Ain : zoom sur ces artisans qui prennent des jeunes

par | 07 février 2024

Dans le cadre de la semaine de l’apprentissage, les élus de la Chambre de métiers ont visité la boulangerie Au Champ du Pain.

« J’ai passé un bac STI2D (développement durable). Puis, j’ai intégré un IUT informatique. Mais, ça ne m’a pas plu. Je n’avais pas le sentiment de faire quelque chose de concret. J’ai quand même fini mon année. Après quoi, je me suis donné du temps pour trouver ma voie, en faisant des petits boulots. En consultant des listes de métiers, je suis tombé sur boulanger et je me suis dit “pourquoi pas”. J’ai commencé par faire un stage d’observation pour confirmer. Puis, je me suis inscrit au Cecof (centre de formation à Ambérieu-en-Bugey, NDLR) et j’ai cherché un contrat d’apprentissage », raconte Paulin Laissard.

Ainsi, depuis septembre, le jeune homme de 20 ans prépare un CAP et travaille à la boulangerie Au Champ du Pain, à Saint-Jean-sur-Veyle, une entreprise visitée vendredi 2 février par les élus de la Chambre de métiers Auvergne-Rhône-Alpes, dans le cadre de la semaine de l’apprentissage (26 janvier-2 février). L’occasion pour son président, Vincent Gaud, de rappeler que le Cecof appartient à la Chambre.

Les deux patrons de la boulangerie y ont d’ailleurs été formés, obtenant leur CAP en 2011. C’est même là qu’ils se sont rencontrés. Florine Deroche et Tristan Darcq ont ensuite travaillé 10 ans comme salariés, avant de monter leur affaire. La boulangerie Au Champ du Pain a ouvert en 2020.

Les locaux appartiennent à la mairie, qui les a réhabilités pour quelque 90 000 euros. Les deux entrepreneurs n’ont eu dès lors, qu’à les équiper et à créer le fonds de commerce. « Nous n’aurions pas pu nous installer sans cela. Acheter les murs, tout rénover, s’installer… Ç’aurait été trop lourd », confient-ils. Et Vincent Gaud d’approuver : « Il est important que les communes investissent pour soutenir l’artisanat local. Sinon, demain, il n’y aura plus rien dans les villages. »

Florine et Tristan se préparent d’ailleurs à ouvrir un deuxième site, L’Auberge du Champ du Pain, commerce multiservice (épicerie, bar, snack, dépôt de pain) à Saint-Genis-sur-Menthon, a priori début avril. Il leur faudra pour cela, recruter une vendeuse, en plus de Marlène Dontenwill.

Les jeunes artisans ont pris très tôt le parti de former, accueillant une apprentie dès la deuxième année de leur installation. Et à la rentrée, en plus de Paulin, ils ont embauché un autre jeune, âgé de 15 ans, qui vient d’entamer un cursus de trois ans à la MFR de Balan. « Cela permet un roulement. Nous avons toujours un apprenti présent, dans l’entreprise », note la boulangère. « Mais, cela a surtout été rendu possible par le fait que Paulin est très autonome. Le deuxième demande davantage d’accompagnement. »

Les enjeux de l’apprentissage

« Les artisans sont les premiers formateurs », note Vincent Gaud, président de la Chambre de métiers Auvergne-Rhône-Alpes. Le réseau des chambres forme 112 500 apprentis chaque année en France, dont 80 % trouvent un emploi dans les sept mois suivant leur diplôme. Pourtant, l’État envisage de supprimer la prime de 6 000 euros à l’embauche d’un apprenti.

« Il a fallu se battre pour la maintenir pour 2024. Et rien n’est garanti pour la suite. Déjà que les recrutements ont atteint un plateau, si nos gouvernants font ça, il faut s’attendre à une baisse de 20 % du nombre de contrats d’apprentissage », s’inquiète Vincent Gaud. « On a un vivier de 15 % d’entreprises qui forment. On retrouve toujours les mêmes. Entre le développement des microentreprises et les formations à distance, le risque est réel de voir les artisans perdre le goût de former, ce qui reviendrait à une perte de compétences. »


Sébastien Jacquart

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