Lundi 3 novembre, Météo France émettait un avis de vigilance orange en raison ""d’une alerte à la tempête sur le département. Mais, en réalité, il concernait le déroulé du conseil municipal de Bourgoin-Jallieu ! Depuis le changement de majorité, on peut remarquer que les séances attirent un nombreux public. Tant et si bien que la salle de l’Orangerie est devenue trop exigue pour contenir la foule. On note un manque de place, mais aussi un manque de chaises. Du coup, le public attend l’ouverture des portes près de 20 minutes avant l’appel des élus ! Il faut dire que les séances sont animées. Rien de surprenant, l’opposition ayant toujours clamé haut et fort qu’elle ne ferait pas de la figuration. C’est ce que l’on a pu remarquer lundi soir. 
Les colistiers d’André Borne étaient décidés à endosser le “premier rôle” en demandant au maire de bouleverser l’ordre du jour des délibérations ! C’était l’occasion d’assister à quelques “pirouettes” de la part du chef de file de la minorité, qui pointait du doigt des décisions soumises au vote du conseil municipal sans avoir été au préalable examinées en commissions. La “panoplie” des remarques et autres commentaires se succédaient comme on déroule un tapis rouge. Loin d’être naïf devant cette “mise en scène”, le maire, Vincent Chriqui, a été bon joueur en répondant aux attentes des élus de gauche (PS, PC et société civile). Au passage, il avisait toutefois André Borne et son équipe qu’il serait malvenu de recommencer un tel “exercice”. Le maire rappelait à ce sujet quelques bonnes règles du code des collectivités locales, ainsi que le règlement intérieur du conseil municipal. Ambiance…

«Ca, on l’a appris dans la presse !»
En attendant, le public s’est délecté des échanges nourris dans l’antre de la salle de l’Orangerie. Le ton était donné d’entrée de jeu avec l’examen du projet de délibération n° 2, qui était simplement une information sur les décisions prises par le maire depuis la dernière réunion. André Borne montait au créneau, s’adressant au maire : «Nous avons cherché vainement dans la délibération n°2 votre décision de ne pas autoriser les Compagnons Bâtisseurs et la société Pluralis à construire un petit immeuble de 10 logements en BBC pour des jeunes de 18 à 30 ans dans la rue de l’Escot. Il a fallu découvrir dans la pres-se quotidienne régionale du 29 octobre votre position qui est de mettre un terme à ce projet. Vous avez adressé un courrier aux promoteurs en invoquant, entre autres, l’hostilité de quelques voisins… Ce projet des Compagnons Bâtisseurs a été lauréat en 2012 d’un appel à projet de la Région Rhône-Alpes au titre d’une innovation facilitant l’accès au logement. Comment, monsieur le maire, pouvez-vous tirer d’un trait, par un simple courrier, sur trois ans de travail d’ingénierie ? Comment, monsieur le maire, pouvez-vous dégoûter par votre décision une douzaine de jeunes et tous les partenaires de cette action ? Notre territoire CAPI n’est pas épargné par la problématique de la pénurie du logements des jeunes. Il manque beaucoup de T1, T1 bis et T2 en matière de logement aidé à Bourgoin-Jallieu. Monsieur le maire, votre position et la façon de faire sont inadmissibles et purement électoralistes. Vous prônez la démocratie participative dans les con-seils de quartier. Mais commencez à le faire dans notre conseil municipal.»
Les “hostilités” ouvertes, la réponse de Vincent Chriqui ne se faisait pas attendre : «Je vais vous répondre sur le fond. Le projet est intéressant, mais il présentait des inconvénients. Nous avons un regard particulier sur ce terrain de plein centre-ville et il n’est pas adapté au projet tel qu’il était. Il y a un problème de stationnements et des voisins n’étaient pas très d’accord. Ce n’était pas la meilleure manière de faire ce projet d’insertion. De plus, il n’y avait plus que quatre jeunes impliqués. Il est intéressant qu’il soit réalisé ailleurs. Les jeunes ont des parcours de vie qui évoluent. Ces quatre jeunes font l’objet d’un accompagnement personnalisé dans la recherche de logement. La ville de Bourgoin-Jallieu n’est pas fermée. Mais en l’état, ce projet, on ne pouvait pas le faire réussir.»

Les rythmes scolaires encore et encore
""Les “je t’aime, moi non plus”, il y en a eu une longue série. Mais après une rentrée plutôt paisible, lundi, nous étions plutôt dans le “désamour”. A son tour, Frédérique Pénavaire, élue de l’opposition, faisait par de son incompréhension à propos des tarifs de la saison culturelle. Pour elle, «les nouveaux dispositifs ne sont pas très clairs.» Les explications apportées par Marie-Laure Desforges, adjointe à la Culture, ne la convainquaient pas. Ça grimaçait dans les rangs de l’opposition. Finalement, c’était une histoire de “copier-coller” qui n’avait pas lieu d’être dans la délibération…
Frédérique Pénavaire en rajoutait une couche sur la décision prise par la majorité de faire payer les nouveaux temps d’activités périscolaires dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires. Là, la coupe était pleine Vincent Chriqui s’exclamait : «Madame Pénavaire, vous n’allez pas nous servir les rythmes scolaires à tous les conseils municipaux ! Arrêtez de me demander des chiffres et des bilans. Il faut être raisonnable, ils sont en place depuis le mois de septembre. Comment voulez-vous que je vous donne un premier bilan financier ?»
Frédérique Pénavaire avait du mal à poursuivre. André Borne rebondissait : «Est-ce que vous envisagez de revoir le tarif à la baisse si vous arrivez à faire des économies ?» Pour Armand Bonnamy (indépendant), c’était clair : «Cette réforme a été mal engagée par l’Etat. On n’a pas à faire payer les parents !» 

Julien Chaboud “assomme” l’opposition
La délibération portant sur la modification du règlement intérieur des accueils périscolaires avait également du mal à passer du côté de l’opposition : «Pourquoi le revoir puisqu’à la sortie, les familles payent ?» Là, c’est Julien Chaboud qui se chargeait de répondre. Un silence religieux régnait et le coup de grâce tombait : «Tout ça, nous vous le devons. J’accuse la gauche de ne pas avoir modernisé les services afin de rendre plus simple et plus efficace le système des inscriptions à la garderie ! A Bourgoin-Jallieu, vous avez toujours travaillé à l’ancienne, comme dans les années 60-70. C’est tellement plus simple à gérer avec un “clic” informatique. Aujourd’hui, le personnel est débordé. Il faut bien soulager les services.» La “tirade” assommait l’opposition. Tant et si bien qu’au moment du vote, cette délibération a failli être votée à l’unanimité. Dans un sursaut, Robert Aubin et Frédérique Pénavaire réagisaient toutefois : «Nous votons contre.» Et Vincent Chriqui de conclure le chapitre : «Il me semblait bien qu’il se passait quelque chose d’anormal…»

La police municipale armée sur fond de hausse de la délinquance
L’autre point qui a fait réagir l’opposition est celui de l’armement de la police municipale. C’est Olivier Dias, adjoint aux Finances, qui l’annonçait en donnant lecture d’une décision modificative du budget prévisionnel. La somme de 13 000 euros était entérinée. La réaction était vive du côté d’André Borne, qui indiquait : «L’armement de la police municipale me reste en travers de la gorge. Les Temps d’Activités Périscolaires, ça ne passe pas non plus. Vous comprendrez que nous ne voterons pas cette délibération.» Jean-Claude Pardal, adjoint à la Voirie et à la sécurité, montait alors au créneau : «Ce matin, nous avons eu une réunion avec le Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance. A Bourgoin-Jallieu, le taux de délinquance a augmenté de 50 %. L’armement, c’est pour la sécurité de notre police municipale. Il sera avant tout dissuasif. Bon nombre de commerces de Bourgoin-Jallieu et de l’ensemble du Nord-Isère subissent actuellement des attaques à main armée. Nous ne sommes pas classés zone de sécurité prioritaire comme L’Isle d’Abeau et Villefontaine. Alors, la délinquance se déplace… C’est un vrai problème. Oui, nous avons fait le choix d’augmenter les moyens de la police municipale. Nous l’assumons.»
Appelés à se prononcer sur cette décision modificative, les élus de l’opposition en profitaient pour aborder tous les sujets, pas forcément à l’ordre du jour. Ce qui n’était pas du goût de la majorité. Mais point de débordement, le “maître à bord”, Vincent Chriqui, remettait de l’ordre jusqu’à la présentation d’une délibération portant sur la santé. Là, fou-rire général ! Enfin, pas dans les rangs de l’opposition, qui se demandait bien ce qu’il y avait de si drôle. Cécile Morgan ne s’est pas privée de dire ce qu’elle avait à dire sur cette “crise de fou-rire” «quelque peu déplacée lorsque l’on aborde un sujet aussi sérieux.»

La moustache pour détendre tout le monde…
En aparté, le public n’a sans doute pas manqué de remarquer que la gente masculine de la majorité municipale s’était laissée pousser la moustache. A cela, une explication simple. C’est Joseph Bénédetto, conseiller municipal délégué à l’embellissement et aux espaces verts, qui la donne : «La moustache, c’est Movember. Les hommes du monde entier sont invités à se laisser pousser la moustache dans le but de sensibiliser l’opinion publique sur les maladies masculines telles que le cancer de la prostate.» Oui, mais encore ? D’après quelques recherches il s’agit d’un événement annuel organisé par la Fondation “Movember Foundation Charity”. Le terme “Movember” vient de la contraction de “Mo”, abréviation de moustache, et de novembre. Depuis 1999, cette fondation australienne relève le pari de “changer le visage de la santé au masculin”. C’est en 2003 que l’idée a fait son chemin jusqu’en France. Et bien, le message est passé dans les rangs de la majorité municipale à Bourgoin-Jallieu. Les participants sont encouragés à récolter des dons par le biais, notamment, des réseaux sociaux. De bon goût, bien que ce conseil municipal n’est pas du tout été “barbant” !
Carole Muet


2015-11-07