Colonel Ivan Morel : « Militaire est un métier trop difficile pour être exercé par obligation familiale ! »

Colonel Ivan Morel : « Militaire est un métier trop difficile pour être exercé par obligation familiale ! »

Petit-fils de Tom Morel, héros des Glières, le colonel Ivan Morel vient de prendre le commandement du 27e Bataillon de chasseurs alpins à Annecy. Pour Eco Savoie Mont Blanc, il revient cette semaine sur son parcours – marqué notamment par un MBA à HEC – et sur la dimension “chef d’entreprise” de ses nouvelles fonctions. En complément, il répond pour notre site web à des questions davantage centrées sur son parcours personnel et sa vision de l’armée.

Petit fils d’un héros de guerre, fils d’amiral : être militaire, c’est un héritage obligatoire dans la famille Morel ?

Ah non ! D’ailleurs, ce n’est pas la carrière que je pensais embrasser : j’avais d’abord envisagé de faire Sciences Po et de me diriger vers les Affaires étrangères. Ce n’est qu’en terminale que j’ai décidé de m’orienter vers Saint-Cyr (NDLR : école spéciale militaire, principal canal de formation des officiers de l’armée de terre), que j’ai intégré après les classes préparatoires littéraires (Hypokhâgne, Khâgne). Militaire est un métier trop difficile et trop engagé pour être exercé par obligation. Si on ne le fait pas par vocation, on le fait mal et on se fait mal.

Le Colonel Ivan Morel a pris le commandement du 27e BCA fin août.

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’orientation ?

Grandir dans une famille qui a le sens du service du pays a évidemment une influence. Mais je me suis décidé après m’être bien interrogé sur ce qui me correspondait le mieux, sur ce qui était le plus en adéquation avec mes envies et mes qualités.

Et pourquoi les chasseurs alpins ?

J’ai hésité jusqu’au dernier moment avec le deuxième REP (NDLR : régiment étranger de parachutiste, unité de parachutiste rattachée à la Légion étrangère). Dans les deux cas ce sont des unités à forte identité. Finalement, j’ai choisi la montagne, que je connaissais depuis l’enfance parce que nous venions souvent à Annecy, où ma grand-mère a toujours habité. C’était donc bien un choix par goût et non par “piété” familiale. Là encore, la montagne est un milieu si exigeant qu’il serait dangereux de le choisir “pour faire comme…”

N’empêche, cela a forcément une résonnance particulière : votre grand-père mais aussi votre oncle sont morts en portant l’uniforme du 27e BCA…

C’est vrai. Je vais vous raconter une anecdote à ce sujet. Quand je suis devenu capitaine, un sergent a eu l’air tout étonné. Pourtant c’était un changement de grade attendu, cela faisait trois ans que j’étais lieutenant. Il m’a dit « vous comprenez, votre grand-père et votre oncle étaient lieutenants [au moment de leur décès]… ». Je lui ai répondu « Et bien oui, désolé de ne pas être déjà mort ! »

Photo : 27e BCA

Quel a été votre parcours avant de prendre le commandement du 27e BCA ?

Après Saint-Cyr et une année de spécialisation dans l’infanterie, j’ai déjà été affecté au 27e BCA, comme lieutenant. J’ai été chef de section (30 hommes), puis commandant de compagnie (150 hommes). J’ai ensuite été aide de camp du ministre de la Défense, entre 2009 et 2011. En deux ans, j’ai servi trois ministres : Hervé Morin, Alain Juppé et Gérard Longuet. Une expérience passionnante et très enrichissante.

Vous avez aussi fait l’Ecole de guerre…

Oui… en Angleterre ! Après 6 mois à Paris et 6 mois à Bruxelles, à l’Etat-Major de l’Union européenne. J’ai ensuite poursuivi ma formation par un MBA à HEC Paris. Là encore une expérience passionnante : je ne connaissais pas le monde de l’entreprise à l’international et il y avait une dizaine de francophones seulement sur 115 stagiaires.

Vous êtes plutôt communiquant : c’est fini l’époque de la Grande Muette ?

L’expression a été beaucoup galvaudée ! Elle date du XIXe siècle, a un moment où le droit de vote a été refusé aux militaires (NDLR : qui ne l’obtiendront qu’en 1945). Mais dès 1891, le futur Maréchal Lyautey a écrit Le rôle social de l’officier, qui évoquait notamment le rôle de l’armée dans l’éducation de la société dans son ensemble.

La confusion sur la Grande Muette vient aussi de l’époque plus récente et notamment des conflits liés à la décolonisation : comme il s’agit de souvenir douloureux il était difficile d’en parler, tant pour ceux qui y avait participé que pour les politiques. Mais il est temps de dépasser tout cela.

Le Colonel Ivan Morel, avec derrière lui le drapeau du 27e BCA (en haut) et celui commun à toutes les unités de chasseurs.

Vous avez fait à la fois l’Ecole de Guerre et HEC : entreprise / armée, il y a des similitudes ?

Certaines choses sont applicables dans les deux mondes, mais d’autres non ! J’ai en tous cas beaucoup apprécié le fait de pouvoir “croiser les regards” avec des gens très différents. Avoir une connaissance mutuelle de nos écosystèmes est favorable à tous : il est bon que l’armée connaisse les citoyens et à l’inverse, il est bien que les citoyens connaissent ce qui est fait pour assurer la défense de notre pays. Nous sommes tous garants de la société dans laquelle nous vivons.

CITATION EN EXERGUE

« L’ensemble du bataillon a beaucoup apprécié le soutien manifesté par la population lors de la passation officielle de commandement, le 30 août sur le Pâquier. »




A lire aussi, dans Eco du 20 septembre, l’interview du Colonel Ivan Morel sur son parcours professionnel, sur la dimension socio-économique du 27e BCA et sur les relations du bataillon avec son environnement :

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