grand H). Depuis deux ou trois mille ans, le malaise n’a fait que s’amplifier. Et il n’est pas prêt de se résorber.

Divorce homme-animal
Les religions et les philosophes ont accompagné ce lent divorce, en le justifiant souvent, en le tempérant parfois. D’un côté, les partisans d’un humanisme pur et dur n’ont cessé de marteler les différences entre l’homme et l’animal et d’insister sur la supériorité de l’homme, autorisé de ce fait à mettre la nature et les animaux sous sa domination absolue. Les philosophies utilitaristes ont ensuite théorisé cette sujétion et cette exploitation.

Mais de tout temps, il s’est aussi trouvé des défenseurs ardents des animaux, dans tous les milieux. Pour eux, un être vivant est un être vivant, quelle que soit la quantité de poils de son visage. D’Epictète à Saint François d’Assise en passant par Léonard de Vinci («Le jour viendra où l’on considérera le meurtre d’un animal comme un crime»), les avocats de la cause animale savent être persuasifs. Comme le constate Robert Maggiori, «le rapport à l’animal est un fil rouge dans l’histoire de la pensée. On s’est d’abord demandé s’il avait une âme puis avec Descartes s’il était un pur mécanisme, puis s’il souffrait, s’il avait une sensibilité, si on pouvait l’enfermer et récemment s’il avait des droits».
Cette évolution ne va pas sans heurter les esprits, à tel point que le débat s’envenime, comme on a pu le voir cet été avec les militants du mouvement anglais SHAC qui sont suspectés d’avoir incendié le chalet de Daniel Vasella, le patron de Novartis. Le débat se focalise aujourd’hui sur les conditions d’élevage et l’abattage en masse des animaux de boucherie, les expérimentations animales dans les laboratoires et le massacre des espèces animales sauvages suite à la dégradation de leurs milieux de vie par l’homme.

L’homme est un animal
Après Aristote et son poulet, Derrida et son chat en passant Nietzsche et son lion ou Kant et son éléphant, des penseurs contemporains tels que Peter Singer, Jane Goodall ou Frans de Waal ne cessent de rappeler l’appartenance de l’homme au règne animal. Pour eux, il n’y a pas de propre de l’homme. Ils s’opposent aux théories de l’exception humaine, qu’elles fassent de l’homme une espèce destinée à dépasser une animalité jugée mauvaise ou qu’elles le présentent comme une aberration de la nature, dont les progrès techniques et intellectuels seraient peu en rapport avec sa capacité à gérer son agressivité.
Au moment où l’homme s’interroge sur ce qui fait son humanité et sur son rapport ambivalent et souvent destructeur à la nature et aux animaux, à l’occasion de l’«Année Darwin» qui célèbre le bicentenaire de la naissance du grand naturaliste anglais et alors que certains extrémistes de la cause animale s’en prennent aux hommes, il nous a paru urgent de consacrer la cinquième édition du Festival de philosophie à l’Homme et à l’Animal, ces jumeaux si différents en apparence mais si proches en vérité.
Par Guy Mettan, fondateur et animateur du festival francophone de philosophie

5e Festival de philosophie
«L’Homme et l’Animal»; Saint-Maurice (VS), 24-27 septembre 2009,

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L’homme, l’animal et la bête qui sommeille en nous…