Au niveau national, l’année 2005 a vu la poursuite de la croissance des investissements sur le marché de la construction, dans une tendance haussière déjà amorcée depuis 2004. Notre canton s’inscrit avec retard dans cette tendance, 2005 s’inscrivant dans le prolongement de 2004, année qualifiée de contrastée, voire difficile. Ainsi, si les entrées de commandes et les réserves de travail augmentent de façon sensible, par rapport à des niveaux antérieurs très bas, la situation demeure fragile et ne se traduit pas encore (?) par une croissance de l’activité de construction. Le froid qui a sévi durant le premier semestre a également eu un effet négatif. Cela explique pourquoi la marche des affaires demeure insatisfaisante au premier trimestre 2006.

Des marges toujours faibles
L’indice des prix de la construction s’inscrit en hausse en variation annuelle ou semestrielle (après deux baisses consécutives), rejoignant ainsi la tendance nationale, essentiellement à cause des prix des matériaux (métaux, notamment cuivre, produits pétroliers et dérivés, etc.). Les marges des entreprises ne s’améliorent donc pas. Or, la concurrence est de plus en plus acharnée et les entreprises extérieures s’intéressent de plus en plus au marché genevois qu’elles pénètrent souvent à des prix de dumping, encouragées par les maîtres d’ouvrage publics et privés qui choisissent quasiment systématiquement l’offre la moins-disante (la meilleure marché) au détriment de l’offre la mieux-disante (économiquement la plus avantageuse).

Pénurie, mobilité et finances publiques
2005 a révélé une économie genevoise à deux vitesses entre une économie tournée vers l’extérieur florissante et un marché intérieur atone. Parmi les maux qui affectent le marché local, citons la pénurie de logements, les difficultés croissantes de mobilité, des finances publiques catastrophiques, etc. l’industrie de la construction est hélas aux premières loges pour observer les dégâts. Cela étant, les sources d’espoir sont là. En effet, l’attractivité du canton ne se dément pas et la croissance des secteurs de pointe est aussi de nature à influencer à terme l’économie intérieure. Par ailleurs, une légère embellie semble se dessiner sur le terrain du logement et la prise de conscience généralisée à laquelle l’on semble enfin assister pourrait se
révéler salutaire. L’espoir d’arriver à terme à loger les actifs genevois sur le territoire du canton pourrait ainsi devenir une réalité. A ceci s’ajoute les importants efforts prévus en matière de mobilité (CEVA; trams, route des Nations, tranchées couvertes de Meyrin, Vesenaz et – pourquoi pas – Traversée de la Rade. Les entreprises locales jouent contre vents et marées le jeu des solidarités fiscales, sociales et conventionnelles ont pu jusqu’à ce jour préserver l’emploi dans un cadre conventionnel moderne et attrayant tout en poursuivant leur remarquable effort de formation professionnelle. Mais la situation devient chaque jour plus ardue. Ainsi, la politique de soumissions et d’adjudications publiques qui ne tient pas compte de ces efforts
pour se focaliser sur le seul prix n’est plus acceptable.

Distorsions de la concurrence
Par ailleurs, les promesses de la libre circulation se font attendre alors que des distorsions de concurrence sont observées chaque jour. Ainsi, les entreprises étrangères ne subissent dans les faits aucun contrôle rigoureux et effectif du paiement de la TVA par les entreprises étrangères sur les prestations de main-d’oeuvre en Suisse. De surcroît alors que les entreprises helvétiques paient un lourd tribu à l’application de la directive MSST sensée améliorer l’hygiène et la sécurité sur les chantiers, subissant souvent à ce titre les foudres d’une administration tatillonne, leurs concurrents extérieurs semblent bénéficier d’une impunité totale en la matière, se gardant au surplus bien de participer aux solidarités en la matière. Enfin, l’accessibilité aux marchés français demeure excessivement chicanière et le simple passage en douane se transforme le plus souvent en véritable parcours du combattant. Sans parler des exigences obligatoires de la garantie décennale et de la désignation d’un représentant fiscal qui relèvent d’une évidente différence de traitement avec les entreprises française.

Une unification bienvenue
Pour terminer sur une note positive, mentionnons l’entrée en vigueur au début 2006 des conditions générales du contrat d’entreprise 2006 FMB-FAI-DCTI. Ce document, qui marque une consolidation des conditions d’exécution, est le fruit d’une révision en profondeur de l’édition précédente. Il est en outre dorénavant signé non seulement par les associations d’architectes et d’entrepreneurs, mais également par l’Etat de Genève. Cette unification bienvenue est garante de relations contractuelles équilibrées et nous appelons de nos voeux une utilisation – sans dérogation – de ces conditions générales par tous les acteurs à l’acte de construire.

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Luc Perret, président de la Fédération des Métiers du Bâtiment (FMB)