Yannick Roudaut : Face aux ressources limitées, quelle attitude adopter ?

par | 19 Oct 2018

Yannick Roudaut était l’invité d’Alec 01, le 10 octobre, à Alimentec. Le conférencier et spécialiste des questions environnementales a partagé ses constats et distillé quelques conseils.

Yannick Roudaut

Yannick Roudaut parcourt la France et les continents pour sensibiliser aux enjeux environnementaux.

Explosion démographique, pénurie annoncée de matières premières, pollutions en tous genres, dérèglement climatique, doit-on interpréter ces phénomènes comme des éléments avant-coureurs d’apocalypse ? Rien d’aussi alarmant d’après Yannick Roudaut, 48 ans, passionné des questions d’environnement depuis 2004. Le specialiste animait une conférence organisée par Alec 01 et le Rotary Club Bourg-Revermont, à Alimentec le 10 octobre, sobrement intitulée «Le monde change, quelles conséquences pour les entreprises » ? « Ce n’est pas du pessimisme mais de la lucidité, a introduit Yannick Roudaut. On vit un dérèglement climatique inédit dans l’histoire de l’Humanité, qui met en péril notre espèce humaine et notre écosystème. » Libre de tout mouvement politique, Yannick Roudaut s’attache aux faits, nombreux, pour appuyer son propos. « Je suis écologiste par bon sens car, si l’on tue la nature, on tue l’être humain », lâche-t-il avec évidence. D’après l’expert, chacun entend parler du réchauffement climatique, mais personne ne semble réaliser ce que cela représente réellement. « Nous sommes au début d’un processus qui déstabilisera toute la société humaine telle qu’on la connaît », prédit-il. Concrètement, Yannick Roudaut remet en cause les équilibres agricoles, militaires et politiques de notre planète. Et les conséquences se traduisent d’ores et déjà par des mouvements migratoires, un climat perturbé et des tensions politiques. Le fruit du hasard ? « Tout est lié et tout le monde est concerné, insiste Yannick Roudaut. Sauf que ce n’est jamais réjouissant de faire preuve de lucidité. » En observateur d’un monde en pleine mutation, le conférencier, journaliste économique dans une vie antérieure, expose ses constats mais également ses voies de résilience. « Nous ne pouvons plus arrêter le dérèglement climatique. Comment s’adapter et se mobiliser face à ces évolutions ? a t-il questionné. Il n’y a pas de fatalité si nous faisons face. » Envisager une autre manière de se chauffer, repenser les méthodes d’agriculture, les solutions existent « si l’être humain prend conscience d’un stress existant ».

Quel impact pour les entreprises ?

Les entreprises seront les premières concernées par la pénurie des ressources. « Les entreprises ne prendront pas le virage à temps, si elles ne réalisent pas que le monde change, poursuit Yannick Roudaut. Mon but est d’encourager les structures à se mettre en mouvement. » Au-delà de l’aspect climatique, Yannick Roudaut trace son argumentation autour de la révolution numérique. « On passe d’un monde d’hyperconsommation, de matérialisme exacerbé, à une économie frugale où l’on fera mieux avec moins de ressources. Les entreprises doivent comprendre que l’abondance touche à sa fin. Il faut se tourner vers un Internet propre, l’économie circulaire, l’usage plus que l’achat. Internet est le catalyseur de la transformation vers une économie plus collaborative où le qualitatif l’emportera sur le quantitatif. » Les entreprises devront-elles changer de modèle économique ? Yannick Roudaut imagine un monde où le jetable ne sera plus autorisé, sachant l’énergie mobilisée en amont, et la misère sociale provoquée en aval. « Nous serons contraints d’abandonner le système de l’obsolescence programmée, et concevoir des produits plus solides, plus durables. Nous assistons à la fin d’un modèle économique, mais il faut attendre une génération pour que l’économie du partage émerge. La jeunesse actuelle née avec Internet, le téléphone portable, l’économie collaborative, le dérèglement climatique a toujours vécu ces bouleversements, et accélèrera la dynamique. » D’ici là, il est encore temps d’agir.


« Si le climat était une banque… »

« Il aurait fallu redistribuer les richesses après la crise de 2008, regrette Yannick Roudaut. 1 600 milliard d’euros ont été injectés dans les banques pour sauver l’Europe, mais on ne trouve pas 200 milliards d’euros pour préserver notre climat mondial. Hugo Chavez disait que si le climat était une banque, cela ferait longtemps qu’il aurait été sauvé ! »


Par Sarah N’tsia

Une Eco de l'AinCet article est paru dans ECO de l’Ain du 18 octobre 2018. Il vous est exceptionnellement proposé à titre GRATUIT. Pour retrouver l’intégralité des articles de notre hebdomadaire mais aussi de nos suppléments et hors-séries, c’est ICI

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