Voilà, c’est fait. La France a fini de détester Sarkozy, sans pour autant qu’on puisse dire qu’elle a commencé à adorer Hollande.
Personne n’a vraiment prétendu que l’alternance allait devenir la règle, mais beaucoup ont nourri la bestiole la plus foldingue: l’espoir.

Monsieur le Président de la France, permettez qu’on vous houspille un peu. Après tout, même si le temps des insultes est dépassé, il nous reste comme un relent de mauvais goût dans les oreilles, si j’ose cette image hardie, après la distribution générale, éhontée, de postillons empoisonnés. Alors souffrez de souffrir un peu. Reprenons les dernières grandes figures: oublions de Gaulle, icône inoxydable, sur laquelle des milliers de pages ont été écrites sans parvenir à l’égratigner. Il mérite de trôner en arrière-plan comme visionnaire, disposant presque d’un pouvoir de dictateur éclairé, et bien encadré, certes, mais à même de décider de beaucoup de choses tout seul. Depuis, le doute nous ronge sur la capacité de bien positionner la France dans un concert des nations où les archets s’entrechoquent pour composer une cacophonie illisible.
Et vous, vos premiers pas ne nous bouleversent pas…

Géométrie variable
Les époques se suivent, sans se ressembler. Dame! C’est que la grande folle est passée dans le coin. «Mondialisation» qu’elle se prénomme. Comme toutes les idées d’une certaine dimension, quand l’économie va, que les gouvernements font le calcul imbécile que cela ne peut que continuer éternellement, personne ne râle, on s’agite et on gratte pour arriver à la fin du mois.
Regardez Tonton, il était drôlement bien tombé, question conjoncture. Il a pu distribuer largement une manne facile. Parce que quand la crise est oubliée, on sourit. Non seulement tu peux claquer l’argent qui rentre, mais aussi celui qui ne rentre pas, les banques te le mettent dans les mains. Ensuite, cela se gâte, même Mitterrand a transpiré pour contenir les chiffres, sans y parvenir bien sûr. La dame globalisante n’a pas permis aussi rapidement que prévu que les échanges profitent à tous. Finie la générosité. Sans bruit, que tu dises «rigueur» ou pas, les comptes se plombent et dégoulinent sans cesse dans le rouge.
Après le grand escogriffe chuintant d’Estaing, la Mitterrandie balayée, la Chiraquie a pu continuer à faire comme si la «grandeur de la France» valait plus qu’une carte de crédit. Mandats raccourcis, campagne puis gouvernement de rupture par Sarkozy, la tradition a subi une belle bousculade. Cinq ans, ce coup-ci c’était trop peu. Ne vous en faites pas, amis voisins, question secousses vous n’avez pas fini d’en ressentir.

Prémonitoire
Des symboles marrants nous ont sauté aux yeux le jour de l’investiture solennelle du nouveau. Ses coups de griffe à son prédécesseur exposent sa petite rancune aigre à la vue de tous. Dame! La campagne était finie, un peu de grandeur eut signifié que le démarrage lui permettait de prendre de la hauteur sans talonnettes. Raté.
Ensuite, il fallait s’exciter pour aller composer le machin que tout le monde appelle déjà «Merkhollande», à savoir trouver un beau discours commun (mot qui veut aussi dire parfaitement banal). Voici que le superbe avion «7X» de Dassault, le baladeur de présidents, se ramasse la foudre! Zeus devait avoir l’humeur facétieuse le jour si solennel où le noble derrière du nouveau «roi» de la France a pris place dans le confort du jet privé. D’ailleurs, si vous avez vécu ça, un coup de tonnerre sur un avion, cela vous fait sursauter bonnard.
Donc, voici Hollande qui serre les fesses avant de prendre un autre avion. Exercice éminemment utile: dans très peu de temps, il aura l’occasion d’apprendre à toute la nation, sa nation désormais, comment faire pour crisper ses miches en attendant des jours meilleurs.
Mais ne rêvons pas, ce genre de discours, c’est fini, nous voici dans l’ère du «c’est de la faute à tout le monde».

Le gauchiste virulent
Finissons-en avec toute cette histoire. Juste pour rappeler – et tout le monde peut vérifier sur Youtube – que le communiste Mélenchon s’est permis de parler des membres du Front national en les qualifiant de «vermine».
Alors là, je me pince! Aucun journal pour relever le fait, le «petit journal» de Canal+ fait simplement une pirouette pour dire que ce n’est pas gentil pour la vermine. Imaginez le mot «vermine communiste» adressé à l’escogriffe de l’extrême gauche: on eût assisté à une condamnation sévère tous azimuts. Car enfin, la vermine, c’est ce qu’on extermine. Prononcer des paroles de cette gravité aurait coûté une avalanche de dénonciations lourdes dans l’autre sens. Avec sa campagne, on savait Mélenchon dangereux, là il est odieux et tant mieux s’il disparaît au fond des urnes lors de prochains scrutins.

Et ici on se débat
Dans notre petit pays, on n’a pas le temps pour ces crétineries. On bosse. Les bouts de campagne électorale ressemblent à un long fleuve tranquille. Sauf que quelques épées de Damoclès pendouillent au-dessus de nos têtes. La région coince, plus assez d’appartements, pas suffisamment d’emplois et pas moyen d’en prendre un à distance pour rejoindre l’autre, les transports ne fonctionnent plus. Compter une heure et plus pour traverser le canton, et encore. De là les habitudes qui se répandent et que tu peux observer à chaque carrefour: je me maquille, je consulte mes e-mails, je réponds à mes e-mails, je joue sur internet. Parfois, je tiens le volant pour quelques centaines de mètres, avec l’appareil à l’oreille puisque j’ai le temps d’appeler les copains ou la famille.
A la radio, j’entendais l’autre jour quelque candidat à la succession de Mark Müller dire qu’il fallait que l’Etat favorise la construction. Permettez que je pouffe! Ce discours a trente ans. Et la situation actuelle est entièrement due aux gouvernements qui se sont succédés. Cessez de dire ce que vous allez faire pour nous, faites que les rouages de l’Etat fonctionnent, dégraissez-le, allégez-le et imaginez d’autres solutions qu’un «contrôle» ou des «incitations» publiques. Chaque thune qui sort de là a été essorée par les étages qui s’assurent que tout est en ordre et te font perdre des semaines, des mois et des années. Parce que des convaincus de tous bords savent mieux que les constructeurs ce qu’il ne faut pas faire. Désolant, la chasse à un logement va devenir un marché mafieux si ça continue.
Pour ce qui est des transports, les dogmatiques ont déjà bien frappé et condamné toutes sortes de projets futurs. Non, je ne parlerai pas de la… pardon DES traversées du lac et de la rade. Trop bête, elles s’évanouissent déjà dans un horizon brumeux de manque de courage, de vision étriquée. De là haut, avec son petit sourire malicieux, Jean de Toledo doit hocher la tête. Et nous dire «ne renoncez jamais». Merci, centenaire, amuse-toi à construire des ponts de nuages et des parkings sous les étoiles.

Tout dire
Changeons de registre pour admirer Facebook, un bricolage génial de copains devenu plateforme d’échange pour 900 millions d’utilisateurs. Les sommes de son entrée en bourse flanquent le tournis: 100 milliards de capitalisation boursière, mazette! Expliquez-moi juste comment on calcule ça avec un chiffre d’affaires qui en fait moins du sixième. Mais bon, ce monde-là fonctionne en vase clos, tu regardes comme un aquarium, sans comprendre les règles, les usages et les coutumes. Sauf que celui qui va se noyer, ce n’est pas celui qui s’agite dans le bocal, c’est toi!.
Gil Egger

ZIGZAGS

Voir grand, tu peux
Toutes ces bêtises qu’on peut voir à la télé! Alors, utilisons l’écran autrement. Comme un tableau blanc, par exemple. Ou en bougeant sa main, comme on le fait avec ses doigts sur la vitre du téléphone. Là, tu peux y aller avec des grands gestes! Sharp commercialise un grand écran, vraiment bien grand avec 2,03 m. de diagonale! Tactile pour que les copains en visite puissent bien glisser leurs doigts graisseux après dégustation de chips pendant le match, juste pour voir les possibilités du truc. Pour le moment, pas besoin de se précipiter, c’est encore 32’000 fr. Cher, l’iPhone de salon géant.

Salut, ville à grignoter!
J’ai oublié de vous raconter l’histoire du Comte de Sandwich. Petite ville britannique (évidemment, pour l’insolite c’est mieux), Sandwich avait un noble dont la passion pour le jeu ne souffrait aucun retard. Un jour, une partie devenait interminable. Il demanda qu’on lui prépare un en-cas, un steak entre deux tranches de pain grillé. Les historiens ne sont pas du tout d’accord, cette histoire date du 18e siècle et le sandwich existe depuis beaucoup plus longtemps. Laissons la ville de ce nom continuer à faire la fête autour et constatons que nous ne savons pas si les pharaons mangeaient un peu de viande entre deux morceaux de pain, nous constatons que ce succédané de repas commence à coûter son poids en or!

Salut, journaliste!
On dit les Suisses lents. Côté américain, ils ne sont pas mal non plus. L’agence AssociatedPress a réhabilité un journaliste, Edward Kennedy. Elle l’avait flanqué à la porte parce qu’en 1945, il avait annoncé la capitulation de l’Allemagne, avec de l’avance sur l’embargo militaire. Car les gradés ont demandé aux professionnels de l’info d’attendre quelques heures, puis un jour et demi. Refus d’Edward, à juste titre, a dit l’agence, qui a profité de ce scoop. Edward n’a profité de rien du tout, il est mort en 1963 dans un accident de la route. Dommage, la réhabilitation lui aurait fait plaisir, sûr!

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…voici l’exercice du serrage de fesses