L’aéronautique aborde la rentrée avec un espoir sur les annonces des avionneurs et sur l’évolution de la crise sanitaire liée au Covid-19.

«Il y a un manque de visibilité sur la reprise du trafic aérien : des pays encore confinés, l’absence d’un vaccin… Pas encore de sécurité sanitaire garantie pour avoir une visibilité du marché », analyse Christophe Delqué, directeur général de l’association Space Aero. L’ensemble de la filière est impacté, avec des réductions de cadences annoncées par les avionneurs dès le printemps. La baisse moyenne de l’activité est de 50 % sur l’aéronautique civile avec une estimation à -40 % pour 2021.

« Or, les charges fixes restent identiques, constate Frédéric Antras, délégué de Aerospace cluster Auvergne-Rhône-Alpes. Rapportées à un niveau d’activité inférieur, elles pèsent lourd sur le budget. » Les soustraitants ont beaucoup investi ces dernières années et la filière se retrouve en surcapacité. Pas mal de dispositifs ont aidé à passer cette crise pour arriver jusqu’à septembre sans trop de heurts. Les mesures de l’État ont permis de maintenir les trésoreries et de se préparer au redémarrage de l’activité, tout en poursuivant la transformation digitale entamée avant la crise, dans un paysage qui va forcément changer.

La baisse moyenne de l’activité est de 50 % sur l’aéronautique civile avec une estimation à -40 % pour 2021.

« La mise en place du prêt garanti par l’État [PGE] en Auvergne-Rhône-Alpes a été une performance exceptionnelle qu’il faut saluer », apprécie Bruno de Chaisemartin. La réaction des banques a été d’une efficacité extraordinaire. » Mais ce PGE pèse aussi sur les trésoreries en augmentant la dette, ce qui, à terme, posera des problèmes de solvabilité. Les acteurs de la filière restent mobilisés sur cette question.

Préserver les talents

Il faut, en parallèle, sauvegarder les compétences, dans une filière qui, avant la crise, avait un déficit d’attractivité et des difficultés à recruter dans un contexte de forte croissance. « La hiérarchie des problématiques est momentanément modifiée, mais cette difficulté de recrutement reviendra sur le devant de la scène », poursuit Christophe Delqué. Les entreprises vont devoir, dans les mois à venir, reconsolider leurs bases, voire se restructurer. « C’est une crise profonde et longue qui va nécessiter des adaptations », prévient-il.

« Nous devons nous positionner dans le cadre de programmes collectifs, car nous croyons que c’est le collectif qui peut améliorer la performance. » Le paysage aéronautique va se redessiner : certaines entreprises vont se rapprocher pour atteindre une taille critique capable de générer d’importants volumes de production et ainsi répondre aux demandes du marché. Quant à la question de l’environnement, elle va occuper tous les bureaux d’études dans les années à venir. « Il faut améliorer la performance industrielle et la performance environnementale, en menant les deux de front », estime Christophe Delqué. « Les entreprises qui ont pris ces mesures et ont franchi le pas sont devenues plus compétitives. »

Un impact inégal

Les entreprises sont plus ou moins touchées en fonction des programmes sur lesquels elles travaillent. Les pièces d’avions longcourriers sont davantage concernées par les baisses de volume. Sans compter que le Boeing 737 Max n’a pas été autorisé à reprendre les vols. Les sous-traitants de l’avionneur américain ont abordé la crise sanitaire avec un handicap supplémentaire. Les sociétés aéronautiques de la vallée de l’Arve ont généralement des fonds de commerce répartis sur plusieurs marchés.

C’est le cas de Supermétal, qui totalise 60 % de son chiffre d’affaires dans l’aéronautique et se déploie depuis plusieurs années vers le médical, un secteur qui marche bien. « Nous sommes orientés sur des programmes moins impactés, l’activité devrait repartir plus rapidement », ajoute le président de la société sallancharde, Bruno de Chaisemartin.

Space Aero

Présidée par François Bertrand et dirigée par Christophe Delqué, Space Aero vise à améliorer la performance industrielle des PME/TPE de la filière aéronautique. L’association fait progresser la compétitivité des chaînes d’approvisionnement et favorise les échanges avec les donneurs d’ordres.


Par Sandra Molloy