Les images de chars déferlant sur les routes d’Ossétie et de Géorgie terrifient l’Europe et le monde. La montée de la tension entre l’Est et l’Ouest a, en effet, de quoi faire froid dans le dos. La guerre semble à nos portes. On nous le dit d’ailleurs… Le grand affrontement entre l’Est et l’Ouest reprend, pratiquement là où on l’avait laissé, avant Gorbatchev, la «glasnost» et la «perestroïka»… Avant la chute du mur et la disparition de l’URSS…

Les spécialistes et les experts le clament donc: la guerre froide est à nouveau une réalité. Et de nous annoncer que la crise géorgienne n’était qu’un début, que l’impérialisme russe guette maintenant l’Ukraine et sa Crimée si utile, menace la Tchéquie et la Pologne…

Si tu veux la paix, prépare la guerre
Les partisans de la «ligne dure» nous rappellent la maxime des anciens Latins. On se conforte ainsi dans l’idée qu’il faut résister, être fermes. Reportages après reportages, émissions spéciales après émissions spéciales, lettres ouvertes sur lettres ouvertes, on sort de la naphtaline tous les poncifs éculés qui ne voient la lumière, comme les costumes noirs pour les enterrements, qu’à l’occasion des crises majeures. Et l’on oublie l’essentiel: la guerre, c’est l’horreur. La guerre froide, c’est la menace de l’horreur.

Heureusement, quelques sages rappellent qu’il ne peut y avoir de guerre froide sans affrontement idéologique et que les protagonistes d’aujourd’hui seraient bien incapables de faire état de vraies divergences sur ce plan. A Moscou, comme à Washington ou New York, à Varsovie comme à Tbilissi, à Kiev comme à Grozny, ce qu’on recherche avant tout, en vérité, c’est la prospérité, de bonnes affaires pour vivre mieux ou moins mal… Alors, pas de guerre froide? Non, mais un risque de vraie guerre si l’on n’y prend garde.

Le nerf de la guerre
Tentons de comprendre en profitant d’expériences plus anciennes que l’affrontement entre l’Union soviétique et les Etats-Unis… «Ce n’est pas tant l’argent que les bons soldats qui sont le nerf de la guerre; l’or ne suffit pas pour trouver de bonnes troupes tandis que de bonnes troupes ont bientôt trouvé l’or», disait Nicolas Machiavel. C’est vrai, l’or, noir ou gazeux, ne manque pas dans la région. On aurait donc trouvé le nerf de cette guerre.

En écoutant le grand Swift, on a le sentiment qu’il pensait déjà à cette crise quand il écrivait: «On déclare la guerre à son voisin, tantôt parce qu’il est trop fort, tantôt parce qu’il est trop faible. Souvent ce voisin a des choses qui nous manquent, et nous avons aussi des choses qu’il n’a pas; alors on se bat pour tout avoir ou rien.»

A la guerre, on peut donc gagner ou tout perdre, mais, parce qu’on n’est pas au casino, la paix, l’entente et la coopération seraient sûrement préférables! Ne pourrait-on pas réfléchir, de chaque côté, et comprendre que les torts sont certainement partagés? «Depuis le début des années 90, nous aurions voulu être considérés comme un membre à part entière de la communauté mondiale, mais zéro!» a dit le président russe, Dmitri Medvedev, le 12 septembre dernier, avant de préciser que «pour les Russes, le 8 août, date de l’attaque géorgienne contre l’Ossétie du Sud, sonne comme le 11 septembre pour les Américains».

Appel à l’empathie… Si quelqu’un, en face, lui disait: «Chiche! On oublie tout. C’est vrai, on n’a pas toujours été corrects. On recommence tout, en coopérant pour rendre le monde meilleur, plus propre, plus sûr!» On arriverait probablement à un émouvant résultat et à une prospérité partagée!

Quant aux va-t-en-guerre des divers petits états, il suffirait de leur rappeler la fable de La Fontaine «le Jardinier et son seigneur» et surtout sa morale: «Petits princes, videz vos débats entre vous: de recourir aux rois vous seriez de grands fous; il ne les faut jamais engager dans vos guerres, ni les faire entrer sur vos terres». Par Jean-Michel Rochet

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Des tanks ont franchi la frontière…