Pendant longtemps les Occidentaux ont été irrésistiblement attirés par la Chine qu’ils découvraient au travers de récits de voyage, d’illustrations gravées ou peintes, de produits et d’objets divers qui leur parvenaient. C’est ainsi que s’est progressivement dessiné à leurs yeux un empire lointain qui créait les plus pures merveilles: soieries, laques, émaux, jades, céramiques… Une folle saveur exotique se dégageait des décors qui demeuraient impénétrables.

S
ans dissiper le rêve, cette exposition propose une approche nouvelle du répertoire décoratif chinois par l’apport d’outils culturels et linguistiques indispensables. Basées sur un mécanisme de pensée ancestral, les compositions regorgent de jeux de mots subtils qui s’offrent à l’amateur éclairé.
On y découvre que cette iconographie exprime surtout des voeux pour la réalisation de cinq désirs: longévité, harmonie conjugale, ascension sociale, richesse et bonheur.

Les clefs de lecture ainsi proposées permettent la compréhension des décors traditionnels, mais également des images contemporaines abondamment relayées par les logos et la publicité.

Le chinois se prête particulièrement aux jeux de mots puisque cette langue offre de très nombreux homophones. Par exemple la «chauve-souris» se prononce fu, tout comme le mot pour «bonheur» fu. On peut alors écrire le mot «bonheur» dans les décors, soit par le biais de son caractère, soit par la présence d’une chauve-souris. «Cinq chauves-souris» qui volètent sur un bol figurent les fameux «Cinq bonheurs» auxquels aspirent tous les Chinois.

Des images pertinentes accompagnent ces derniers tout au long des étapes qui jalonnent leur existence: de la naissance à la mort en passant par le mariage, l’enfantement, les études et les diverses festivités du calendrier. Ce n’est pas le moindre des plaisirs que d’apprendre à déchiffrer ces rébus dissimulés dans des compositions aux apparences anodines. Avec un peu d’entraînement on peut véritablement «lire» les décors – il n’y a d’ailleurs pas de différence entre les verbes «lire» et «regarder» en chinois kan.

à voir
CINQ BONHEURS
Messages cachés des décors chinois
Fondation Baur, Musée des Arts
d’Extrême-Orient

Du 8 avril au 31 juillet 2011
Ouvert tous les jours de 14h à 18h,
lundi fermé

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ASCENSION SOCIALE
Bol
Décor de jeune homme transportant une pivoine dans un vase.
Porcelaine peinte en bleu de cobalt et rouge de cuivre
Dynastie Qing, marque et règne
de Daoguang (1821-1850)