Alimentation : pour une agriculture biologique et locale (et de saison !) avant tout

par | 10 avril 2024

Les produits bios ont du sens s’ils proviennent d’exploitations situées à proximité pour favoriser les circuits courts et limiter l’empreinte carbone. Rencontre avec un exploitant du Chablais, à deux pas de la frontière suisse.

En 2010, Didier Reymond, à la tête d’une exploitation familiale à Veigy-Foncenex, franchit le pas et oriente l’activité maraîchère vers l’agriculture biologique. La production est certifiée en 2012 et le chiffre d’affaires s’élève à 900 000 euros en 2023.

« Avec les années, nous arrivons à faire autant de volume qu’avant », explique l’exploitant qui cultive sur onze hectares une cinquantaine de variétés différentes, dont une majorité de légumes, mais aussi quelques fraisiers et framboisiers.

En plus, le domaine compte 1 100 poules pondeuses qui produisent environ 800 oeufs par jour. Le choix du biologique a impliqué de réorganiser l’activité de l’exploitation agricole à responsabilité limitée. En effet, l’agriculture biologique oblige à n’utiliser que des produits phytosanitaires d’origine naturelle, rien de chimique, et suppose beaucoup d’opérations manuelles, telles que le désherbage, une activité chronophage.

« Une exploitation en bio nécessite environ 30 % de personnel supplémentaire », estime Didier Reymond, soit un surcoût important lié à la masse salariale. Et une hausse aussi des plans et des semences, dont le prix est généralement plus élevé. Mais le jeu en vaut la chandelle, à condition d’avoir les bons canaux de distribution.

Vente directe et maîtrisée

En 2018, en plus des marchés, il crée donc une boutique de vente aux particuliers, baptisée « Aux légumes de saison », sous le statut d’une société anonyme à responsabilité limitée. La boutique distribue en majorité sa production. Une vente au détail et non plus en gros, qui évidemment augmente la marge.

« Avec les années, nous arrivons à faire autant de volume qu’avant », explique l’exploitant qui cultive sur onze hectares une cinquantaine de variétés différentes, dont une majorité de légumes, mais aussi quelques fraisiers et framboisiers.

« Pour certaines variétés, j’arrive même à proposer des prix équivalents à ceux d’une exploitation conventionnelle », souligne-t-il. Il complète ses étals avec des productions locales de fruits, de produits d’épicerie tels que des confitures artisanales, de la viande, des produits laitiers…

Mais aussi des agrumes, qui certes proviennent de fermes bios en Espagne, « qui répondent à la demande des consommateurs de trouver sur place un large choix. Nous proposons des produits de saison et locaux le plus possible », résume-t-il. La clientèle vient du Chablais, du Genevois français et de Suisse.

« Depuis le lancement voilà six ans, nous n’avons pas vraiment fait de publicité, mais nous accroissons notre activité chaque année », observe Didier Reymond qui affiche deux millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023, et 17 salariés, répartis dans la boutique et l’exploitation. Le magasin situé route des Mermes, à Veigy-Foncenex, a d’ailleurs été agrandi de 30 m2 en 2021 pour atteindre les 100 m2. Preuve que le bio local séduit les consommateurs.

Répartition dans les territoires

La part des surfaces en bio au bénéfice des paiements directs par rapport à la Surface agricole utile (SAU) est passée de 15,7 % à 18,2 % entre 2022 et 2023 dans le canton de Genève, soit en volume près de 1 720 hectares. 63 exploitations inscrites aux paiements directs sont en bio, « dont deux ne touchent pas les primes Bio Fédérales puisque ce sont des fondations », souligne l’Office cantonal de l’agriculture.

Parmi les cultures qui composent environ 40 % du total, on retrouve les céréales, les légumineuses, plantes sarclées (betteraves à sucre, pommes de terre), plantes aromatiques et médicinales.

Dans les pays de Savoie, en 2022, plus de 550 exploitations sont engagées en bio (certifiées ou en conversion) dont 70 % sont à dominante végétale et 30 % en élevage. Ce sont plus de 13 300 hectares cultivés répartis dans les deux départements (8 095 en Haute-Savoie et 5 212 en Savoie), ce qui représente 5,5 % de la SAU totale (Source : Panorama de la Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc).


Sandra Molloy

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