Comment le Petit Pays veut continuer à grandir

Comment le Petit Pays veut continuer à grandir
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Arrivant à une période charnière de son développement, l’association veut se structurer pour se donner les moyens de doubler sa fréquentation d’ici 5 ans.

«Il faut que vous veniez visiter le Parc aux épouvantails, mais je vous donne rendez-vous au Hameau du Père Noël et on en profitera pour voir la grange aux totottes. » Son téléphone en main, Régis Bouchacourt ne peut s’empêcher de se demander dans quoi il s’est embarqué. Le responsable du cabinet Mit Conseil, basé à Gap, a été missionné par l’association Le Petit Pays, avec le soutien de la Région, pour mener une étude sur le modèle économique du Grand parc d’Andilly. À son arrivée, il n’était pas au bout de ses surprises. « Il faut le voir pour le croire : une sorte de village gaulois au milieu de nulle part qui doit son improbable mais très réel succès à l’incroyable créativité de ses créateurs. »

Tout a commencé le 12 mai 1996, avec l’organisation des premières Grandes médiévales d’Andilly par ce qui n’est alors qu’un comité des fêtes. « En observant l’engouement populaire, j’ai tout de suite compris qu’il y avait un coup économique et sociétal à faire », relate Vincent Humbert, président bénévole de l’association depuis 25 ans. De fil en aiguille, de boule de neige en Père Noël, de brin de paille en épouvantail, la structure s’étoffe jusqu’à devenir ce parc de loisirs qui s’articule autour de quatre activités : les Grandes médiévales, le Hameau du Père Noël, le Parc des épouvantails et le Tout petit pays.

“NOUS FAISONS PARTIE DES 6 % DES PLUS GROS EMPLOYEURS DE HAUTE-SAVOIE.”

Un acteur économique majeur

L’ensemble emploie au moins 30 salariés par mois (à l’exception du mois de mars), dont 19 en CDI, et jusqu’à 66 saisonniers en juillet. La structure devrait dégager un chiffre d’affaires de 3,7 millions d’euros en 2018 (3,2 millions en 2017, avec un résultat net de 7 % du CA),grâce aux près de 215 000 visiteurs accueillis chaque année. Présentée la semaine dernière, l’étude donne à voir la bonne santé d’un parc qui apparaît comme un acteur économique majeur du territoire. « Apprendre que nous faisons partie des 6 % des plus gros employeurs de Haute-Savoie a été une surprise », s’amuse Vincent Humbert avant d’ajouter : « Au ministère, ils ont l’habitude de multiplier le chiffre d’affaires d’une structure touristique par trois pour estimer son rayonnement économique. Le Grand parc générerait donc plus de 10 millions d’euros de retombéess. »

A fortiori quand tout est fait pour favoriser les circuits courts et les approvisionnements locaux. « 53 % des charges de fonctionnement globales sont en circuit court. 92 % des matières premières sont achetées dans le département, ce qui représente 1,4 million d’euros, souligne Régis Bouchacourt. Ces pourcentages inhabituels pour des charges de fonctionnement globales témoignent d’une véritable politique volontariste. » Ce rôle de poumon économique, le Grand parc le joue aussi à l’égard du tissu associatif local, en cultivant jalousement la relation d’interdépendance volontaire sur laquelle repose l’écosystème des Grandes médiévales.

Lors de l’édition 2018, les associations locales participantes se sont ainsi partagé 283 576 euros, dont 77,10 % pour des associations de la communauté de communes du Pays de Cruseilles. Si les retombées économiques du Grand parc sur le territoire sont tangibles, certains semblent avoir encore du mal à en prendre conscience. « Alors que nous bénéficions d’une véritable reconnaissance au niveau régional, comme en témoigne l’obtention du label “Sites touristiques emblématiques Auvergne- Rhône-Alpes”, c’est paradoxalement plus difficile au niveau local où les communes ont davantage les yeux tournés vers la Suisse ou vers les grands industriels, constate celui qui est aussi maire d’Andilly depuis 2008.

Avoir l’usine Pilot, c’est un atout formidable pour la communauté de communes, mais le Grand parc en est un autre. Le week-end dernier, nous avons accueilli plus de 5 200 visiteurs au Hameau du Père Noël. Les deux prochains week-ends, ce sera plus de 6 000 par jour. Ce sont autant de personnes qui mangent dans les restaurants, achètent des produits locaux et, pour certains, ont besoin d’un hébergement. De la même manière, les saisonniers vivent et consomment sur place. »

La nécessité d’evoluer

Pourtant, après 25 années d’un développement continu, le Grand parc arrive à une période charnière, parvenant à une taille critique qui ne lui permet plus d’envisager de continuer à croître sans étayer davantage sa structure restée jusque-là très artisanale. « En être arrivée là de cette manière est extraordinaire, mais l’association doit mieux se structurer si elle veut aller plus loin, estime Régis Bouchacourt. L’artisan qui fabrique un Stradivarius ne sait pas forcément le vendre. L’enjeu est d’arriver à se “professionnaliser” tout en conservant son ADN. »

Vincent Humbert partage ce constat, même s’il revendique la dimension « amateur ». « Au sens étymologique, l’amateur, c’est celui qui aime. Nous sommes une association loi 1901. Il n’est pas question de faire du Disney. L’esprit familial et le rôle social sont au coeur de notre démarche. » Si la direction du parc a « un savoir-faire éprouvé en termes d’innovation et de gestion », dixit l’expert, la structure n’en a pas moins besoin de monter en expertise dans un certain nombre de domaines, à commencer la communication et le marketing. L’association a d’ailleurs décidé de communiquer à l’avenir sous la seule marque “Grand parc d’Andilly”, afin de gagner en visibilité. Pour devenir une locomotive touristique du territoire, la structure doit aussi muscler son jeu en matière d’hébergement et de “convenience”, par exemple en nouant une relation très forte avec les hébergeurs.

« Il faut également proposer une solution qui permet à un visiteur de réserver son séjour en trois clics, détaille Régis Bouchacourt. L’ambition partagée est de passer de 220 000 à 400 000 visiteurs d’ici à cinq ans. Cette hypothèse est tout à fait envisageable si toutes les parties prenantes fédèrent leurs énergies. » Un autre axe structurant, c’est à moyen terme – « j’espère d’ici deux ou trois ans » – de faire migrer le Hameau du Père Noël du Mont Sion vers le parc, afin de rassembler toute l’offre au même endroit pour améliorer l’expérience visiteur. Un projet d’ampleur qui s’accompagnerait de travaux d’agrandissement du parc et d’amélioration des accès et des espaces de stationnement.

Vincent Humbert se montre confiant : « Tout le monde doit prendre conscience que le Grand parc est un atout pour le territoire et qu’il convient de réfléchir collectivement pour déterminer quels sont les meilleurs axes de développement pour en profiter intelligemment. » Pour mener à bien tous ces projets, le Grand parc d’Andilly a besoin d’une enveloppe d’investissement globale de 5 millions d’euros qu’il entend financer via ses fonds propres et le recours à l’emprunt. Et une participation des collectivités territoriales ? « Nous avons pris l’habitude de ne compter que sur nous-mêmes. Nous nous mettons donc en situation d’avancer seuls, même si toutes les aides seront évidemment les bienvenues. »


Par Matthieu Challier


Cet article est paru dans votre magazine ECO Savoie Mont Blanc du 16 novembre 2018. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, et pour soutenir la presse, vous pouvez vous abonner ici.

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