Depuis sa création à Chambéry en 1986, le bureau d’études et d’ingénierie Inddigo est pionnier sur les thématiques du développement durable. Son président, Bruno Lhoste, dresse un état des lieux des actions menées et esquisse les pistes à suivre. Interview.

Comment définissez-vous l’activité d’Inddigo ?

C’est un cabinet de conseil et d’ingénierie en développement durable qui accompagne les territoires et les organisations dans la transition vers une société soutenable réconciliant l’économique et le vivant. Cela passe par des solutions innovantes, performantes et accessibles pour les trois grands domaines sur lesquels nous travaillons : les territoires, l’aménagement et la mobilité ; les déchets et l’écologie industrielle ; le bâtiment, l’énergie, le climat.

Comment se porte le groupe ?

Après des difficultés survenues au début des années 2010 en raison d’une perte de rentabilité qui a nécessité une remise à plat, la croissance est revenue de manière forte. Cette progression s’explique par le fait que les sujets sur lesquels nous travaillons depuis longtemps comme le climat, la biodiversité, la mobilité, les déchets correspondent de plus en plus aux attentes actuelles. Nous avons souvent été pionniers sur ces questions et conservons une certaine avance car nous ne restons pas sur nos acquis.

Inddigo est-elle toujours une entreprise engagée ?

Il est important d’être en adéquation avec les solutions que nous préconisons. Nous restons indépendants avec un capital appartenant en totalité à nos salariés. Chaque année, un petit “mercato” s’organise pour les actions (environ 100 000 euros) cédées par les personnes quittant la société parce qu’elles prennent leur retraite ou voguent vers d’autres aventures. Après un an de présence dans l’entreprise, les nouveaux salariés sont prioritaires pour racheter des parts, ce qui favorise la répartition du capital. Notre modèle social est basé sur l’autonomie, la responsabilité, la solidarité.

Vous vous distinguez aussi par un management participatif…

Même si un dirigeant est plus particulièrement mis en avant, notre gouvernance demeure collective avec cinq ou six personnes très engagées. Cette implication collective constitue une grande richesse qui nous a en particulier permis de passer le cap, en 2013, après le décès accidentel de Christophe Bérard, notre président et membre fondateur. Depuis trois ans, notre département “Territoires, aménagement et mobilité” expérimente l’holacratie, un mode de gouvernance qui sort du schéma classique pour répartir l’ensemble des responsabilités. Si l’expérimentation est positive, nous pourrons la généraliser.

Être une entreprise engagée facilite-t-il les recrutements ?

Oui, cela atténue les difficultés à trouver les personnes dont nous avons besoin, en particulier les profils les plus expérimentés qui ont envie d’avoir un autre rapport à la hiérarchie, aux collègues. Il nous vaut aussi des candidatures spontanées dont nous sommes ravis. Nous recrutons très régulièrement et avons une quinzaine de postes ouverts chaque année.

En 2019, vous avez créé une nouvelle filiale, Pikaia. Quelle est sa vocation ?

Elle est dédiée aux solutions biomimétiques, inspirées de la nature dans ses différentes composantes. Cette filiale accompagne des structures dans la mise en oeuvre de changements nécessaires pour rendre leurs modèles et leurs organisations compatibles avec les enjeux du développement durable. Elle est majoritairement détenue par Inddigo aux côtés de ses trois salariés, basés à Marseille, Toulouse et Paris.

Quels sont les grands enjeux actuels du développement durable ?

Ils sont multiples et varient selon les secteurs. Pour le bâtiment, il s’agit de construire en limitant au maximum l’impact environnemental tant au niveau des matériaux utilisés que des modes constructifs. Il y a 20 ans, nous étions parmi les premiers à nous intéresser aux bâtiments à énergie positive. Aujourd’hui, ils sont devenus la norme. Nous travaillons beaucoup sur le développement des énergies renouvelables en remplacement des énergies fossiles. Dans le domaine des déchets, nous mettons plutôt l’accent sur la réduction et la valorisation avec une volonté forte de sortir du gaspillage, de l’incinération et de la mise en décharge. En matière d’aménagement du territoire et de mobilité, nous réfléchissons aux alternatives à la voiture individuelle en milieu rural, comme le partage de voiture ou le covoiturage dynamique.

Les attentes actuelles restent-elles au stade des intentions ou se concrétisent-elles par des actes ?

Même si on doit être capable d’aller plus loin, la prise de conscience est réelle. À titre d’exemple, le plan “Vélo et mobilités actives” présenté à l’automne 2018 par le gouvernement considère les solutions douces comme des alternatives sérieuses à la voiture. Pour la première fois, nous avons un plan vélo qui balaie toutes les dimensions d’une problématique. La difficulté de tous ces sujets liés à l’écologie au sens large réside dans la multiplicité de leurs composantes : techniques mais aussi environnementales et sociales. Réduire l’écart entre les intentions et la réalité nécessite que chacun adapte peu à peu ses manières de faire.

La grève des transports publics à Paris aurait dopé l’usage du vélo…

Beaucoup de gens disent que les grèves constitueraient l’élément fondateur du changement de vitesse du vélo à Paris. C’est vrai qu’il peut y avoir des facteurs accélérant les changements d’habitude. Mais il faut aussi renforcer la sécurité et les équipements comme les voies cyclables dont la fréquentation a doublé en un an en région parisienne. Sans ces investissements, les comportements ne peuvent pas changer.

Quelles sont les thématiques que vous souhaiteriez développer ?

Nous aimerions jouer un rôle plus important sur la question émergente de l’alimentation. À mon sens, un gros travail doit être fait pour remettre en place du maraîchage et de la production agroalimentaire dans le cadre de circuits courts à proximité des villes. Les liens entre environnement et santé mériteraient également davantage d’attention. Nous travaillons déjà sur la qualité de l’air intérieur par l’intermédiaire d’un programme de recherche que nous pilotons.

De quoi s’agit-il ?

Le programme Myco-Act est issu de deux projets de recherche Myco-Bat et Myco-Pac que nous coordonnons et qui sont financés avec l’aide de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Conduit avec des experts en santé publique et en bâtiment, il montre par exemple que la rapidité des modes constructifs actuels favorise le développement de moisissures, invisibles mais sources de pollution de l’air. L’objectif est d’identifier les risques pour proposer ensuite des solutions.

Quelles sont, pour vous, les incidences de la digitalisation ?

Elles sont importantes et constituent pour nous un axe fort de développement. Nous proposons par exemple avec une petite start-up d’Occitanie une plateforme de suivi de la performance énergétique dont les mesures sont utilisées pour conduire, ensuite, des plans d’amélioration. En juin dernier, nous avons intégré, avec vingt autres PME, l’accélérateur ingénierie. Porté par Bpifrance, cet accélérateur, qui est le premier dans le domaine des services nous offre un accompagnement de 24 mois très intéressant. Nous allons travailler à la mise en place d’une plateforme de formation à distance pour l’ensemble de nos collaborateurs. Cette académie digitale de formation sera sans doute mise à disposition d’une partie de nos clients qui le souhaiteraient.


Propos recueillis par Sophie Boutrelle.

Photo à la une : Imre Tömösvári sur Unsplash


Cet article est paru dans votre magazine ECO Savoie Mont Blanc du 28 février 2020. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.