Automobile : flotte d’entreprise, branchée, mais pas trop…

par | 28 Fév 2017

Alors que le salon de l’auto de Genève s’apprête à ouvrir ses portes et fera encore la part belle aux véhicules électriques et/ou hybrides, qu’en est-il du choix des entreprises pour constituer leur flotte ?

«Pendant de longues années, en France, les énergies dans les flottes automobiles d’entreprise se sont résumées au seul diesel», résume l’Observatoire du véhicule d’entreprise. La fiscalité avantageait en effet cette énergie, avec une TVA déductible sur les achats de carburants, de 80 % à 100 % pour les véhicules utilitaires. Mais les temps changent… doucement.

- 17,5 % C’est la chute des immatriculations de véhicules hybrides en entreprise, avec un total de 15 255 unités vendues l’an dernier.On le pressentait depuis plusieurs mois, mais c’est désormais officiel. Le marché du véhicule d’entreprise a signé une nouvelle année record en 2016, après un exercice 2015 déjà très positif. L’Observatoire du véhicule d’entreprise (OVE) analyse en cinq chiffres les tendances majeures de ce marché, qui tire plus que jamais l’ensemble des immatriculations automobiles en France.

Premier d’entre eux : 789 783. C’est le nombre total des ventes de VP (véhicules particuliers) et VU (véhicules utilitaires) réalisées par les entreprises en 2016. Un chiffre en croissance de 8,1 % par rapport à l’année précédente, qui était déjà un excellent millésime. Pour mémoire, la croissance des ventes de VP et de VU en 2015 s’inscrivait à 6,3 % (730 763 unités). Le marché des entreprises suivi par l’OVE – il inclut les administrations, les loueurs longue durée et les sociétés hors automobiles –, représentait à la fin de l’année 32,56 % du marché automobile national, contre 31,85 % un an plus tôt.

Son rythme de croissance est d’ailleurs très sensiblement supérieur à celui du marché national, qui s’est affiché à + 5,6 % sur l’ensemble de l’année 2016. Par type de véhicules, les VP ont enregistré une progression de 9 % en entreprises (467 294 unités), tandis que les VU affichent une hausse des ventes de 6,7 % (322 489 unités).

« MALGRÉ LA MOBILISATION DES CONSTRUCTEURS, L’ÉLECTRIQUE A TOUJOURS DU MAL À FAIRE VALOIR SES ATOUTS. »

Deuxième chiffre : 679 136. Ce sont les ventes totales de VP et de VU diesel en 2016. La motorisation reine dans les parcs d’entreprise – mais qui subit la désaffection des ménages sur un plan national –, a bien maintenu ses positions l’année dernière. Ses ventes ont progressé deux fois plus vite qu’en 2015, tant en VP + VUL (Véhicules utilitaires légers ; 6,4 %), qu’en VP (6,3 %), malgré une campagne anti-diesel toujours aussi soutenue (interdiction des véhicules diesel à Paris en 2020, entrée en vigueur des pastilles Crit’Air à Paris, Lyon, Grenoble).

La part de marché du gazole reste substantielle au sein des parcs d’entreprise : 85,99 % sur les VP et les VUL (- 1,35 point sur un an), 78,63 % sur les VP (- 2 points sur un an) et 96,66 % sur les VU (- 0,24 point sur un an). Le gazole reste, il est vrai, l’énergie pertinente pour le marché entreprise puisqu’il correspond à des kilométrages importants (plus de 20 000 km/an). Or, les kilométrages moyens en entreprise oscillent toujours autour de 30 000 km par an. Les prochains mois diront si l’alignement de la fiscalité sur les TVA fait ou non bouger progressivement les lignes.

Autre chiffre : 17,16 %. C’est la part de marché de l’essence sur le segment des VP en 2016. Au total, les ventes de véhicules particuliers essence s’établissent à 80 189 unités, ce qui représente une progression de 30,6 % sur un an. Année après année, cette énergie gagne des parts de marché en entreprise : 9,8 points depuis 2012 et 2,84 points sur un an. La déductibilité progressive (sur cinq ans) de la TVA sur l’essence, qui vient d’être votée dans la loi de Finances 2017, devrait accompagner ce mouvement et inciter davantage les gestionnaires de parcs automobiles à privilégier cette énergie pour les déplacements de moins de 20 000 km par an de leurs collaborateurs. En additionnant VP et VU, la part de marché de l’essence ressort à 10,77 %, avec un total de 85 021 immatriculations.

Quatrième donnée : – 17,5 %. C’est la chute des immatriculations de véhicules hybrides en entreprise, avec un total de 15 255 unités (hybrides non rechargeables et rechargeables). «Les années se suivent et ne se ressemblent pas pour ce segment de marché, qui a subi de plein fouet la baisse des aides à l’achat (suppression totale des aides sur les hybrides diesel, coup de rabot sur les aides pour les hybrides non rechargeables et les rechargeables)», souligne l’OVE. Alors qu’en 2015, les ventes d’hybrides rechargeables (VP et VU) affichaient une hausse de 306,3 %, le bilan 2016 fait ressortir une progression de 82,6 % à 3 408 unités.85,99 % C’est la part des ventes de VP et VUL (- 1,35 point sur un an) roulant au gazole et réalisées en 2016.

Pour les hybrides non rechargeables, c’est la chute libre (- 28,8 % à 11 847 unités). Les nouveaux arbitrages du gouvernement pour 2017, avec la suppression de tout coup de pouce à l’achat pour les hybrides non rechargeables, devraient encore accentuer le déclin de cette motorisation dans les parcs d’entreprise, dont la part de marché s’établissait à 1,50 % à la fin de l’année dernière.

Enfin : 1,20 %. C’est la part de marché des modèles électriques (VP et VUL) dans les entreprises. Le total des immatriculations ressort à 9 441 unités, soit une hausse de 26,4 % en un an. «Malgré la mobilisation des constructeurs, notamment en termes d’autonomie et d’installation de bornes de recharge, l’électrique a toujours du mal à faire valoir ses atouts sur le marché du véhicule d’entreprise», note encore l’OVE. Pour preuve, sa part de marché ne passe toujours pas le cap de 1 % sur le segment des VP (0,97 % à 4 548 unités).

Pourtant, en 2025, d’après un livre blanc publié fin 2015 par la société d’information automobile Jato, le marché mondial du véhicule électrique pourrait atteindre 5,5 millions d’unités. La Chine représenterait, à elle seule, la moitié du marché. La fin annoncée du “tout-pétrole” explique bien sûr cette explosion potentielle, tout comme les problèmes environnementaux et sanitaires, qui obligent les pouvoirs publics à trouver des mobilités propres pour circuler, notamment dans les agglomérations.

La conquête de l’électricité passera-t-elle par l’entreprise ? Aujourd’hui non, compte tenu des spécificités des déplacements professionnels. Demain, peut-être, mais à condition que le modèle électrique améliore son autonomie et ses coûts d’usage. L’un des principaux freins à une adoption massive des véhicules électriques par les entreprises reste en effet à ce jour leur autonomie limitée. À l’exception de Tesla qui avance 450 kilomètres de rayon d’action pour son Model S, dont le prix et l’image ostentatoire le disqualifient pour la plupart des utilisations en entreprise, les véhicules électriques peuvent parcourir entre 100 et 180 km.

L’autonomie : une problématique importante pour les entreprises

Seules quelques nouveautés dépassaient jusqu’alors ce seuil. C’est le cas de la nouvelle Nissan Leaf annoncée à 200 km d’autonomie. Quant à la nouvelle BMW i3, elle embarque un accumulateur qui augmente son autonomie de moitié pour atteindre les 300 km. Cette offre devrait toutefois s’étoffer dans les années à venir, avec des autonomies plus grandes. Les annonces des constructeurs se sont succédé, notamment au Mondial de l’automobile de Paris. Et d’autres suivront à celui de Genève…

La nouvelle Renault Zoé a ainsi affiché ses ambitions avec une autonomie annoncée de 400 km (300 km en autonomie réelle, contre 150 km jusqu’alors). Volkswagen veut lancer plus de 30 nouveaux véhicules électriques entre 2016 et 2025. Idem chez Volvo, dont le modèle 100 % électrique annoncé pour 2019 affichera 480 km d’autonomie. De son côté, le groupe PSA a programmé de commercialiser quatre nouveaux véhicules électriques sous les marques DS, Peugeot et Citroën entre 2019 et 2021 avec une autonomie pouvant atteindre pour certains jusqu’à 450 km.

Mercedes a présenté, quant à lui, un véhicule électrique dont l’autonomie atteint 500 km et qui sera commercialisé avant la fin de la décennie. Cette autonomie serait alors sans équivalent sur le marché, à l’exception des modèles proposés par l’Américain Tesla. La marque, propriété du milliardaire américain Elon Musk, pourrait encore creuser les écarts avec la concurrence, puisque la nouvelle version de la Tesla Model S P100D, équipée d’une batterie de 100 kWh, revendique une autonomie record de 613 kilomètres.

2017, année record ?

Le marché des flottes entame l’exercice 2017 de la meilleure des manières. Les ventes de voitures particulières et d’utilitaires légers en entreprises ont progressé de 7,91 % au mois de janvier, s’établissant à 60 246 unités. Ce volume représente 33,54 % des immatriculations du marché automobile national. Au niveau des énergies, le diesel demeure ultra majoritaire avec 85,83 % de parts de marché.

L’essence monte en régime de 9,22 % mais ne représente que 6 242 immatriculations, soit 10,36 % du marché des flottes. Quant aux modèles électriques, ils s’envolent de 43,36 % à 691 unités. La demande a surtout été soutenue par les véhicules utilitaires légers avec 25 304 ventes au compteur, un total en hausse de 12,07 % par rapport à janvier 2016. Cette vitalité succède à plusieurs années de morosité. L’heure du renouvellement des parcs d’utilitaires a semble-t-il sonné. Le diesel reste le carburant roi avec 96,62 % de parts de marché… Du côté des voitures particulières, le bilan du mois de janvier est positif à défaut d’être flamboyant. Les ventes aux entreprises sur ce créneau s’élèvent à 34 942 unités, ce qui correspond à une hausse de 5,08 % par rapport à 2016.

Salon de l’Auto de Genève : c’est du propre !

Le Salon de Genève – qui se nomme “Geneva International Motor Show” (GIMS) depuis peu – ouvre ses portes pour sa 87e édition du 9 au 19 mars sur 77 000 m2. Cette année encore, le GIMS réservera une place de choix aux véhicules propres. D’une part, dans le cadre de l’initiative “réduire les CO2”, Presenting partner energie Suisse réunira tous les véhicules à basse émission de CO2 (90 g/km et moins) dans une application et offrira un concours attractif aux visiteurs. D’autre part, experts et intéressés se retrouveront du 14 au 16 mars pour le Congrès européen autour des voitures électriques, hybrides et à pile à combustibles EEVC-2017. Mais Genève est également l’endroit où les constructeurs “normaux” dévoilent leurs nouveautés.

Des premières mondiales

Plus généralement, après un salon 2016 marqué par quelques absences remarquées, cette édition 2017 verra la quasi totalité des constructeurs à nouveau présents à Palexpo. Les nouveautés et les premières mondiales seront donc nombreuses. On peut citer, en vrac, le futur DS7 Crossback, la C3 Aircross, la nouvelle BMW série 5 ou encore le Volkswagen Tiguan Allspace, le Range Rover Evoque Coupé, la Lamborghini Aventador S, l’Aston Martin DB11 Volante, la Porsche Panamera Sport Turismo.

Cette année – cocorico ! –, Alpine, enfant de la marque Renault, entrera également en scène officiellement. Alpine prévoit ainsi, pour son retour, la construction, selon les meilleures traditions, d’une voiture de sport légère dans son ancien siège de Dieppe. Le salon de Genève sera le cadre de la première présentation officielle pour la célèbre marque sportive, qui dévoilera ce nouveau véhicule de série. Le châssis ainsi que la carrosserie de cette mouture sont entièrement en aluminium ; son arrivée sur le marché est prévue pour fin 2017.

Dans le même registre, et toujours assez loin des contraintes environnementales, le constructeur de voitures de sport britannique McLaren a annoncé la deuxième génération de son modèle d’origine. McLaren promet une aérodynamique deux fois plus efficiente que sur son actuelle sportive en carbone. Les amateurs de 4×4 se réjouiront de la présentation en première mondiale de la nouvelle Subaru XV, qui est d’ailleurs la nouveauté tant attendue du constructeur.

En contraste avec ces nouveautés automobiles, la halle 3 se verra à nouveau dotée d’expositions spéciales autour du sport automobile, de la tradition et des chronométrages, par TAG Heuer. À noter également que le lundi avant l’ouverture, l’élection de la “Car of the year” se tiendra au sein même du salon. Il reste encore sept véhicules en lice pour la finale de ce prix européen : Alfa Giulia, Citroën C3, Mercedes Classe E, Nissan Micra, Peugeot 3008, Toyota C-HR et Volvo S90/V90. Lors de son édition de 2016, le salon de l’auto de Genève avait accueilli 682 000 visiteurs. Un chiffre que les organisateurs comptent encore dépasser cette année…

Collectivités et entreprises : le choix électrique

En Pays de Savoie aussi, on tente désormais l’aventure électrique au sein des flottes professionnelles. Comme à Chamonix, qui vient de s’associer au constructeur allemand BMW pour disposer de dix I3 dans le cadre du renouvellement de sa flotte communale (photo). La livraison des véhicules, qui a eu lieu en décembre dernier, est d’autant plus symbolique que la vallée de l’Arve est en proie à de récurrents épisodes de pollution atmosphérique.

Même démarche du côté de Chambéry, qui vient d’investir dans cinq véhicules électriques pour développer sa flotte sans émissions locales de polluants. Deux Zoé 100 % électriques remplacent deux VL essence de 16 ans et 18 ans. Un véhicule utilitaire Kangoo ZE 100 % électrique à batterie lithium remplace un VL essence de 18 ans. Enfin trois mini-véhicules utilitaires seront affectés à la voirie propreté urbaines et un aux espaces verts (2 Goupil G3 à batterie plomb, et 1 Goupil G5 à batterie lithium). Chambéry dispose d’une flotte de 11 véhicules électriques et un plan prévoit l’achat de 16 véhicules supplémentaires sur trois ans qui devrait porter la flotte électrique à 27 véhicules en 2020.

Une démarche novatrice

Du côté des entreprises, toujours en Savoie, on peut évoquer la démarche novatrice de la société Althus, de Chambéry, qui a décidé, dès 2005, de faire le choix de l’électrique. «Notre objectif est d’aller vers le 100 % électrique à terme», précise Pierre Fenestraz, cogérant de cet opérateur postal privé. «Nous en sommes déjà à notre troisième génération de véhicules électriques et je compte bien aller plus loin, à la fois par conviction personnelle et pour des raisons d’image de marque», confie-t-il. Pour le cogérant, il s’agit avant tout de faire preuve de «responsabilité». Laquelle passe aussi par le tri et le recyclage de tous les déchets liés à l’activité de son entreprise, ou encore l’utilisation de papier et d’enveloppes éco-labellisées.


Dossier réalisé par Cyril Bellivier.

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