L’Union Européenne et le Royaume-Uni s’engagent dans d’ultimes négociations pour cadrer les relations économiques futures.

Le Brexit est comme le loup. À force de trop l’annoncer, l’opinion finit par ne plus y croire. Ou en tout cas par le reléguer aux oubliettes. Cette farce à l’anglaise a alimenté les médias, chacun s’essayant à anticiper l’issue de l’opération. Depuis le référendum de juin 2016, le monde assiste aux rebondissements qui ont atteint leur paroxysme en 2019, au point de provoquer une indigestion, mais toujours pas de solution. La foule s’exclame : « Qu’ils partent ces Anglais qui nous cassent les pieds ! » L’élection du 12 décembre dernier a donné à un Boris Johnson conforté dans sa majorité le feu vert qu’il attendait.

L’accord de sortie négocié avec l’Union européenne (UE) en octobre dernier a été adopté par la Chambre des communes le 20 décembre renforçant davantage la position du Premier ministre. Il reste encore quelques étapes législatives côté britannique et une ratification du traité de divorce par le Parlement européen dont le vote est programmé fin janvier. Ensuite, le Royaume-Uni entrera dans une période de transition pour définir avec l’UE le cadre des relations futures sur des sujets aussi sensibles que le libre-échange, la pêche, la défense… Sans compter les casse-tête comme la frontière nord-irlandaise ou le cas de l’Écosse.

“La sous-traitance industrielle britannique qui s’érode progressivement depuis plus de 20 ans ne sera pas en mesure de satisfaire seule la consommation nationale.”

Ultime saison en 2020 ?

Si la durée de ces ultimes négociations est fixée à onze mois, soit une officialisation d’ici au 31 décembre 2020, nombre d’observateurs estiment que ce délai est intenable. Pour l’heure, Boris Johnson reste campé sur ses positions et brandit la menace d’un no deal. La situation devient de plus en plus inconfortable pour les acteurs économiques internes et externes. Comment prévoir l’incertitude ? Le Royaume-Uni va sortir de l’UE, les dernières élections vont dans ce sens, mais dans quelles conditions ? Quelles modalités ? Avec quelles conséquences sur les marchés financiers ? Une récession comme l’annoncent certains économistes, un sursaut national comme l’espère probablement Boris Johnson ?

« Un Brexit sans accord aurait un impact immédiat et dévastateur sur l’industrie, sapant la compétitivité et engendrant des dommages irréversibles et sévères », a commenté Mike Hawes, président de l’Association des constructeurs et des vendeurs automobiles (SMMT) britannique. Les investissements dans l’industrie automobile britannique se sont réduits en 2019, une réaction qui s’inscrit dans un contexte global d’instabilité et de mutations rapides que le Brexit accentue. La SMMT estime que les investissements se sont effondrés à 70 % entre janvier et juin 2019, soit 90 millions de livres, alors qu’ils se montaient à 2,7 milliards de livres en moyenne au cours des sept années précédentes. La production de voitures a chuté de 20 % au premier semestre.

Quel avenir pour l’industrie britannique ?

La tendance est au repli vers le continent : les constructeurs envisagent d’autres options et quittent le Royaume- Uni. Honda a ainsi fermé son usine de Swindon en début d’année, Ford aussi. D’autres, comme Nissan, réfléchissent aux options possibles. À une exception près : Jaguar Land Rover a annoncé en juillet vouloir construire ses véhicules électriques en Grande-Bretagne sur son site du centre de l’Angleterre, soit un investissement estimé à 1 milliard de livres. Selon les estimations, le coût d’un éventuel no deal pour l’industrie automobile pourrait s’élever à 4,5 milliards de livres par an en droits de douane. Impensable dans une économie globalisée basée sur le libre-échange…


Par Sandra Molloy


Cet article est paru dans votre magazine EcoMeca de janvier 2020. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.