L’être humain est réfrac-taire au changement, même s’il ne cesse de proclamer le contraire. Le changement est en contradiction avec son aspiration naturelle à la sécurité et à la stabilité. Il est pourtant le seul à pouvoir stimuler les individus et à développer leur créativité. Notre pays se caractérise par une ambivalence très marquée à cet égard. Si l’on se penche sur un passé récent, on peut constater qu’il lui a fallu quitter le nid douillet d’une situation privilégiée au cœur de l’Europe, entre deux blocs antagonistes, lorsque le mur de Berlin est tombé. D’un coup, un monde binaire cédait la place à un ensemble multipolaire. L’échec de l’EEE fut une sorte de cri du cœur contre ce changement trop rapide.
A-t-il vraiment freiné l’évolution?
On peut en douter: l’économie est affaire d’opportunités que les entreprises exportatrices ont su saisir avec rapidité, entraînant dans leur sillage une partie de plus en plus importante du marché intérieur. Au plan politique aussi, le pays n’a cessé de s’ouvrir. Que l’on mesure le tissu de nos engagements internationaux, au rang desquels figurent en première place les accords bilatéraux. Loin de ravager les conditions de travail comme l’annonçaient les nostalgiques du cor des Alpes, ces accords ont ouvert de nouvelles perspectives à notre économie, tant au plan interne qu’externe. L’emploi a crû et la Suisse pourra se targuer cette année d’être l’un des seuls pays d’Europe à connaître une augmentation réelle des salaires. Sans une remise en cause de ses structures économiques, elle n’y serait pas parvenue. Le côté agaçant des choses tient à la lenteur et à l’apparente inertie des choses en politique. Le processus démocratique a un prix parfois franchement irritant, mais il faut lui concéder des vertus d’adhésion sans équivalent. Et l’on peut gager que sa véritable remise en cause ne viendrait que dans un contexte de crise économique majeure qu’au fond de lui-même chacun ne souhaite pas vraiment.
L’important, c’est que le cadre bouge, même cahin-caha, pour ne pas pénaliser l’évolution économique. A cet égard, les inquiétudes sur les réformes de la poste ou de Swisscom transpirent l’argentique des photos de grand-papa. Notre pays est l’un des mieux équipés en PC et connexions multiples, même si ses citoyens et entreprises ne tirent pas toujours le maximum des capacités numériques dont ils se sont dotés. Personne ne songerait à remettre en cause la multiplicité des offres, qui a fait baisser les prix et augmenter la qualité d’un service très limité du temps du monopole public. Si le MMS n’a pas remplacé la carte postale, le SMS et le mail ont supplanté très largement le courrier ordinaire. Demander à la Poste ou à Swisscom de ne pas suivre cette évolution, ce serait comme de demander aux actionnaires de Kodak d’en rester aux films d’autrefois et les condamner à disparaître. Anticipons et préparons le changement, cela sera mieux.