Le 15 février 1944, sept jeunes de 20 ans perdaient la vie dans un refuge ""devenu un “piège”. Dimanche 14 février, le monde combattant et la population de Salagnon étaient au rendez-vous pour une cérémonie commémorative des plus poignantes à la Croix Sicard, dans le froid et sous la pluie. Comme à l’accoutumée, l’atmosphère était pesante… Le lieu est chargé d’histoire, de sang et de douleur. C’est toujours avec beaucoup de ferveur que le devoir de mémoire s’accomplit autour des différentes personnalités qui mettent un point d’honneur à se retrouver pour une double cérémonie, tout d’abord à la Croix-Sicard puis au cimetière de Salagnon. 
En cette année 2016, la foule était encore plus nombreuse qu’habituellement, sans oublier la présence de 33 porte-drapeaux. Après “Le Chant des Partisans” des Stentors, le maire, Gilbert Durand, rappelait l’histoire de ce dramatique 15 février 1944 : «Il y a maintenant 72 ans, Henri Denat, Louis Dussort, Georges Guillard, Emile Grandi, Pierre Olivier, Philippe Lyonard et Jean Rongy sont venus se réfugier dans cette clairière, dans une petite maisonnette. Ils avaient 20 ou 21 ans. Ils refusaient le service du travail obligatoire et donc de partir en Allemagne. Ils étaient ici depuis quelques jours, en attendant de trouver une solution pour rejoindre le maquis. Ils étaient ravitaillés par les gens du village, avec tout de même l’inquiétude d’être dénoncés. Au petit matin du 15 février, une colonne allemande s’arrête sur la grande route, aujourd’hui départementale 522. Elle remonte à pied et en silence le chemin de Sicard jusqu’à cette clairière. Ils ont été informés que des francs-tireurs partisans s’y trouvent. L’assaut est donné, la maisonnette incendiée. Six jeunes seront brûlés vifs et hachés par la mitraille. Le septième, qui a réussi à sortir de la maison, est blessé. Il sera achevé vers 11 heures du matin.»
""Le maire poursuivait : «Il ya un an, le 15 février, nous étions rassemblés dans cette clairière comme chaque année. Nous venions de vivre les attentats contre Charlie Hebdo et nous nous interrogions pour savoir si nous avions tiré les leçons de ces événements dramatiques. Depuis, nous avons subi les tueries du 13 novembre à Paris. On a parlé d’état de guerre. Nous ne sommes plus à l’abri de toute ingérence, de tout conflit. Ces événements récents démontrent que le chemin continuera d’être long et difficile. Nous pensions que l’Afrique ou le Moyen-Orient étaient les seuls concernés. Et puis, nous avons constaté que cette guerre était venue frapper au cœur même de notre patrie. Aujourd’hui, dans cette clairière, où règne cette atmosphère particulière des lieux marqués par l’histoire qui appellent au recueillement et au souvenir, l’actualité rejoint le passé…»
Sous la houlette de Jean Fréchet, président du comité FNACA de Salagnon, et de Clément Gulliet, président du comité FNACA de Bourgoin-Jallieu, la cérémonie fut émouvante. On notait la présence des Jeunes Sapeurs-Pompiers de Trept, de membres des familles de ceux qui ont été sacrifiés, d’habitants et de nombreuses personnalités dont Alain Moyne-Bressand, député-maire de Crémieu, Armand Bonnamy, délégué général du Souvenir Français pour l’Isère, et de Charles Thuderoz, président départemental de la FNACA. Après le dépôt des gerbes et l’appel aux morts, retentissait une vibrante “Marseillaise”.
Le cortège se rendait ensuite au cimetière pour se recueillir sur les tombres des martyrs de la Croix-Sicard et du lieutenant Paul Lositsky. Lui est tombé lors de la libération de Bourgoin et de Jallieu le 23 août 1944, à l’âge de 29 ans. Le verre de l’amitié offert par la municipalité suivait cette cérémonie du souvenir.
Carole Muet

2017-02-18