Répétition générale en mai: la France va nous élire son meilleur président. Lequel? Le meilleur, forcément, puisqu’il aura eu la chance d’obtenir la majorité. Même chose aux z’USA. Quoique les majorités…

La France va nous élire son champion, faites vos jeux! Ensuite, test grandeur nature pour les Etats-Unis, avec un Obama possible ou un républicain miraculeusement sorti des chausse-trapes de la campagne. Bien malin qui pourrait prédire celui qui vaincra. Il aura eu une majorité, mais une majorité secouée par la crise, est-ce un mouvement de mauvaise humeur ou un vrai choix?

Les barbiers généreux
En 2012, il devient un poil (c’est le cas de le dire pour des barbiers) plus difficile de raser gratis. Des promesses, des promesses, c’est tout ce qui compte en politique, mais là, plus personne ne doute de l’impossibilité de distribuer généreusement une manne qui n’existe tout simplement pas.
Tenez, les Etats-Unis, endettés à hauteur d’une quinzaine de milliers de milliards de dollars. Oui, un gigantesque paquet de fric. Même avec la meilleure volonté du monde, le président Obama n’a pas réussi à structurer de manière durable et cohérente, sur le plan national, une santé publique élitiste et qui laisse sur le bas-côté trop de monde. Il se voit contraint à des circonvolutions sémantiques pour promettre des jours meilleurs sans engager trop lourdement sa responsabilité financière.
Il n’est pas le seul à devoir nager à contre-courant. Tous les futurs présidents peuvent rejeter le passé en ce qui concerne les challengers, justifier les actes accomplis en décrivant ceux qui vont venir pour ceux qui sont en place. La réalité va les rattraper, plus vite que ça.

La banquise générale
Une chose caractérise toujours les périodes électorales. Le froid sibérien qui gèle tout. La phrase la plus usitée dans les couloirs des palais, dans la bouche de tous les conseillers, va résonner jusqu’au moment du résultat final: «Ce n’est pas le moment de…» On le voit à chaque élection en Suisse, où tel canton se voit privé de projet en attendant le Messie… pardon, le nouveau Grand Conseil. Cela ne risque pas d’arriver au Conseil fédéral, élu par deux cent cinquante personnes et qui, de toute manière, avance peu de projets hormis ses petits trains. Mais quand surviennent les élections nationales, c’est fou ce que tout ce qui ne pose pas de problème passe comme une lettre à la poste et comment l’on peut éviter soigneusement les sujets qui fâchent. Un coup de gel qui ralentit tout, mais, comme disent nos voisins, nous sommes déjà lents, alors qu’eux, ils attendent des changements profonds qui restent dans les limbes…
Dans le monde, le seul qui se distingue est Nicolas Sarkozy, héritier d’une lourde crise dont il se passerait bien. Au lieu de tout geler, il prend quelques décisions. Courageuses, selon ses partisans, contreproductives selon ses opposants. Le courage, en politique, n’a jamais tellement payé, aussi suivrons-nous avec intérêt le vote de cette grande nation râleuse qui nous rappelle tant la Genève qui se dispute. On les aime toutes les deux!

Le possible et le pas possible
La grande ombre qui plane sur ces élections ressemble à un billet de banque. Il cache la lumière. Tout, absolument tout, devient une question de fric. Et il n’y en a plus. Peut-être parvenons-nous à la fin de l’illusion. J’explique. Tant que nos chefs suprêmes peuvent tirer du pognon de nos poches sans déclencher la révolution, ils peuvent s’amuser. Oui, jouer à nous faire croire qu’un gouvernement va «relancer l’emploi». Illusion. L’emploi dépend de la qualité de ce que tu fabriques et de la demande pour ça. Point. Si c’est dépassé, pas bon, trop cher, hop, un autre prend la place. Tu peux mettre tout le poids d’un gouvernement là-dessus, au final ce qui compte c’est d’être bon, au bon moment, sur le bon marché. Pour reprendre la France, son industrie fout le camp. Ça t’étonne? Discute avec un patron, cela devient sportif de juste «faire son métier», à savoir créer et produire des choses puis les commercialiser. Une hydre complique tout, rogne tout, des marges à l’enthousiasme des employés. Quand la moitié de la population active est payée pour em… l’autre, c’est que quelque chose a basculé. Rigole pas, cela commence à venir chez nous!
En passant, une minute d’interview du président de Nestlé. Lui qui vendait des glaces dans un petit camion en Autriche sait ce que bosser veut dire. Il a simplement donné son avis. La culture du travail s’est perdue dans certains pays d’Europe. Si on dit aux gens que l’objectif principal n’est plus de travailler, on détruit quelque chose qui relève du sens. On présente le travail comme une punition, ce n’est pas la meilleure manière d’inciter à la joie dans l’effort.
Cocorico, pas pour nos voisins symbolisés par le coq, mais pour nous, c’est le grand patron de Nestlé qui le dit: si la Suisse a une excellente compétitivité, c’est parce qu’elle travaille davantage. Alors, laissons les politiques politiquer et bossons, mes frères et sœurs, notre fierté nous récompensera. Entre «le travail l’a tué» et «le travail fut sa vie», il y a un juste milieu avec un peu de place au plaisir.
Qu’est-ce que j’ai dit? «Laissons faire»? Ah non! Pardon de ce moment de faiblesse. Ne cessons pas de taper sur la table, n’arrêtons pas de dire à ceux qui nous gouvernent que leur rôle ne consiste pas à annoncer que nous pourrons nous faire raser gratis, cela fait belle lurette que nous savons que ce «gratis»-là nous coûte un saladier. L’Etat papa, l’Etat moteur de l’économie, ça va, on voit que cela ne fonctionne pas, si nous passions à autre chose? A ce qu’on appelle les «fondamentaux»: un rôle qui serait celui de fixer et garantir les conditions-cadres. Trop simple et, surtout, peu valorisant, alors que d’agiter ses bras devant les caméras en prétendant régler le problème de la crise, ça, ça donne du sens à votre vie. Politique, la vie.

Ne regarde pas trop loin
Puisqu’on en est à regarder la politique d’en haut, si on parlait de l’Europe? Encore un ensemble qui se trouve au pied du mur et, comme aurait pu dire Coluche, c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le gouffre qui nous menace. En l’occurrence, le détail qui tue c’est que les pays fiers de leur union ont juste oublié que la monnaie ne peut être qu’un des éléments de l’ensemble. Tu vas me trouver chauvin, mais les Helvètes des origines ont gardé jalousement quelque pouvoir dans leur canton et, peu à peu, l’ont délégué à la Confédération, avec minutie et quand le bon sens le commandait. Ils ont gardé chacun leur monnaie jusqu’à ce que leur «intégration», comme on dit maintenant, soit suffisante pour n’en avoir plus qu’une, notre franc, un peu trop solide mais bon, on voyage pas cher pour l’instant. Pour l’Europe, c’est le moment! Peu importe la défense commune, y’a pas le feu à la guerre. Mais une politique économique, sinon commune, du moins convergente, là on commencerait à se dire que l’histoire n’est pas fixée, les pieds gelés sur la banquise dont je parlais plus haut, mais en marche. Comment veux-tu laisser faire, se contenter de distribuer des subventions uniquement à l’agriculture et à quelques routes sans avoir d’organisme fort, indépendant, qui répartisse un peu judicieusement les avoirs entre des pays dont les différences sont si criantes? On ne dirait pas que la volonté soit d’aller dans ce sens et on commence à voir des eurosceptiques même parmi ceux qui prônaient l’adhésion de la Suisse, vite fait, bien fait. Puisque rien n’avance dans le sens d’une sorte de fédéralisme, même et forcément plus timide qu’en Suisse vu la taille, adoptons une attitude qui a valu des railleries à notre pays. Attendons, avançons, mais dou-ce-ment. On ne perd rien pour attendre, non?.

ZIGZAGS

Quinze minutes de gloire
Tout le monde a droit à ses quinze minutes de célébrité, disait Woody Allen. Bof. Peut-être, en tout cas les internautes s’y emploient avec avidité, parfois talent, souvent mauvais goût. Mais voilà que pointe un problème: comment disparaître? L’Union européenne veut introduire un «droit d’effacement». D’abord les sites devront dire ce qu’ils font des données, demander l’autorisation, et ça, ce n’est pas gagné. Ensuite ils devront accéder à la requête de celui qui veut que tout ce qui le concerne soit effacé. L’antigloire, pourquoi pas?

Musique cachée
Comment faire connaître sa musique, se faire payer sans problème de piratage? L’ancien Beatles McCartney le dit en souriant: composez pour les jeux vidéo! Sérieux, même des hautes écoles suisses se mettent à enseigner comment modéliser de la 3D pour ces trucs qui, moi, m’énervent mais tu fais ce que tu veux. Si les unis s’y mettent, il faut croire que c’est l’avenir. Dis, je peux jouer au baba cool, dans ces jeux? La guerre et l’aventure extraordinaire bien flippante, moi, ça me fatigue.

Un sou pour l’artiste
Le site de téléchargement Megaupload a été fermé. Illégal, profitant de la création des autres. Une réflexion s’impose: la photocopie devait tuer le livre et les écrivains. On a mis une petite taxe sur les photocopies. Les écrivains écrivent toujours! Une petite taxe sur l’accès à internet, facile et pas chère, donnerait une manne pour soutenir la création, audio, vidéo et cinématographique. Car de tout temps, nous avons copié des disques sur des cassettes ou dupliqué des CD. La petite taxe ne tuera personne et aidera les artistes. T’as pas un balle pour ma musique?

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Par Gil Egger