Nous vivons une époque formidable… du moins du point de vue économique! Bientôt tous les médias «font dans l’économique» et il ne se passe plus une discussion au café du commerce sans qu’on y parle de subprimes, de faillites, de plans de relance, de récession…

Mais que se passe-t-il donc de si nouveau? En fait rien de spécial… en ce sens que tout est cyclique – surtout en économie, cf. la théorie de la croissance selon Joseph Schumpeter – et que nous assistons ou participons simplement à une transformation des modalités d’échange entre agents économiques. Ils ne sont pas nombreux les agents économiques! En principe ils sont au nombre de 3: les ménages (c’est-à-dire vous et moi en tant que consommateurs), les entreprises et l’Etat. Leurs échanges, fort nombreux, sont modélisés dans ce que nous appelons le «circuit économique». Certains courants économiques considèrent toutefois qu’il n’y a pas 3 mais 4 agents économiques: ils ajoutent la Banque. Or c’est bien de «l’état de santé» ou du rôle de celle-ci que tout le monde débat en ce moment…

Turbulences
Nous vivons une turbulence du système tel qu’il a été mis en place au début du 20ème siècle, système qui a fort bien fonctionné pendant près de 50 ans… Aujourd’hui, il y a néanmoins du changement en vue, dû en grande partie à l’affaiblissement de l’un de ces 4 acteurs économiques, en l’occurrence l’acteur «Banque». Il est toujours délicat de décréter les raisons pour lesquelles une banque prospère ou périclite, simplement parce que nous ne disposons pas de toutes les informations nécessaires pour une appréciation exhaustive et constructive de la situation. D’autre part, je m’étonne de l’alarmisme de certains qui veulent nous faire croire que toutes les banques sont en difficulté! Il y en a qui tiennent leur rôle aujourd’hui comme hier et qui seront encore là demain pour échanger selon les saines règles de l’efficience économique avec les 3 autres acteurs du système: les ménages, les entreprises et l’Etat.
Et si nous osions la question qui dérange… Ne seraient-ce pas les acteurs les plus faibles du système, fragilisés par des transactions économiques inefficientes, inefficaces car risquées et coûteuses, qui payent aujourd’hui le prix de leur stratégies erronées? Le magazine français «Entreprendre» posait la question suivante en page de couverture de son édition de juillet: «Pourquoi les banques ne financent plus l’économie?». Au-delà de ce que chacun peut apporter comme élément de réponse, l’économiste sait que la Banque est une entreprise comme une autre et à ce titre son rôle n’est pas de supporter – dans le sens de sponsoriser – les autres acteurs du circuit économique (entreprises/ménages) mais de vendre, si possible aux meilleures conditions pour les 2 parties, le seul bien dont elle dispose: du capital financier.

Nous vivons une turbulence disais-je… due à la redéfinition du rôle de l’un des agents économiques avec, à la clé, la disparition des plus faibles. Pourquoi l’Etat devrait-il soutenir l’agent économique «Banque» rendu vulnérable par des stratégies inadéquates? Et comment le ferait-il, ce cher Etat, pour voler au secours de certaines Banques? Avec des aides financières? Impossible car l’Etat n’est pas en mesure de puiser dans ses réserves (capital propre, profit réalisé hier pour être distribué aujourd’hui); il peut tout au plus faire fonctionner la planche à billets et dans ce cas nous connaissons à l’avance l’issue du combat: la monnaie dudit Etat est KO en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire… L’intervention de l’Etat dans le circuit économique ne peut être que budgétaire ou structurelle.
Il existe un parallèle avec la physique: la transformation de l’état d’un élément en un autre état – par exemple la glace qui se transforme en eau – engendre une période d’instabilité entre deux états stables, «calmes», bien définis. Durant une courte période les liaisons intermoléculaires changent, parfois elles disparaissent (!), ce qui permet le changement d’état; en un mot, c’est le grand remue-ménage! Tout ça pour parvenir à passer d’un état à un autre: en l’occurrence de l’état solide (glace) à l’état liquide. Il pourrait en être un peu de même en ce début de 21ème siècle: après 40 années de stabilité économique, nous allons devoir faire face à une (courte?) période d’instabilité durant laquelle l’agent économique «Banque» doit redéfinir son rôle, sa mission, avant de retrouver un nouvel équilibre avec, à la clé, cette belle stabilité qui rassure tant!.Par Pierre Leuenberger, Économiste HES

img10562.jpg

Schéma: Le circuit économique simplifié(dessin tiré de «Economie 2000», Ed. LEP)