Rémy Naville est spécialiste des Jeux olympiques d’hiver. L’Extension l’a rencontré lors de la sortie du livre «Allais, la légende d’Emile» pour sonder l’esprit olympique dans la région alpine.

Que pensez-vous de la candidature de Genève pour les JO 2018?
Genève est indéniablement une capitale alpine, qui plus est, ville internationale. Elle dispose de toutes les capacités pour organiser les JO. Paradoxalement, la candidature de Genève est basée sur des sites des cantons de Vaud et du Valais. Alors qu’à Genève, le Pont du Mont-Blanc suggère l’idée qu’on est très proche de la montagne mythique du même nom, massif qui accueille parmi les plus grandes stations alpines qui sont a peine à ¾ d’heure pour la Clusaz ou à peine 1h pour Megève. C’est quand même le défaut de la frontière qui fait que Genève est obligé de s’exporter à plus d’1h30 de route et loin du centre de la ville alors qu’elle a des stations dynamiques très proches. Autre difficulté, la population suisse n’est pas très partisane. On l’a vu dernièrement avec Berne 2010.

Comment estimez-vous l’esprit olympique dans cette région alpine?
La région alpine est le berceau de l’olympisme et le berceau des sports d’hiver. Chamonix est le berceau des JO d’hiver en 1924. Mais c’est aussi la Suisse et des stations comme Davos, Saint-Moritz, et côté français, Chamonix, qui ont permis le développement du ski et des sports d’hiver. Au passage, disons un grand merci aux touristes anglais qui ont amené de nombreuses disciplines. Plus récemment, il y a eu la réussite d’Albertville en 1992, de Turin en 2006, puis surtout pour 2018, on a quatre candidatures sur un rayon de 200km… Cela peut venir signifier que les Jeux d’Hiver, l’olympisme, ou les valeurs dégagées par l’olympisme sont à la mode, et que les jeux d’hiver, grâce au tourisme hivernal et au succès des Alpes à cet égard, sont très porteurs aux niveaux économiques et culturels. Le grand champion Emile Allais de Megève précise bien «La montagne, c’est fantastique», et il a certainement raison.

Quelle est selon vous la garantie de succès pour une candidature alpine?
Premièrement, un lobbying parfait. Un bon positionnement de personnes dans les institutions et les fédérations. Deuxièmement, un dossier parfait. Qui dit dossier parfait, dit évidemment un hébergement parfait, des possibilités d’infrastructures adéquates, et puis aussi des choses innovantes. Je pense qu’on a besoin de sérieux mais aussi de créativité. Peut être que la réussite d’une candidature passera par le petit plus, c’est-à-dire une descente de ski alpin sur un site mythique et réputé, une cérémonie d’ouverture au bord d’un lac de montagne… Sinon la réussite c’est aussi la ferveur populaire, et puis simplement défendre et croire à son projet. Peut-être que pour les candidatures alpines, l’un des éléments clé de réussite, c’est le Mont-Blanc, sommet qui n’a pas besoin de publicité, admiré et connu dans le monde entier pour sa beauté et sa relative accessibilité. Que ce soit Genève ou Annecy, le Mont-Blanc devrait faire partie de l’idée ou du visuel de la candidature.

Pourquoi pas une candidature unique pour les deux villes Genève et Annecy?
Selon la Charte du CIO, on va dire que ce n’est pas possible. Officieusement, il y a eu certaines candidatures qui se sont déjà déclarées entre la Suède et la Norvège, ou avec la Finlande. Disons que ce n’est pas comme la Coupe d’Europe de football où deux pays peuvent co-organiser un grand événement à l’échelle planétaire. Le CIO demande la candidature d’une ville, et qui dit ville, dit derrière région et dit derrière pays. C’est donc nécessairement plus dur de soutenir la candidature de deux villes, de deux régions ou même d’une région, et de deux pays. Après, je pense que chacun a sa chance, que ce soit Genève ou Annecy. En tous cas chacun va défendre sa chance. Mais ce qu’il faut souhaiter pour ces deux candidatures, si l’une des deux est retenue ou même qui est finaliste pour 2018, c’est qu’elle puisse compter sur le soutien de l’autre.

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Le grand champion de ski Emile Allais Senior et son petit-fils Emile Allais Junior & Rémy Naville, Historien en Jeux olympiques d’hiver et directeur d’Alpeo, Magazine des Alpes olympiques et sportives.