Le blé est important dans le prix du pain quand il augmente, pas quand il baisse… Voilà comment on peut résumer le sentiment du consommateur de base aux prises avec les mouvements spéculatifs. Alors, le blé, rare ou pas?

Tempête spéculative sur la planète cet été… Après les économies fragiles des pays en délicatesse avec les critères de la monnaie unique européenne, les rapaces de la finances ont jeté, une fois de plus, leur dévolu sur les céréales en général et le blé en particulier.
Aucune menace réelle ne pesait sur le marché ni sur les stocks présents et à venir, mais on a pu jouer sur la peur “grâce” aux grands incendies russes. Le troisième exportateur mondial de blé a, en effet, perdu environ un quart de ses récoltes après la canicule et les gigantesques incendies. Une situation qui l’a conduit à décréter un embargo sur les exportations de blé qui doit durer au moins jusqu’au 31 décembre.
Des ennuis qui s’ajoutent aux problèmes des fortes pluies et inondations qui, au printemps, ont empêché les cultivateurs de l’ouest du Canada d’ensemencer… Sans parler des récoltes très moyennes en Europe, en Ukraine et au Kazakhstan, autres grands exportateurs traditionnels de blé, qui ont dû, eux aussi, affronter une terrible sécheresse.
Bref, la situation était idéale pour la spéculation sur cette denrée tellement symbolique qu’est le blé… On ne peut guère s’empêcher, d’ailleurs, de soupçonner les spéculateurs d’espérer secrètement d’autres incidents climatiques capables de compromettre les récoltes des grands pays producteurs de l’hémisphère sud comme l’Australie et l’Argentine (qui récoltent, eux, en décembre). Leur situation serait alors idéale et l’on pourrait assister à une vraie bonne grosse flambée des prix, bien apte à augmenter considérablement quelques fortunes.

Peu d’incidences sur les stocks
Le blé, cependant, ne manque pas. Tous les experts sont d’accord là-dessus… Les stocks annoncés ne sont d’ailleurs que de peu inférieurs aux prévisions de la FAO, l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture.
Marc Tarabella, député européen qui a dit que «les spéculateurs ont trouvé leur nouvelle Grèce», tranche carrément les choses dans un communiqué publié en août: «Les matières premières réagissent comme tous les autres marchés. Les vautours de la finance créent un climat de doute dont ils se nourrissent. La peur de manquer de blé l’emporte sur une réelle pénurie».
On comprend dès lors que le marché des céréales soit aujourd’hui tout aussi irrationnel que les autres marchés. Une situation qui serait certainement améliorée si l’on tendait à assurer l’indépendance alimentaire partout grâce à la production locale. Une option indispensable d’ailleurs si l’on veut préserver la planète. Produire du blé, ou tout autre céréale, industriellement dans quelques contrées au lieu d’en favoriser partout une culture vivrière va donc à l’encontre du bon sens et ne favorise guère que la spéculation.
Il est peut-être bien temps de se souvenir des leçons des vrais capitaines d’industrie d’antan. Henry Ford disait ainsi que «la négation de l’idée industrielle est la spéculation»…

Menace sur les spéculateurs
Et si la solution venait du lieu où est né le problème? Vladimir Poutine, le Premier Ministre russe, déclarait, en tout cas, en plein mois d’août: «Il faut que les négociants malhonnêtes comprennent qu’ils feraient mieux de se conformer à la loi, sous peine d’amendes qui dépasseront de loin les bénéfices qu’ils pourraient tirer de la spéculation».
Mais pendant ce temps-là, le prix de notre pain, de notre poulet mangeur de blé, augmente et augmentera encore…

img15926.jpg

Par Jean-Michel Rochet