Au niveau de la confluence entre la Bourbre et le Bion, l’eau déborde ""de partout. «Ca fait des années qu’aucun curage n’a été mené», peste cet agriculteur berjallien. Un peu en aval, il a dû renoncer à cultiver sa parcelle d’une dizaine d’hectares de maïs, inondée en permanence. A défaut d’être entendu par le Syndicat des Marais et le Syndicat Mixte d’Aménagement du Bassin de la Bourbre (SMABB), il a entamé une action juridique. Il explique : «Tout le monde se renvoie la balle. Le Bion est encombré de graviers et s’écoule difficilement dans la Bourbre, dont le niveau est monté de 80 centimètres. Il est urgent de nettoyer tout ça, de creuser un peu dans le lit ou de faire une digue. En 2014, j’avais perdu 50 % de ma récolte sur cette parcelle. L’an dernier et cette année, je n’ai rien planté. C’est pas la peine. J’ai mis de l’herbe…»
L’exploitant est amer : «On nous parle de nourrir les Français et ce n’est plus possible de cultiver de bonnes terres comme celles-ci. Avec un minimum d’entretien du lit des rivières, je pourrais de nouveau travailler. Mon voisin est dans le même cas. Quand je vois que l’on dépense des fortunes pour irriguer des terres pleines de cailloux !» Le long de l’autoroute à proximité de l’échangeur de L’Isle d’Abeau, on voit bien toute cette eau qui stagne. Des canards y pataugent gaiement. Un canal passant sous l’A43 est quasiment bouché. Le céréalier souligne : «Auparavant, l’AREA curait régulièrement ses ouvrages d’art. Puis ils ont été embêtés avec la loi sur l’eau. Et aujourd’hui, le SMABB me dit que c’est à l’AREA de payer…»
L’agriculteur peine à voir la solution. Il lance : «Heureusement que j’ai des terres ailleurs. Sinon, je serais mort. Un expert a attesté devant les gens du SMABB que la parcelle était cultivée depuis au moins 1956. Mais si on veut en faire un milieu naturel, qu’on me le dise clairement. Aujourd’hui, la Bourbre est chez moi !» De fait, il ne serait pas opposé à un échange de terrain sous l’égide de la SAFER. Mais là aussi, cela fait des mois qu’il n’a plus de nouvelles. Regardant en direction de l’Isle d’Abeau, l’exploitant indique : «Si rien n’est fait pour faire baisser le niveau de la rivière et que la digue cède, il y a un risque qu’une inondation vienne un jour recouvrir les maisons de Pierre Louve.» Pour le maïs, c’est presque déjà trop tard.
Stéphane Perrin

2017-04-15