Si les expressions du visage trouvent actuellement une place dans les séries de télévision ou chez des nouveaux «profiler» de toutes sortes qui vendent leur projection, leur intuition ou leur ignorance habillées en doctes affirmations péremptoires, peu en revanche se risquent à l’analyse des caractères permanents par le visage atone.

En effet, il n’est pas trop difficile de cerner un tic gestuel ou un aspect non verbal sur une bande filmée. Mais lorsque le visage est au repos, sans expression particulière, qu’on pourrait qualifier d’expression neutre comme dans le sommeil calme ou la méditation, c’est 21, 30 ou 60 ans de mémoires d’expressions dominantes qui se sont figées par leur incessante répétition. Elles offriront une première clé de prévisibilité comportementale des caractères dominants et surtout permanents d’un individu.

L’inné et l’acquis sur le visage
Ainsi, vouloir décoder ou décrypter, comme on dit maintenant, un visage impliquera non seulement pour un professionnel du comportement la connaissance physiologique des 26 muscles peauciers qui composent la face et leur signification psychologique, mais aussi les lois qui régissent les formes et l’esthétique des visages au sens le plus originel et qui en fondent l’aspect permanent qui fait qu’on reconnaît quelqu’un encore trente ans après l’avoir rencontré et quelle que soit son expression du moment par la reconnaissance de son visage. C’est donc bien la synergie entre la structure osseuse, musculaire et «peaucière» intervenant avec la fixation d’expressions acquises sur une constitution innée qui permettra d’éviter des erreurs de jugement ou d’interprétation. En effet, ne décoder que les structures fondatrices du crâne et du visage dans leur complexité ne servirait qu’à cataloguer des caractères associés aux ethnies. Et, ne décrypter que les formations musculaires en tant que mémoire réactionnelle aux expériences de vie, reviendrait à résumer quelqu’un à son seul historique vie. Des lors la fixation du regard sur l’inné ou l’acquis sans en faire le lien c’est garantir la vision erronée.

De quoi est fait un visage?
A la naissance, quasiment tous les visages des nourrissons se ressemblent, leurs tissus mous dominants, dilatés, et leur expression assez réduite aux besoins élémentaires, révèlent des visages indifférenciés au point que les erreurs des mères elles-mêmes à reconnaître leur propre enfant dans une pouponnière ne sont pas rares. Pendant 21 ans, c’est une sorte de grossesse extra-utérine que vit l’enfant avant d’être constitué dans sa forme adulte. Pendant ce temps, l’ossature révèlera progressivement des visages larges, en hauteur, en lame de couteau, aplatis, en œuf, ou arrondis pour les formes primaires, qui sont comme la charpente d’un bateau sur lequel vont s’articuler ces muscles peauciers en train de se former progressivement. Les agrégats de conscience de nos origines innées vont donc orienter notre matière charnelle dans différentes directions privilégiant les unes et les autres dans différentes zones de la face révélant déjà là des caractéristiques permanentes qui devraient servir assez jeune à orienter l’individu vers le destin qui lui convient le mieux.

Os, muscles, et chair
Déjà à l’aide de ces trois constituants du visage, on peut se faire une première idée sans trop de risques d’erreurs et sans jugements au sens discriminatoire car presque toujours pour un observateur sagace, un de ces constituants tend à dominer sur les deux autres, révélant ainsi une constitution plus permanente que fugitive. Par exemple, une ossature qui semble être visible derrière la chair et les muscles peauciers de l’expression montrera ce que l’os lui-même révèle lorsqu’il est dénudé, c’est-à-dire un caractère ferme, structuré, consistant et peu enclin à l’ambivalence. En revanche, un relief fortement musculaire, parfois tourmenté sous lequel l’ossature apparaît indistincte révélera une tendance profonde à l’action dynamique, à la passion vers les objectifs, et globalement au privilège de l’intelligence émotionnelle sur l’intelligence instinctuelle. Enfin, un visage charnu, empruntant encore quelque caractère de l’enfance par un tissu adipeux et riche qui indifférencie un peu la musculature peaucière au repos ne peut que montrer une sensibilité très vive au milieu ambiant, une réactivité comportementale immédiate, une tendance à la socialisation dominante, et parfois à l’hyper adaptation.

Morphopsychologie
La morphopsychologie, puisque c’est ainsi que le docteur Corman a définitivement rendu scientifique l’approche de la connaissance du caractère par le visage, implique donc un savoir étendu sur l’ethnologie, l’anthropologie, la zoologie, et globalement l’ensemble des sciences humaines dans leur diversité pour situer quelqu’un dès le premier regard dans l’optique adéquate des relations à établir avec lui non seulement parce qu’il vous sourit ou qu’il vous méprise, mais par ce que son visage exprime dans son contenu historique. Ainsi, comme les Chinois pouvons nous dire: la fonction crée l’organe, et donc les modes de fonctionnements ne peuvent que créer un organisme dont les flux psychiques pourront être reconnus par la forme que prennent les récepteurs sensoriels, yeux, nez, bouche, oreilles, et celle globale définie par l’aspect osteo-musculaire.

Science sans conscience?
Dès lors est-on bien surpris de découvrir dans des revues de neuroscience ou de psychologie scientifique contemporaine que «d’éminents chercheurs» répètent sans cesse des expériences analogues avec des étudiants » pour tenter de prouver ce qui est un savoir déjà acquis, expérimenté, reconnu et utilisé par des professionnels depuis 30 ans sur les liens entre les caractères et leurs expressions physiques. A-t’on oublié les travaux de Roger Mucchieli, professeur au Collège de France Docteur es lettres et médecine prof. de psychologie, auteur du merveilleux (mais difficile) livre scientifique *Caractères et visages*, c’est son titre, édité aux presses universitaires de France? Les travaux de Desmond Morris entre zoologie, ethnologie et anthropologie? Ceux du Docteur Corman évidemment fondateur de la «morphopsychologie» et Ermiane pour les expressions? Et bien d’autres comme Gaston Berger, père de Maurice Béjart, philosophe et caractérologue qui ont ouvert la voie à la connaissance du caractère par le visage avec Darwin. Ils n’ont qu’un seul défaut: avoir vécu avant la naissance d’internet.

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Par Maxence Brulard