A chaque implémentation sur un nouveau marché, comme en Suisse il y a quelques jours, Apple Pay est en général perçu comme un rouleau compresseur fatal qui laissera les banques au bord de la route. Il est pourtant impossible de dire aujourd’hui si Apple réussira à s’imposer dans les paiements. Non parce que la taille critique ou la compatibilité avec les réseaux existants ne sont pas suffisantes, ni par manque de notoriété ou de crédibilité…

C’est surtout parce qu’il n’y a pas véritablement d’innovation majeure, ni d’avantage financier ou technique décisif. Et que les banques ont pour la plupart la capacité d’y répondre.

Apple Pay s’appuie finalement sur des opérateurs de paiements existants plus qu’établis, les banques et émetteurs de cartes. Un système totalement atomisé à l’échelle internationale. UBS, qui est la plus grande banque de Suisse, n’est pas Apple Pay-compatible, pas plus que le réseau de cartes de débit Maestro. Même si cela peut évoluer. La technologie utilisée n’est pas non plus nouvelle (NFC), et de loin pas adoptée par tous les commerçants (sans parler des banques).

Ce qui pourrait en plus enrayer le développement d’Apple Pay? Les frais. Ceux des émetteurs de cartes de crédit pour l’utilisateur final, qui ont encore augmenté ces derniers mois en Suisse. Ensuite les frais que ponctionne Apple aux intermédiaires, banques et commerçants. Sous une apparente gratuité (pour l’utilisateur) en achetant avec Appel Pay, le coût total est ainsi plus élevé qu’avec du cash ou une carte de débit. C’est tout simplement moins économique au sens macro du terme.

Les commissions d’Apple (dont le montant officiel n’est pas connu) seront certainement le déclencheur d’une contre offensive plus massive des banques, qui voient encore leurs marges s’éroder. On peut être un aficionado d’Apple et constater que de nombreux systèmes nationaux sont à la fois plus avantageux pour les banques, les clients ou les commerçants.

Les banques ont la capacité de riposter, pour peu qu’elles se coordonnent pour obtenir le plus large impact possible. Partout où il y a Apple Pay, il y a des concurrents. La révolution viendra certainement des transactions en temps réel et de banque à banque. De nombreuses banques travaillent sur ces projets, par exemple avec les technologies blockchain. Reste à les déployer. Avant qu’Apple (ou un autre «externe») finisse par s’imposer.

L’Agefi, lundi 11 juillet 2016
Marjorie Théry

Abonnez-vous au quotidien L’Agefi et à tous ses contenus !blank

img21370.jpg