A Dharamsala, centre de l’exil des Tibétains, en Inde, sa Sainteté nous reçoit: quelques européens, venus suivre dans son centre du Men-Tsee-Khong, des bases de médecine tibétaine. Il arrive, puissant comme l’éclair. Remise des katas (écharpe blanche traditionnelle).

Il s’enquiert du but de notre visite, béni deux ou trois statuettes de bouddhas en bronze dans un plastique en les mettant au-dessus de son crâne. Quelques mots, et il sort déjà à reculons dans cette démarche si caractéristique, le dos voûté, les rides frontales éveillées, une attention hyper vigilante, et ce sourire unique, en même temps intérieur et extérieur. Ce n’est pas le moi des psychologismes psychiatriques qui est touché à ce moment, mais une toute autre dimension, peut-être celle du moine qui sommeille en chacun d’entre nous (sémantiquement: solitaire), pour unir le ciel et la terre, et la vie à la mort.

Les 3 intelligences
En caractérologie, on distingue quatre formes d’intelligence bien hiérarchisées qui permettent d’approcher une telle intelligence si singulière par la force de son esprit. D’abord cette intelligence qu’il partage avec l’animal, intelligence d’instinct, territoriale, de survie, géographique, d’agressivité nécessaire, d’instinct de conservation, et d’instinct d’expansion. Ensuite, l’intelligence d’empathie, d’animation, de socialisation, de communication contenue dans l’intelligence émotionnelle. Enfin l’être humain pense avec cette intellection qui naît de sa mémoire et pense ses propres émotions ou son instinct, prodigue en sensations.

L’intelligence spirituelle
Mais au sommet de la hiérarchie, lorsque toutes ces intelligences sont intégrées, surgit, l’intelligence spirituelle. Rares sont ceux qui la possèdent en totalité, mais certains la possèdent en partie. Comment se définit-elle? On est bien obligé de se tourner vers l’Océan de sagesse, puisque c’est un des noms du Dalaï-Lama, pour en comprendre quelque chose. Cette intelligence spirituelle se définit avant tout par une supra-conscience de vision pénétrante qui voit et agit par la générosité, l’éthique, la compassion, l’effort enthousiaste, la tolérance, la sagesse (six perfections du Bouddhisme) avant tout. L’intellection ne devient alors qu’un instrument utilitaire pour communiquer ces états.

Se voûter par compassion
Le corps du Dalaï-Lama est puissant. Dans son entourage proche, on dit de lui qu’il est aussi un fier gaillard, indépendamment de sa naissance très spéciale. En effet, quand on regarde ses bras, son torse et l’ensemble de son corps, on ne peut que constater une réelle densité déjà physique. Une condition constitutionnelle pour révéler un potentiel d’énergie considérable que d’ailleurs le Dalaï-Lama exploite parfois avec un peu trop de ferveur, allant jusqu’au bout de ses forces, et parfois plus loin que le bout de ses forces. Cette position si particulière de la partie supérieure du corps se voûtant légèrement n’est pas due dans le cas présent à un défaut de verticalité mais plutôt à un trait de caractère très bouddhiste et monastique chez les Tibétains en particuliers.

En effet, la plupart des moines dont le Dalaï-Lama mettent la compassion authentique avant tout. Cela implique l’écoute, le service à l’autre, et une certaine soumission non pas servile, mais bien plus la bienveillance authentique sans complaisante pitié qui se met au niveau de l’autre.

Asie et tempérament Tibétain.
Le Dalaï-Lama est d’une morphologie asiatique d’abord. La structure asiatique comme caractère collectif privilégie l’observation et la concentration réflexive. Le caractère tibétain est né d’une vie dans des lieux inhospitaliers, dits le Toit du monde, près du ciel de l’Himalaya. C’est donc un mélange issu du froid intense, de l’isolement, des montagnes et d’une pureté métaphysique, qui a construit le caractère vertical de ce peuple, ou le spirituel, le politique, l’esthétique, la médecine, et même l’économie sont en union sacrée.

Les pommettes saillantes avec un nez assez fort commun aux Amérindiens structurent l’intelligence de groupe, et l’empathie constitutionnelle qui va avec. Le visage du dalaï-lama nettement plus vertical qu’horizontal, signifie bien que le goût à qualifier est ici supérieur dans l’éveil même de l’Océan de sagesse, que sa faculté à exercer cette intelligence de communication dans de la pure socialisation collégiale. Le front est assez haut, mais pas immense comme d’autres penseurs beaucoup plus larges à ce niveau. Mais, lorsque l’on observe avec intensité la photo de face, on voit bien que l’aspect ogival du crâne révèle, une sorte d’excroissance crânienne bien singulière, rendue plus visible encore par des cheveux de plus en plus rares.

Le crâne des Bouddhas
Bien des étrangers à la vision spirituelle de la vie, se demandent pourquoi tous ces Bouddhas sculptés, peints, ou dessinés, arborent cette sorte de turgescence juste au-dessus de leur crâne. Or, précisément à ce lieu précis de la fontanelle, se trouve un centre énergétique qui correspond au degré le plus élevé de l’intelligence spirituelle, en sanskrit: *sahasrara*, bien connu des médecins ayurvédiques de l’Inde, et du Tibet dont la médecine est entre celle de la Chine et de l’Inde. On admet ainsi que, bien que les scientifiques ne puissent pas le prouver encore, une activité spirituelle constante et profonde issue d’une lignée énergétique plus importante qu’une lignée génétique, peut finalement construire quelques morceaux de matière cérébrale et osseuse et organiser une forme qui ne laisse que peu de doute sur l’intensité d’une force d’esprit bien au-dessus d’une simple intellection conventionnelle.

Un aristocrate de la Compassion
Pour être clair et compréhensible à tous les niveaux de conscience, on pourrait dire que le Dalaï-Lama est un aristocrate de la compassion. En effet, bien d’autres maîtres Tibétains diffusent avec générosité les enseignements bouddhistes avec une grande vertu. Mais c’est lui le chef spirituel adoré par les Tibétains et vénéré, même par les meilleurs de la Communauté scientifique mondiale. La beauté dans l’exception authentique et surtout éthique c’est qu’elle est inclassable. Ensuite, arrive le moment où la caractérologie même la plus éveillée n’est plus l’instrument capable de circonscrire une telle densité d’esprit. A l’évidence elle nous apprend que, s’il est une chose bien souvent étrangère à la sagesse, la compassion, l’éthique, la tolérance, et l’amour, c’est bien la pensée qu’on en a.

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Le Dalaï-Lama: l’intelligence spirituelle, ou le dernier des justes.