BTP et numérique : anticiper dans un monde en mouvement

« Prospective : quelles évolutions dans le BTP, dans un futur proche et numérique ? » Voilà la question passionnante et protéiforme que s’est posée la fédération du BTP de l’Ain, à l’occasion de son assemblée générale, vendredi 14 avril. Un parterre de professionnels réunis pour l’occasion, a pu notamment appréhender (un peu) mieux la problématique du numérique.

« Les prévisions sont toujours difficiles surtout quand elles concernent l’avenir », a commencé Jérôme Vial, directeur de la bien nommée stratégie et la prospective au sein de la Fédération française du bâtiment, reprenant la citation de l’humoriste et comédien français Pierre Dac. « L’exercice de la prospective peut s’avérer périlleux, il requiert une bonne analyse de la situation présente, poursuit-il. Force est de constater que notre monde et notre environnement évoluent à une vitesse extrêmement rapide. »

Selon lui, il apparaît nécessaire de s’intéresser à la « diffusion des innovations ». Entre l’arrivée de la radio à la fin du XIXe siècle et sa diffusion à 50 millions de personnes, 40 ans se sont écoulés. Entre l’arrivée de la connexion internet et sa diffusion à 50 millions de personnes, 4 ans se sont écoulés. Et le téléphone mobile a connu la plus importante diffusion dans toute l’histoire de l’humanité. Les exemples sont nombreux, pour illustrer la propagation de l’innovation. Ils révèlent bien les ruptures majeures qui modifient les conditions du développement économique et permutent les positions des acteurs traditionnels. La technologie informatique et numérique est la cause de cette accélération, tout comme la baisse des prix qui favorise sa démocratisation. Conséquence, notre quotidien rime avec instantanéité et tout, ou presque, reste à portée de notre téléphone portable.

« À n’importe quel moment nous pouvons effectuer une commande dans le monde et l’obtenir entre tout de suite et deux jours », ajoute Jérôme Vial. L’avènement du numérique représente bien plus qu’un secteur d’activité innovant, c’est une révolution qui modifie en profondeur notre mode de vie, notre manière de travailler, de produire, d’apprendre, de consommer, d’échanger des informations. Concernant plus particulièrement le secteur du BTP, sa digitalisation est clairement en cours. Elle touche à la conception du bâtiment et des infrastructures via le BIM (ou modélisation des données du bâtiment), à la réalisation (imprimante 3D), à leur maintenance (objets connectés), à la commercialisation (réalité virtuelle), au traitement de l’information en temps réel (capteurs sur route connectée) … Et même si tout cela relève d’innombrables prouesses technologiques, l’important réside bien dans l’usage qu’on en fait.

BIM dans les entreprises

Selon Jacques Chanut, président de la fédération du BTP, l’intégration du BIM dans la conception des bâtiments est inévitable. « Contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, la France n’est pas en retard, il faut se former, investir. Le BIM devient quelque chose de naturel pour les entreprises. Il doit devenir un outil, le métier ne va pas changer, il va juste évoluer. » Pour Jacques Chanut, le BIM ne doit cependant pas devenir obligatoire, « il s’imposera de lui-même par les avantages qu’il apportera aux entreprises ». La vulgarisation du BIM est en cours auprès des entreprises. « Le B de BIM signifie building, au sens de construction », ajoute Jean-Philippe Dupeyron, chef du service économique de la Fédération nationale de travaux publics.

Car dans les TP, le BIM fait également son entrée (remarquée) et au-delà de la « simple » maquette numérique, il change le processus et les organisations. L’utilisation de la donnée (de la conception à la réalisation) apporte un partage d’informations et un travail collaboratif entre l’entreprise, le maître d’ouvrage, les sous-traitants. Cette création de données présente des opportunités, comme davantage de rentabilité ou des gains de délais. Il existe également des craintes autour du BIM en tant que nouvelle technologie qui s’accompagne de transformations. Toute médaille s’accompagne de son revers. « Aujourd’hui la question n’est pas ‘est-ce qu’il faut y aller ?’ mais plutôt ‘comment on y va ?’ », insiste pourtant Jean-Philippe Dupeyron.

Concernant plus particulièrement le secteur du BTP, sa digitalisation est clairement en cours. Elle touche à la conception du bâtiment et des infrastructures via le BIM (ou modélisation des données du bâtiment), à la réalisation (imprimante 3D), à leur maintenance (objets connectés), à la commercialisation (réalité virtuelle), au traitement de l’information en temps réel (capteurs sur route connectée)…

Le futur au bout des doigts

Pour Sylvain Massonot, vice-président des Constructeurs aménageurs, « on a tous des smartphones connectés, donc la technologie a déjà pénétré les entreprises. Mais rarement les entreprises ont intégré dans leurs process ces nouveaux usages. » On peut identifier les cibles, les postes et définir des objectifs : plus de rentabilité, augmenter le chiffre d’affaires, intégrer de nouvelles compétences. Faire un état des lieux et ensuite définir les moyens numériques pour mesurer de façon efficace les performances des décisions prises.

« Je suis promoteur immobilier et constructeur de maisons, à la tête d’une petite entreprise en Auvergne, poursuit-il. Pour une petite PME comme la mienne, on se dit qu’on ne peut rien faire face aux géants que sont Google ou Amazon. Mais en fait, pour une PME, c’est presque plus facile d’être agile dans le monde numérique que pour des groupes de taille importante. Les outils sont simples et multiples avec le téléphone dont les possibilités sont grandes. Il y a aussi la gestion de données, mais on peut tendre vers des choses plus futuristes, comme la robotique ou l’intelligence artificielle, déjà utilisée par les banques. »

Pour lui, Il devient nécessaire d’équiper ses collaborateurs de smartphones connectés. On accède à tous ces moyens à bas coûts, « le numérique démultiplie les forces et permet aux PME de jouer dans la cour des grands. Cela nous donne la capacité d’exister avec peu de moyens ». Sylvain Massonot reconnaît qu’internet est devenu incontournable au quotidien pour entretenir la relation avec les clients et se constituer un solide carnet d’adresses. Dans son entreprise de 25 personnes, une des secrétaires assure une présence web sur les réseaux sociaux, deux fois 15 minutes par semaine. « C’est un rythme qui ne diminue pas sa capacité à travailler pour l’entreprise. Elle répond aux demandes des clients, réalise de la veille et pratique la e-réputation, à savoir ce qui se dit sur l’entreprise. Aujourd’hui avec deux fois un quart d’heure par semaine, je suis pleinement dans la révolution numérique ».

« Pour une petite PME comme la mienne, on se dit qu’on ne peut rien faire face aux géants que sont Google ou Amazon. Mais en fait, pour une PME, c’est presque plus facile d’être agile dans le monde numérique que pour des groupes de taille importante. Les outils sont simples et multiples avec le téléphone dont les possibilités sont grandes. Il y a aussi la gestion de données, mais on peut tendre vers des choses plus futuristes, comme la robotique ou l’intelligence artificielle, déjà utilisée par les banques. »

Mutation profonde

Pour Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse, la France est à un carrefour de mutations, et de nouvelles orientations devront être trouvées au plan national dans les années qui viennent. Il s’agit donc de poursuivre le dialogue dans les collectivités et de maintenir le dialogue entre les fédérations professionnelles pour contribuer à équiper le territoire en la matière (référence probable au déploiement du très haut débit).

Franck Perraud, président de BTP Ain et qui, à cette occasion, présidait sa dernière assemblée générale, rejoint cette idée de mutation. S’il a connu, pendant son mandat, un contexte de crise économique profonde, il demeure optimiste sur l’amélioration prochaine dans le secteur. En effet, pour lui, une profonde métamorphose s’est opérée ces dernières années dans tous les secteurs d’activité, notamment portée par la révolution numérique. Le BTP est pleinement impacté.

« J’ai voulu symboliquement tendre un témoin, un bâton de relai, entre mon mandat qui m’aura permis de défendre les intérêts de nos entreprises en crise et le prochain mandat, qui devra accompagner ces mêmes entreprises dans de profondes mutations écologiques, mais aussi en termes de relations clients, salarié-entreprise, et de révolution digitale », énonce-t-il. Franck Perraud se déclare confiant au sujet de l’adaptation des entreprises au numérique, précisant que la Fédération accompagne et organise des formations à destination des entreprises. « Il faut une vraie prise de conscience de la part de tous : il faut adapter nos emplois par la formation continue, c’est le mot phare, en plus des plateformes et des veilles numériques ». Gageons que les entreprises sont prêtes à relever le défi.

Conjoncture paradoxale

Pour Franck Perraud, ces changements et ces mutations ne sont pas sans impacter le secteur d’activité. « Des données sur la conjoncture permettent de mieux comprendre le paradoxe dans lequel nous vivons, à savoir que si les signes de reprise se confirment bien au niveau national dans le BTP, c’est loin d’être le cas dans le département de l’Ain, remarque-t-il. Quelle contradiction, alors que notre département est considéré comme l’un des plus dynamiques de France, premier département industriel de France, avec une démographie en hausse constante depuis 5 ans ! Pourtant, les marchés de la construction ne décollent toujours pas. »

Dans le département, l’activité des travaux publics stagne et le bâtiment n’est pas épargné par une phase de déclin en 2016 avec des mises chantiers de logements qui s’effondrent à -21%, et sans qu’aucune perspective d’amélioration en 2017 ne soit pour l’heure pressentie. Pour rappel, le secteur du BTP dans l’Ain enregistre une perte nette de plus de 2000 emplois depuis 2008. « Le BTP constitue pourtant après l’industrie, le deuxième pourvoyeur d’activité au niveau départemental », ajoute le président. En revanche, au niveau national, les travaux publics dont l’activité dépend à 70% de la commande publique, ont bénéficié de volumes d’activité en augmentation de 2%, et les effectifs se sont enfin stabilisés. Malheureusement, le niveau des prix reste très bas.

Pour l’année 2017, une progression de 2% de l’activité BTP est prévisible, portée par une hausse d’investissement du bloc communal ainsi que par les grands opérateurs (le Grand Paris, le très haut débit, les travaux dans les centrales nucléaires). Globalement, l’année 2016 est celle du retournement de conjoncture. Le logement a connu une forte expansion de plus de 7% mais les marchés d’entretien et de rénovation n’ont pas décollé (pas plus de 0,5% alors qu’ils pèsent lourd dans l’activité des entreprises du bâtiment). La croissance du bâtiment devrait s’accentuer en 2017 à hauteur de 3,7% et si cette accélération se confirme, 10 000 postes devraient être créés. « Les mesures et les propositions ont permis de créer des conditions favorables d’une reprise dans le secteur d’activité qui a avant tout besoin de stabilité économique et fiscale », conclut Franck Perraud.

Régionalisation et fracture territoriale

La nouvelle grande région, serait-elle un avantage certain pour le secteur du BTP ? « Pour le département de l’Ain, je ne pense pas, analyse Franck Perraud, président de BTP Ain. On a deux grandes métropoles qui nous touchent, Lyon au sud, Genève au nord, plus Mâcon et Chambéry, et notre dynamisme dépend aussi de ces villes qui nous entourent au-delà de la grande région. » Il convient cependant de tout faire pour éviter la fracture territoriale. Et la fédération de rappeler que son rôle réside aussi dans l’aide qu’elle peut apporter aux élus pour anticiper leurs besoins.

Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse, a évoqué les orientations locales et la phase de rapprochement à l’échelle des collectivités, rappelant que l’intercommunalité est passée de 15 communes et 75 000 habitants à 75 communes et 130 000 habitants. Jean-François Debat a insisté sur les orientations locales en particulier, avec la création de la nouvelle communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse dont il assure la fonction de président depuis le début de l’année. « Nous sommes entrés dans une phase de rapprochement, de regroupement, de mutualisation à l’échelle des collectivités territoriales. On l’a vu avec la fusion des régions qui a nécessairement des incidences sur l’organisation des chambres et des familles professionnelles », a-t-il souligné.

Jean-François Debat a également mentionné les investissements publics pertinents à mener en collaboration avec le Département, la Région, l’Etat ou l’Europe. Le budget adopté par l’intercommunalité prévoit 45 millions d’euros d’investissement au total sur l’ensemble du budget de la communauté d’agglomération. « C’est une force de frappe et l’assurance de pouvoir mener des projets structurants. Nous allons aussi poursuivre avec le Département les aménagements de rocade, accompagner des chantiers comme celui du conservatoire utile à la population et qui permet de créer de la commande publique », a précisé le maire.

BTP et réalité virtuelle ©Fotolia

Smart cities ou villes intelligentes : Les villes actuelles vont devoir développer de nouvelles performances dans le transport et la mobilité, l’environnement durable (efficacité énergétique), l’urbanisation responsable et l’habitat intelligent, pour améliorer la gestion de l’énergie et réduire les consommations.

Damien Abad, président du conseil départemental de l’Ain, a notamment rappelé les actions phares menées pour les entreprises locales. « Le pacte PME est un changement culturel, c’est la volonté de faciliter l’accès à la commande publique pour les PME du département de l’Ain, et les choses avancent. (En 2014, sur le volume financier des entreprises de l’Ain, 54% des marchés publics du département revenaient aux entreprises de l’Ain.) En 2016, depuis la mise en place du pacte PME, le volume financier des marchés publics consacré aux entreprises de l’Ain est passé à 84%. Les résultats sont positifs et encourageants, les candidats augmentent, ce qui démontre que la confiance revient. Mais malgré ce bon chiffre, les efforts doivent se poursuivre. Il faut respecter le Code des marchés publics, mais cela ne nous empêche pas de mener une politique volontariste en faveur des entreprises de notre département. Ensuite, nous devons tenir une politique d’investissement soutenue (budget de 122 millions d’euros d’investissement dans le département pour 2017). Pour la première fois dans le département de l’Ain, les dépenses réelles ont diminué d’une année sur l’autre. Nous avons réduit les dépenses de fonctionnement en faveur des dépenses d’investissement. Le Département est le premier partenaire financier des communes et près de 20 millions d’euros par an leur sont alloués pour leurs investissements, pour que la commande publique et les projets puissent repartir. »


Par Myriam Denis et Sarah N’tsia

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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