A Hyères, le soleil brille. La Villa Noailles bruisse de créations, d’espoirs, de rêves… des centaines de dossiers ont été examinés, vingt retenus, dix pour la mode, et dix pour la photographie. Jean-Pierre Blanc, directeur de la Villa Noailles depuis 25 ans, et toujours enthousiaste, en vrai maître des lieux, contrôle tout, vérifie tout… jusqu’aux cendriers cendriers sur les tables de fer-blanc, car on peut fumer dans les jardins. « Les expositions sont très belles… Quand on organise un festival de ce type, on est soumis à énormément de contraintes – mais c’est exactement ce qu’il faut oublier – et ce qui nous fait oublier les contraintes c’est le plaisir qui nous procurent les artistes. Quand on voit la qualité des propositions artistiques qui nous sont faites, le plaisir efface tout le reste… »

Kris Van Assche, directeur artistique de Dior Homme et de sa propre marque, artiste aussi, est cette année Président du Jury de ce Festival qui est depuis longtemps le plus prestigieux de France, de Navarre et d’ailleurs, et présente une double exposition dans la Villa Noailles : Picaflor de Kris Van Assche, et Cette pensée m’a traversé l’esprit, de David Casini.

Les vêtements, selon Kris Van Assche, cela se porte, cela ne s’expose pas. Kris Van Assche préfère exposer ses rêves, ses nourritures virtuelles, faites de musique et d’images, d’odeurs et de fleurs, d’Amérique du Sud et de liberté.

Dans la « piscine » de la villa, toute en lumière, les vitres ouvertes sur le jardin, Van Assche a installé douze fleurs, montées sur tige comme des trépieds d’orchestre, des fleurs cubistes, géométriques, faites de miroirs dans lesquels se reflètent la lumière et les arbres du jardin. Au fond de la corolle de ces fleurs mystérieuses, des mini écrans projetant… non, je ne dirai pas tout, il faut aller voir, car Kris Van Assche invente là une nouvelle esthétique, forte et légère, à la fois unifiée et ouverte sur l’avenir, d’une rigueur qui n’ignore ni la violence ni l’angoisse mais lui donne forme.

Une forme que David Casini nous propose de découvrir en parallèle, dans le noir d’un espace mental réminiscent de l’histoire de la Villa Noailles. L’artiste italien a créé à la Villa un espace dans lequel un homme, habillé par Van Assche – l’artiste lui-même – parle. Dans l’obscurité, de l’autre côté d’une armoire à miroir, comme dans un passage secret dans lequel « on perd ses repères ». L’objectif de Casini, entre autres : « Interpréter le travail de Kris, que je sens à certains égards très proche du mien, en le faisant fusionner avec l’architecture de la Villa. »

Ailleurs dans la villa, les photographies, notamment celles du jeune américain Chris Engman, qui installe d’étranges artéfacts, des cadres dans le désert, comme pour tenter de circonscrire ces espaces infinis et sauvages si chers à Kris Van Assche : l’espace de l’homme solitaire au monde.

Destination Sud ? Préparez votre voyage à Hyères, dès demain ! L’exposition est on jusqu’au 10 juin. Et le vent fait chanter les pins, on aperçoit la mer derrière les cyprès…