C’est le sondage (IPSOS) qui a surpris l’Europe en plein été: 49% des Wallons sont favorables à une association avec la France. Un mouvement d’opinion incroyable il y a quelques mois encore. Il fait suite à toute une série de querelles avec les Flamands qui trouve son origine dans les exigences linguistiques, notamment en périphérie de Bruxelles où elles frisent le sectarisme.

Nombre de Wallons tirent ainsi la conséquence du rejet flamand, oubliant la devise belge «l’Union fait la force» où plutôt cherchant à l’appliquer avec qui voudrait bien, alors pourquoi pas avec les frères de langue…

Les Wallons, très attachés à leur «belgitude», cherchent à l’ancrer dans un autre chose encore bien flou, mais que certains n’hésitent guère à préciser.

«La clarté est un impératif pour affirmer notre identité, en utilisant les mots justes. Prénom: Belgique. Nous sommes de Belgique comme d’autres sont de Normandie, d’Avignon, de Picardie, de Provence, de Bretagne ou de Polynésie. Nom: française. Mieux que d’expression francophone, nous sommes de culture française, avec nos valeurs, la primauté du droit des personnes, une certaine idée du rôle et des missions de l’Etat. Nous sommes la Belgique française, que ce soit dans une confédération «à la belge», en entité institutionnelle indépendante ou en association avec la France», a écrit, dans une chronique livrée au Figaro des 2 et 3 août derniers, Daniel Ducarme, ministre d’Etat belge, député de Bruxelles.

L’Union fait la force
Les Flamands, extrémistes parfois, doivent encaisser ce choc en retour. Est-ce le début d’une escalade qui doit conduire inéluctablement à l’implosion de la Belgique telle qu’on la connaît, multilingue et fédérale, ou telle qu’on la croyait, calme et plate?

«Horum omnium fortissimi sunt Belgea» (de tous les peuples – de la Gaule –, les Belges sont les plus braves), écrivait César dans ses commentaires sur la guerre des Gaules. Et cette phrase est devenue un des mythes fondateurs du Royaume de Belgique en 1830. Nombre de Belges se souviennent encore l’avoir apprise à l’école… Mais, on le sait, César cherchait surtout à rendre hommage à lui-même en mettant en valeur sa victoire. «Braves» s’entendait aussi comme «barbares» car très éloignés de la civilisation romaine. Wallons et francophones de Belgique devraient donc, peut-être, comprendre qu’aujourd’hui la nouvelle Rome pourrait bien être Bruxelles, capitale européenne. Wallons et Flamands devraient, sans doute, comprendre qu’à l’heure de la construction de ce nouvel empire, le Sénat de Rome est chez eux et que pour faire face aux autres empires, l’union, plus que jamais, fait la force. La force et la santé des affaires… Si les Flamands sont aujourd’hui plus prospères, en serait-il toujours ainsi s’ils étaient séparés d’avec les Wallons et irrémédiablement brouillés?

Pour mieux comprendre, faudra-t-il remplacer la devise nationale et claironner désormais «l’union fait la prospérité»? En français et en néerlandais… Parce qu’en affaires, s’il faut bien prendre langue, pas question de se disputer pour une question d’idiome. Par Jean-Michel Rochet

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49% des Wallons sont favorables à une association avec la France