Il y a 50 ans, le castor était de retour à Genève et en Suisse. Chassé pour sa chair, sa fourrure et son castoréum, le castor a disparu de Suisse il y a 150 ans. Le 19 novembre 1956, un premier castor foulait à nouveau le sol helvétique sur les bords de la Versoix. On doit son retour à l’initiative de Maurice Blanchet et Robert Hainard.

Maurice Blanchet
La réintroduction du castor fut une première à une époque où la protection de la nature était encore pour beaucoup une utopie. L’initiative de ce projet difficile et courageux revient à quelques idéalistes genevois passionnés de nature. La cheville ouvrière de cette opération fut Maurice Blanchet, cadet et ami de Robert Hainard. Il obtint le soutien de l’Association genevoise pour la protection de la nature, connue aujourd’hui sous le nom de Pro Natura Genève, dont il était membre fondateur.

Les difficultés furent de tout ordre: pièges canadiens inadaptés, méfiance des autorités pour qui les réintroductions n’étaient pas chose courante. Il fallut donc innover. Maurice Blanchet réinventa des pièges plus efficaces, son opiniâtreté eut raison des obstacles administratifs et son enthousiasme fit des émules: Jacques Burnier, Antoinette et Jean-Louis Perrot, Camille Andergon, Emile Dottrens et Paul Géroudet pour Genève, et les Méric de Nîmes, pour le Gard, apportèrent leur précieux soutien à la réintroduction du castor.
Les castors furent capturés dans la région française du Gard, où une petite population avait survécu et faisait déjà l’objet d’une protection de longue date.

Momo le Castor surnommé
Le 19 novembre 1956, le premier castor, surnommé Maurice, était lâché au bord de la Versoix, dans la réserve naturelle du Bois du Faisan. Maurice s’avéra par la suite être une Mauricette… qui se dépêcha de quitter le territoire genevois pour remonter la rivière jusqu’aux marais sis entre le canton de Vaud et le Pays de Gex. D’autres lâchers suivirent sur la Versoix, et plus tard sur l’Arve savoyarde. A partir de ces populations, les castors sont revenus sur une grande partie du territoire cantonal. Ils ont petit à petit recolonisé nos principaux cours d’eau dont la Versoix, le Rhône, l’Arve et l’Allondon, privilégiant d’abord les réserves et milieux naturels puis les sites renaturés même de fraîche date: la Haute-Seymaz a été colonisée au cours de l’année 2006. Certains se sont même accommodés d’habitats franchement urbains (par exemple sur l’Arve, à Carouge).

Environ 30 castors à Genève
Si les arbres et les branches rongées par les castors constituent des indices bien visibles, les mœurs nocturnes de cet animal protégé ne facilitent pas les observations et les recensements systématiques. A Genève on dénombre une quinzaine de sites régulièrement occupés, ce qui permet d’estimer la population à une trentaine d’animaux. Au niveau suisse, on estime la population entre 700 et 900 individus.

Des animaux bien visiblesA Genève, la cohabitation est harmonieuse depuis cinquante ans. On relève peu de dommages aux cultures et seuls quelques grands arbres riverains ont dû être protégés par des grillages. Des aménagements sont construits pour faciliter les déplacements des castors (échelles et passages à castor, p. ex. au barrage du Seujet) ou leur installation dans des lieux adéquats. L’animal-bûcheron nous le rend bien: les traces de son activité sont bien visibles et certaines familles se laissent même assez facilement observer, pour le plus grand bonheur de tous les amoureux de cet animal si particulier.

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Décimés il y a 150 ans, réintroduits il y a 50 ans