L’ONU a plaidé mardi pour un « pont aérien » vers la Birmanie, qui reste insensible aux pressions internationales et répète vouloir garder la haute main sur la distribution de l’aide étrangère au profit des sinistrés du cyclone Nargis.

Onze jours après l’une des pires catastrophes naturelles de l’histoire récente, qui a fait quelque 62.000 morts et disparus, la junte militaire a réaffirmé son opposition à laisser des travailleurs humanitaires étrangers entrer en trop grand nombre pour diriger les secours destinés aux plus de 1,5 million de rescapés. « Jusqu’à présent, la nation n’a pas besoin de travailleurs humanitaires spécialisés », a assuré le vice-amiral Soe Thein, haut responsable militaire cité mardi par un journal gouvernemental. Les besoins de centaines de milliers de survivants « ont été satisfaits, dans une certaine mesure », a-t-il ajouté.

Une aide primordiale sur le terrain
L’ONU, les États-Unis et la plupart des pays occidentaux sont loin d’être du même avis. Cette grave crise humanitaire constitue un « énorme défi logistique (…) Il faudra au moins un pont aérien ou un pont maritime pour acheminer l’aide en grande quantité (et) le plus vite possible », afin d’éviter une « deuxième catastrophe », a averti Elisabeth Byrs du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) à Genève.
Lundi, les Nations Unies et Washington avaient sommé la junte d’agir rapidement pour sauver des vies et de faciliter une aide internationale dont le régime militaire, réputé paranoïaque et obsédé par la défense de sa souveraineté, veut contrôler la distribution.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a exprimé « son immense frustration » devant cette lenteur « inacceptable ». « J’appelle le gouvernement de la Birmanie à donner la priorité à la vie de ses compatriotes », a-t-il lancé.
Le président américain George W. Bush, qui considère la junte birmane comme l’une de ses bêtes noires, a estimé que « le monde devrait être en colère et condamner » ce régime. « Il est impossible de dire combien de personnes ont perdu la vie en raison de la lenteur de la réaction » des autorités, a-t-il ajouté.

Même si le rythme d’entrée des secours étrangers s’accélère, les besoins restent colossaux pour des survivants désespérés et coupés du monde, qui ont soif et faim, dans des zones du delta de l’Irrawaddy (sud-ouest) où flottent encore des corps en décomposition.

Un bilan catastrophique
Selon le bilan officiel provisoire, 31.938 personnes ont été tuées par Nargis – parmi lesquelles 40% seraient des enfants selon l’ONG Save The Children – et 29.770 sont portées disparues. Des diplomates citent des estimations supérieures à 100.000 morts et il faudra des semaines pour évaluer l’ampleur de la tragédie.
D’autant que des pluies s’abattent sur la région et « je ne sais pas combien de temps nous tiendrons », se lamente un réfugié, Taye Win.

Jusqu’ici, les opérations de secours n’ont permis de répondre qu’à 10% à 20% des besoins en eau potable, vivres et matériels, selon l’ONU.
Sur le terrain, des travailleurs humanitaires étrangers disent être confrontés à des difficultés logistiques et, selon Médecins sans Frontières, « à de plus en plus de contraintes des autorités » qui multiplient les contrôles et les vérifications.
En outre, une cinquantaine d’humanitaires étrangers travaillant pour des agences des Nations unies et des ONG attendraient toujours des visas.

Bien qu’elle veuille absolument en contrôler l’acheminement, la Birmanie ouvre quand même la porte à davantage d’aide internationale.
Après avoir fait atterrir lundi à Rangoun un premier avion militaire rempli de secours, les Américains en ont envoyé mardi un deuxième et un troisième est attendu dans la journée.

La Maison Blanche a promis 13 millions de dollars de plus pour aider les Birmans, soit 16,26 millions au total à ce jour.
Ces dons « renforceront l’amitié entre les gouvernements, les forces armées et les peuples de nos deux pays », a remercié le haut gradé birman Soe Thein.
Par ailleurs, l’Union européenne a convoqué mardi une réunion ministérielle d’urgence pour évaluer les besoins des rescapés et surtout accentuer la pression sur la Birmanie afin de faciliter l’arrivée de secours internationaux.

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La Maison Blanche a promis 13 millions de dollars de plus pour aider les Birmans.