Les pénuries d’eau, longtemps considérées comme un problème touchant les pays les plus pauvres, affectent de façon croissante certaines des nations les plus prospères, déclare le WWF avant la Semaine mondiale de l’eau à Stockholm (20-26 août). La Suisse pourrait perdre son statut de château d’eau de l’Europe.

Rapport «Rich countries, poor water»
L’Organisation Mondiale de Protection de l’Environnement vient de publier un nouveau rapport «Rich countries, poor water» («Pays riches, pauvres en eau») qui donne une vue d’ensemble des enjeux sur l’eau dans les pays industrialisés. Ce rapport montre que la combinaison des changements climatiques, des épisodes de sécheresse et de la disparition des zones humides qui stockent l’eau engendre une crise mondiale, aggravée par l’inadéquation des aménagements et la mauvaise gestion de cette ressource. Le rapport se base sur des exemples pris en Australie, en Espagne, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et au Japon.

La Suisse, château d’eau de l’Europe pour combien de temps?
En Suisse, mis à part certaines régions du Tessin, du Valais et des Grisons où la sécheresse est persistante, l’eau ne pose pas vraiment de problème. Néanmoins, «la Suisse a longtemps été considérée comme le château d’eau de l’Europe, mais cette situation pourrait changer à cause du réchauffement climatique», indique Walter Vetterli, responsable Alpes du WWF Suisse. Selon lui, aujourd’hui déjà, des conflits apparaissent quant au mode de gestion de l’eau : «Les stations en ont besoin pour leurs canons à neige, les agriculteurs de montagne pour irriguer leurs prés, l’industrie hydroélectrique pour produire du courant et les zones humides pour leur bon fonctionnement. Si l’eau n’était plus aussi disponible dans quelques années, cela pourrait engendrer une vraie compétition», souligne encore Walter Vetterli.

Ceux qui ont en le moins, consomment le plus
Dans les villes les plus assoiffées au monde, comme Houston et Sydney, le rythme de consommation de l’eau est bien plus élevé que celui de la reconstitution des réserves. A Londres, les fuites dues à un réseau de distribution vétuste sont estimées à l’équivalent de 300 piscines olympiques par jour. Dans les pays méditerranéens, la consommation d’eau à grande échelle liée au tourisme de masse et à l’irrigation de certaines cultures gourmandes en eau mettent en danger les ressources disponibles.

Pays émergents
Quant aux pays émergents, «ils ont encore la possibilité de ne pas répéter les erreurs du passé et de s’épargner les coûts élevés qu’entraînent la restauration des écosystèmes d’eau douce détériorés», remarque Jamie Pittock, responsable Eaux Douces du WWF International. «Malheureusement, la majorité de ces pays a déjà été séduite par de grands projets d’infrastructures, sans qu’il n’y ait eu de réelle évaluation des besoins en eau ni de leurs coûts pour les populations et pour la nature». Au Brésil et en Chine, plusieurs projets de barrages suscitent l’inquiétude quant aux conséquences sur l’environnement et les populations. En Inde, l’agriculture est menacée par une surexploitation généralisée des ressources en eau. La volonté de croissance et de développement de ces pays est justifiée et compréhensible, mais à long terme, elle dépend aussi d’un environnement intact.

L’eau, une nécessité pout tout le monde
Les problèmes liés à l’eau, qui touchent aujourd’hui tant les pays riches que les nations pauvres, sont des signaux d’alarme qui doivent nous rappeler notre devoir de protéger la nature, source de toute l’eau dont nous avons besoin. Le bien-être matériel et la multiplication des infrastructures ne mettent pas à l’abri contre les pénuries ou les pollutions, et ne constituent pas des substituts efficaces à la protection des cours d’eau et des zones humides, ni à la restauration des plaines inondables. A la veille de la Semaine mondiale de l’eau, les gouvernements doivent trouver des solutions adaptées, pour les riches comme pour les pauvres, notamment en réparant les infrastructures vétustes, en réduisant la contamination des eaux et en modifiant les pratiques actuelles d’irrigation des cultures.

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L’eau, une ressource naturelle source de toute vie