Choisir un orateur, auquel on demande de traiter le thème du développement durable pour une allocution du 1er août révèle l’intérêt que la commune genevoise de Bellevue et ses Autorités portent à ce sujet majeur.

L’initiative n’est pas courante, mais pas incongrue, dans la mesure où nous pouvons ainsi évoquer des valeurs fondamentales de notre société et esquisser pour elle un projet exaltant.

Les trois composantes du Développement durable, l’Environnement, l’Economie et le Social, forment un concept global dans lequel on trouve la nature, la vie, la personne, la formation, le travail, le confort matériel, les appuis sociaux nécessaires, la solidarité.

Si l’économie suisse se porte particulièrement bien et que nos structures sociales répondent aux principales attentes, disons-le clairement, l’environnement, c’est-à-dire l’état de notre patrimoine naturel est préoccupant. Et ce n’est pas être alarmiste que d’ajouter, celui de la planète aussi. Le réchauffement du climat est une réalité. Les activités humaines n’en sont pas la seule raison, mais la principale et expliquent la rapidité jamais vue de cette élévation.

Il est choquant et troublant que certains milieux et surtout des personnalités scientifiques s’emploient, en abusant de références à des titres académiques, de contester les rapports des plus hautes instances internationales légitimement spécialisées dans ce domaine.

Quant on sait ce que peuvent générer des catastrophes naturelles en dégâts humains et matériels, il ne s’agit plus de non assistance, mais de mise en danger de vastes populations, les plus faibles d’abord, puis aussi les autres. Si les catastrophes ne sont pas certaines, les risques sont là.

Un pan de l’Eiger s’est effondré à mi-juillet, 500 à 700.000 m3 sont tombés sur le bas du glacier, et le double pourrait se détacher prochainement. Nos géologues et climatologues l’observent, nos glaciers fondent, les sols se fragilisent, modifiant ainsi l’hydrographie et la flore. Les tempêtes et inondations sont plus fréquentes, leurs conséquences plus graves.

Tout cela c’est en Suisse et vous savez que ce fut tellement pire ailleurs. Ajoutons, car on en parle assez rarement, que l’impact sanitaire peut devenir lourd sur l’ensemble du globe. Le directeur d’un centre médical américain reconnu relevait que les changements climatiques posaient, de par leur complexité, une des plus grandes menaces sur la santé publique.

L’expert économique du gouvernement anglais, Nicolas Stern, déclarait récemment qu’une catastrophe écologique mondiale serait accompagnée d’une catastrophe économique dépassant le total de toutes celles qui ont été vécues jusqu’à présent. Les marchés financiers y sont de plus en plus attentifs.

Tout cela, le film d’Al Gore « une vérité qui dérange », que la fondation européenne FEDRE diffuse dans les communes, le dit sans dramatisation, exagération ou panique. Al Gore est même confiant, nous pouvons encore renverser la tendance malgré les dégâts commis et nos irresponsabilités collectives et individuelles.

Le patrimoine naturel de la Suisse est sa richesse identitaire, mais aussi économique. Contre l’avis de la majorité des formations politiques et de milieux économiques peu éclairés, le peuple n’a-t-il pas voté, il y a quelques années, l’initiative des Alpes pour les protéger notamment des pressions routières excessives et soutenu le ferroutage qui a aujourd’hui valeur d’exemple dans l’ensemble de l’Europe ?

Durant les années 90, la Suisse était jugée exemplaire dans ses engagements touchant l’énergie et le transport, les deux principaux facteurs de pollution. Aujourd’hui, elle est dépassée par l’Union Européenne dont les objectifs en matière d’énergies renouvelables sont bien supérieurs aux nôtres, même si plusieurs de ses membres sont derrière nous.

Plusieurs pays nordiques, l’Allemagne, l’Angleterre et de plus en plus d’Etats et de villes américaines mettent à leur actif des réalisations originales limitant les charges de CO2.

Souvent les acteurs politiques voudraient se donner le temps de convaincre pour éviter de légiférer. Avec conviction, je me range du côté des Al Gore ou du gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, qui n’est pas un révolutionnaire marxiste, mais qui multiplie les lois et engage même des procédures judiciaires contre des constructeurs automobiles. De son côté, Nicolas Hulot a indiscutablement influencé l’orientation politique française en matière d’environnement. Convaincre c’est bien, mais il se trouve que la situation nous impose des mesures immédiates.

Oui, le commissaire européen à l’énergie a raison, la Suisse a pris du retard. Elle s’est enfermée dans une confrontation stérile pour ou contre le nucléaire. Pendant ce temps, les chambres fédérales n’ont eu, ces dernières années, aucune audace pour soutenir très fortement la recherche et le développement des énergies renouvelables. C’est ainsi que la Suisse qui avait vocation d’être exemplaire n’est plus en tête.

En Suisse, mais aussi dans d’autres pays, les meilleures actions concrètes sont venues des communes et cantons, voire de Services Industriels comme à Genève.

Nous avons le privilège de disposer en Suisse d’environ 55 % d’énergie hydro-électriques renouvelables. Les sociétés productrices tirent de nos grands barrages les meilleurs rendements. Par des équipements plus petits, nous pourrions compléter cette filière.

Encourageons les producteurs suisses d’énergies nucléaires, à diversifier leurs productions en proposant un véritable bouquet énergétique, et à soutenir massivement et loyalement les énergies renouvelables. Ils contribueront ainsi à mieux assurer un approvisionnement durable et plus indépendant du pays et à replacer la Suisse dans le peloton de tête des acteurs du développement durable.

Le gaz, énergie indispensable de transition ne peut pas être écartée, tout comme le charbon sur le plan mondial, mais de nouvelles technologies de séparation et de stockage du CO2 permettront de disposer de centrales thermiques gaz ou charbon, bien moins polluantes. Ceci étant les espoirs les plus grands et rapides viennent indiscutablement des économies d’énergies, d’où l’importance des programmes soutenus par l’office fédéral de l’énergie et, de plus en plus, par des cantons et communes, comme c’est le cas à Genève. En recevant, en 2006, le label « cité de l’énergie », Bellevue s’est inscrite concrètement dans cette démarche et peut être félicitée.

Nous évoquons là, Mesdames et Messieurs, un véritable projet de société dépassant les approches réductrices et souvent trop partisanes des familles politiques. Puissions-nous disposer d’une nouvelle Assemblée fédérale qui, toute tendance politique confondue, soit plus sensible au développement durable. Elle créera ainsi un vrai pacte national conçu sur le plan économique avec les entrepreneurs et industriels ne craignant pas les changements, voire des contraintes finalement stimulantes et auxquelles les meilleurs se sont déjà préparés. Un pacte conçu aussi avec la société civile mobilisée pour protéger dynamiquement notre environnement.

Oui réfléchir à un tel projet porteur d’un développement qualitatif, ne diminuant pas notre confort, mais réformant comportements et technologies est exaltant pour les habitants de notre pays, et en particulier pour sa jeunesse.
Oui Monsieur le Maire, vous avez raison, ce thème a sa place un soir de fête nationale. « L’avenir est notre affaire » disait notre compatriote philosophe et écrivain Denis de Rougemont.

Soyons donc des bâtisseurs. Sans préjugés, activons la recherche, développons la formation à tous les niveaux. Créons cette société à 2000 watts, soutenue par le Conseil d’Etat genevois, et dans laquelle SIG est totalement engagée, consommant bien moins d’énergies et recourant plus largement au renouvelable et à des solutions de transition porteuses d’améliorations rapides en faveur du climat. L’enjeu est de taille, il s’agit de l’avenir de notre planète sur laquelle la Suisse se trouve.

Que vive donc cette Suisse responsable, solidaire, inventive et confiante.