Assurances : l’AssurTech bouscule le secteur

par | 2 Jan 2017

L’émergence de l’AssurTech, ces start-up qui innovent par le biais du numérique, devrait profondément changer le secteur de l’assurance dans les années à venir. Ces jeunes pousses tentent d’apporter de nouvelles solutions aux problèmes de fond qui affectent cette industrie, en utilisant les dernières technologies. Cette évolution pousse les assureurs traditionnels à revoir leurs méthodes et surtout la manière dont ils gèrent la relation client.

Le talon d’Achille de l’assurance est sans doute sa complexité. Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver parmi les multiples clauses juridiques et financières des contrats, où de comprendre ce pourquoi on est couvert, ou ce qui est exclu. Les groupes de protection des consommateurs ont, par le passé, exprimé leurs inquiétudes au sujet des termes et conditions opaques de certains contrats.

Faciliter la souscription à une police d’assurance est ainsi l’un des principaux chevaux de bataille des AssurTechs : «L’assurance est un produit très important dans la vie des gens, mais c’est très compliqué. Comme ils n’ont pas de visibilité sur les caractéristiques des produits, les gens n’ont qu’une seule variable lors du choix d’un produit, c’est le prix», explique Stéphane Favaretto, directeur général de Minalea, une entreprise pionnière de l’AssurTech basée à Annecy-le-Vieux.

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Car, même si les compagnies d’assurance traditionnelles offrent une variété de produits, elles ont souvent des difficultés pour communiquer leurs avantages du fait de leur complexité. À l’inverse, les start-up de l’AssurTech cherchent à proposer des offres simples et sur-mesure, accessibles directement sur le net, avec souvent davantage de transparence dans les tarifs.

L’une de ces start-up, Advize, s’est donné pour mission de démocratiser l’assurance-vie et autres services d’épargne sur Internet, en permettant à chacun de gérer son portefeuille en ligne grâce à l’envoi de conseils personnalisés. «Aujourd’hui, soit on est initié dans le domaine des produits financiers, soit on est très fortuné et l’on a accès à des services de type gestion de fortune, soit on est le reste du monde, qui généralement est peu conseillé et peu suivi sur les problèmes d’épargne. C’est cette problématique que l’on a souhaité résoudre», explique Olivier Gentier, directeur général d’Advize.

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LA MONTÉE EN PUISSANCE DE L’ASSURTECH

La popularité de ces nouvelles entreprises est croissante. Les investissements dans les acteurs de l’AssurTech ont ainsi triplé en 2015 à 2,67 milliards de dollars, selon des chiffres de l’agrégateur de données sur les investissements CB Insights. La montée en puissance des AssurTechs commence à faire réagir les assureurs traditionnels, dont certains craignent de voir leurs parts de marché s’effriter.

Selon une étude réalisée aux États-Unis par PWC, 90 % des assureurs craignent une baisse d’activité face à la hausse des investissements dans les AssurTechs. Près de la moitié (48 %) redoute de devoir leur céder jusqu’à 20 % de leur activité dans les cinq années à venir et trois répondants sur quatre (74 %) s’attendent à ce que les AssurTechs révolutionnent le secteur de l’assurance au cours des cinq prochaines années.

L’arrivée de ces start-up promet donc de chambouler le secteur. «Dans l’industrie, les choses sont en train de progresser de manière très rapide, et différente. Dans le domaine de l’assurance-vie, on se dirige vers beaucoup plus de personnalisation et de suivi des clients. Les nouvelles générations veulent une relation différente avec leur banque et les assurances», note Olivier Gentier.

Pour rester dans la course, les compagnies d’assurance traditionnelles sont en train de repenser leur stratégie, en la recentrant sur le client et ses attentes, ainsi que l’utilisation des nouvelles technologies. «Les bénéfices de l’innovation technologique pour les assureurs et leurs clients seront une amélioration de la qualité de la relation client, l’évolution de l’offre d’assurance avec de nouveaux produits correspondant à de nouveaux usages, et des capacités accrues et personnalisées de prévention.

Les assureurs vont également être amenés à proposer de nouveaux produits, comme les assurances qui couvrent le covoiturage ou la location temporaire de son logement via des sites d’économie collaborative», explique Jérôme Balmes, directeur du digital et de l’innovation à la Fédération française de l’assurance (FFA).

« ON NE VEUT PAS PERDRE LA RELATION CLIENT, C’EST NOTRE PLUS-VALUE ».
Jean-François Rousset

Pour Jean-François Rousset, président de la chambre Rhône-Alpes de la Fédération nationale des agents généraux d’assurance (Agéa), les compagnies d’assurance ont pris conscience du besoin d’évoluer. «On ne veut pas perdre la relation client, c’est notre plus- value. Nous sommes conscients que la technique évolue, que les comportements évoluent et il faut qu’on soit actifs sur ce terrain-là.»

L’Agéa a notamment mis en place une offre digitale à destination des agents qui leur permet de communiquer sur les réseaux sociaux, ainsi qu’une formation aux nouveaux outils de communication. Les assureurs mettent aussi l’accent sur le conseil personnalisé. «Aujourd’hui, tout le monde vend de l’assurance : les vendeurs de voitures, de portables, ou de voyages. Je ne suis pas certain que les gens puissent trouver partout le conseil nécessaire. C’est là que nous, agents, avons une carte à jouer» ajoute-t-il.

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UNE ROUTE PAVÉE D’EMBÛCHES

Mais, pour embrasser les nouvelles technologies et aller vers plus de simplicité, les assureurs devront trouver le bon équilibre avec les exigences en matière de régulation. «Il y a une contradiction. Aujourd’hui, le législateur va vers une protection totale du consommateur et nous impose d’être professionnels, de prouver cela par des diplômes, de la formation continue et l’application des règles prudentielles.

Paradoxalement, on va vers des produits qu’on peut souscrire en ligne sans conseil. Où est la protection du client ? Il faut qu’on simplifie, mais il faut aussi des gens formés et professionnels pour l’expliquer !», s’exclame Jean-François Rousset. Il s’agit également pour la profession de trouver un équilibre entre la création de nouveaux produits et la conservation du principe de mutualisation : «s’il s’agissait de renoncer en partie à ce principe, alors la numérisation aurait rapidement des effets pervers pour les assurés, pour les assureurs, et surtout pour l’ensemble de la société. La clé est donc d’arriver à concilier plus de personnalisation des offres avec le respect du principe essentiel de mutualisation des risques», note Jérôme Balmes.

Les assureurs traditionnels devront ainsi savoir naviguer entre ces obstacles pour ne pas se voir marginaliser dans les prochaines années. De nombreuses opportunités les attendent, avec l’émergence de nouveaux besoins comme l’assurance contre les risques cyber, de plus en plus omniprésents, mais aussi l’assurance des modèles issus de l’économie collaborative. L’assurance du futur semble ainsi se diriger vers des collaborations avec les AssurTechs pour mettre en place des offres innovantes et personnalisées, sur fond d’exigences accrues de la part des consommateurs en matière d’information, de prévention et de relation client.

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LE MONDE BANCAIRE AUSSI EST IMPACTÉ

Les banques prennent également au sérieux la montée en puissance des start-up de l’AssurTech, qui concurrencent leur activité de bancassurance. Certaines ont ainsi fait le choix de collaborer avec les AssurTechs. C’est le cas de la Caisse d’épargne Rhône-Alpes, qui a organisé le 3 novembre dernier une rencontre avec des start-up, avec pour objectif d’envisager différentes formes de collaboration.

«Au cœur de notre projet se trouve le besoin de se réinventer et de réussir notre transformation digitale. Cela remet en cause la relation client, notre mode de distribution, nos process. Il faut qu’on collabore avec les start-up qui sont sur nos marchés, et que l’on essaye de trouver des solutions», explique Michel Petit, directeur de l’Action Prospective à la Caisse d’épargne Rhône-Alpes.

Pour lui, l’approche des start-up est aussi en train de changer. «Beaucoup d’entre elles étaient, jusqu’à il y a peu, en opposition, elles se dirigent maintenant vers une collaboration. Et nous sommes aussi dans une vision de collaboration.» Comme pour les assureurs traditionnels, il considère que l’AssurTech va pousser les banques à se recentrer sur le client, avec un haut niveau de service personnalisé.

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Les AssurTechs ont présenté leur concept devant une assemblée d’acteurs du secteur bancaire.

ADVIZE : PIONNIÈRE DE L’ÉPARGNE EN LIGNE

Née en 2012, Advize s’est donné pour ambition de rendre accessible à tout le monde le conseil financier, et surtout, son suivi. Cette start-up française a mis en place le premier robo-advisor (robo-conseiller) français avec ses deux partenaires : l’assureur-vie Generali et la rme américaine Morningstar, spécialiste de la recherche financière indépendante. Sa solution de gestion d’épargne en ligne à destination des particuliers compte aujourd’hui plus de 3 000 utilisateurs et fait d’Advize l’une des AssurTechs les plus visibles en France.

Elle permet notamment aux particuliers de souscrire à une assurance-vie directement en ligne et de bénéficier de conseils personnalisés pour la gérer. «Aujourd’hui, il y a un manque de conseil personnalisé, en raison notamment de problèmes de rentabilité. Cette problématique, on la résout grâce avec une technologie qu’on a mise en place pour pouvoir produire du conseil personnalisé à grande échelle et en assurer le suivi à nos clients», explique Olivier Gentier, président de la start-up.

Fort d’un parcours de plus de quinze ans dans une grande banque française en tant que responsable des produits de bourse, il a décidé de rejoindre Advize après avoir réalisé son potentiel. «Depuis un an, je regarde l’évolution de l’AssurTech de très près, et c’est pour cela que j’ai décidé de m’associer à Advize. Je pense qu’après une période où les acteurs traditionnels regardaient l’AssurTech comme une menace, ou de très haut, nous avons passé un cap. Les deux mondes sont en train de chercher une manière de communiquer», explique-t-il.

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Selon lui, les AssurTechs on l’avantage d’échapper à la lourdeur de l’administration, et essaient de remettre le client au centre de la relation. Il estime par ailleurs qu’elles apportent de l’agilité, car les technologies qu’elles ont développées sont des technologies d’usage, difficiles à mettre en place de manière interne dans des grands groupes, telles que le robo-advisor d’Advize. Celui-ci est ainsi capable de définir le profil d’investisseur de l’utilisateur, de prudent à dynamique, par une série il va proposer une sélection d’options adaptées, que le client pourra sélectionner.

Le robo-advisor l’aidera ensuite à gérer l’évolution de son épargne, grâce à l’envoi hebdomadaire d’une newsletter retraçant les éventuels mouvements de ses actifs et délivrant des conseils pour en tirer le meilleur parti. «Notre technologie permet de gérer n’importe quel titre financier, que ce soit des fonds traditionnels, des actions ou des obligations», explique Olivier Gentier.

Alors que tout internaute peut souscrire directement un contrat en ligne, Advize propose également en marque blanche sa plateforme technologique aux distributeurs traditionnels tels que les banques, assurances et courtiers, afin de leur permettre de digitaliser leur offre et d’industrialiser le suivi clients. En accompagnant aussi bien les particuliers que les acteurs traditionnels, la start-up se positionne pour devenir l’un des leaders français de l’épargne en ligne.

L'équipe Advize.

L’équipe Advize.

MINALEA : L’ASSURTECH HAUT-SAVOYARDE QUI FAIT PARLER D’ELLE

Minalea, une start-up de l’assurance basée à Annecy-le-Vieux, fait déjà parler d’elle en France et à l’étranger pour son concept novateur. Elle a décroché, cette année, aux Fintech Awards de Londres, la récompense de la meilleure solution innovante, catégorie assurance, pour son assistant commercial intelligent. Créée par trois professionnels de l’assurance de la région, Minalea a développé cet assistant en partant du constat que la plupart des gens n’ont qu’une seule variable, le prix, lors du choix d’une police d’assurance. «Tous les comparateurs nous encouragent à ne sélectionner une assurance qu’en fonction du tarif. On a voulu donner de la visibilité au reste», explique Stéphane Favaretto, directeur général de l’entreprise.

« TOUS LES COMPARATEURS NOUS ENCOURAGENT À NE SÉLECTIONNER UNE ASSURANCE QU’EN FONCTION DU TARIF. ON A VOULU DONNER DE LA VISIBILITÉ AU RESTE. »
Stéphane Favaretto

Et parce qu’actuellement, 90 % des assurances sont vendues par des intermédiaires, Minalea a pris le parti de développer un outil pour les aider à mieux vendre leur produit. «Notre assistant leur donne plus de contenu sur les offres pour sortir du seul argument tarifaire», ajoute-t-il. Il va ainsi trier les différentes offres pour trouver celles qui présenteront des services de qualité et surtout, qui seront le mieux adaptées aux besoins du client.

En un clic, l’agent d’assurance peut connaître tous les services et garanties proposés par chaque produit, afin de répondre à n’importe quelle question en un éclair. Pour mettre au point cet outil, Minalea a dû réaliser un travail de collecte important afin d’inclure toutes les polices d’assurances disponibles sur le marché, ce qui représente plusieurs milliers de critères. «Cela a demandé beaucoup de travail, car dans l’assurance automobile, on doit maintenir 100 000 données. En assurance habitation, on en est à plus de 150 000 !», rappelle Stéphane Favaretto.

Pionnière de l’AssurTech, Minalea ne se considère pas en opposition avec les assureurs traditionnels. Au contraire, elle se voit comme un partenaire, avec pour objectif sur le long terme de contribuer à développer des offres de plus en plus qualitatives.

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L’équipe Minalea.


Dossier réalisé par Romain Fournier.


Crédit photo : Fotolia.

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