Voici le discours virtuel de Christophe Darbellay, Président du PDC suisse et Conseiller national à l’occasion de la fête nationale.

« Chères concitoyennes, Cher concitoyens,

Nous ne nous laissons pas voler la fête nationale !
Ces dernières années, on s’est habitué à ce que le 1er août ne soit plus seulement le jour anniversaire de la Confédération mais à ce que l’attention soit focalisée surtout sur la question de la sécurité intérieure.

Si l’Etat de droit s’était couché ou avait cédé face à quelques extrémistes de droite, il conviendrait de se demander comment cet Etat fera face à quelques milliers de hooligans qui arriveront de toute l’Europe durant le championnat d’Europe de football 2008. Il va sans dire que nous avons prévu un dispositif de sécurité et adopté une loi antihooligans. En cas de situations extraordinaires, nous avons l’habitude de réagir dans l’urgence. En principe, l’opinion publique est prête à sacrifier quelques libertés pour gagner en sécurité. Nous devrions toutefois refuser de sacrifier des valeurs démocratiques fondamentales parce que quelques casseurs cherchent à défrayer la chronique. Nous devrions là aussi nous en tenir à nos principes : le 1er août – jour de notre fête nationale – est la meilleure occasion de redire ce qui nous réunit. Ceux qui ne veulent pas respecter les principes de notre Etat de droit mis en avant à chaque anniversaire de notre pays doivent être sanctionnés. Nous ne devons pas jeter par-dessus bord nos traditions, nos valeurs pour une petite minorité.

Les extrémistes de droite et les hooligans constituent deux facettes du problème de la violence des jeunes. La violence juvénile trouve ses racines lorsque l’éducation familiale, l’école, le travail et le sport ne parviennent pas à transmettre des valeurs fortes. Nous devons nous employer à définir ces valeurs qui font la Suisse et à les renforcer.

Attaquer les problèmes à la racine
L’environnement familial et l’encadrement d’un enfant jouent un rôle important dans son développement. Lorsque des parents stressés mettent leurs enfants devant la télévision pour avoir la paix, cela peut avoir de graves conséquences. Ce n’est pas un hasard si l’avènement de jeux vidéo de plus en plus violents et de sites internet peu fréquentable coïncide avec une augmentation de la violence chez les jeunes.

Il est bien clair que nous devons intervenir avec la plus grande sévérité contre les auteurs de violences, qu’il s’agisse d’extrémistes de droite, de hooligans ou d’autres bandes. Il incombe aux communes, aux cantons mais aussi à la Confédération d’agir avec fermeté et détermination en ce sens. Sans nier les problèmes, cela ne sert non plus à rien de vouloir faire porter le chapeau uniquement aux étrangers ou de criminaliser en bloc les jeunes à des fins électoralistes. Outre des unités de police supplémentaires et spécialisées, notre société doit à nouveau investir davantage dans les activités de jeunesse, le sport, la musique, la culture. Il faut renforcer les enseignants et maintenir une école qui exige beaucoup et qui transmet des valeurs fortes. Il faut mieux soutenir les parents et les mamans au foyer ou en créant suffisamment de places de crèches. Nous ne pouvons pas simplement demander une flexibilité totale aux employé-e-s et rester un pays en voie de développement en ce qui concerne l’accueil extrafamilial des enfants. Comme nous allons déjà souffrir d’une pénurie de main-d’oeuvre dans un futur proche, nous devons favoriser la réinsertion professionnelle des mamans qui ont cessé de travailler durant une ou plusieurs années pour s’occuper de leurs enfants en prenant les mesures adaptées. Nous devons permettre une combinaison harmonieuse de la vie familiale et professionnelle puisque 70% des mamans travaillent et ce n’est pas forcément par choix.

Pour les jeunes, la famille, l’école et 50’000 places de crèches
S’il est nécessaire d’engager des unités de police supplémentaire, il est infiniment plus important de prendre des mesures avant qu’un jeune ne se retrouve face à la police ou au juge des mineurs. Avant qu’il ne soit trop tard. La politique familiale est aussi lacunaire qu’insuffisante alors que le vieillissement de la population devrait nous faire prendre conscience de l’urgence. Aujourd’hui, il manque par exemple en Suisse quelque 50’000 places pour les enfants que ce soit dans des crèches ou auprès de familles de jour. Les couples mariés paient encore trop d’impôts. Le travail des mères au foyer n’est pas suffisamment reconnu. L’Ecole doit redevenir une priorité politique absolue. L’Etat doit garantir un financement de départ pour les crèches mais sans imposer des obligations et des directives qui rendent leur création impossible. Dans certains cantons, la parenté doit obtenir une autorisation des autorités si elle veut garder un enfant plus de 16 heures par semaine. C’est n’importe quoi ! Je suis heureux qu’en Valais ma mère sage-femme et mère de 5 enfants n’ait pas à demander une autorisation pour garder ses petits-enfants. Les exigences faites aux responsables de crèches sont aussi en partie exagérées. Nous n’avons pas besoin d’une surréglementation dans ce domaine mais d’une approche pragmatique, de solutions concrètes et surtout de places de crèches à des prix abordables pour tous.

Ce serait le bon message contre la violence que d’attaquer le mal à la racine. Il aurait aussi plus d’effet et serait plus crédible que la mise en scène du Grütli. Nous investissons dans l’avenir de la Suisse, contre la violence chez les jeunes, pour des familles fortes, pour une école 5 étoiles, pour que les efforts de chacun soient récompensés ».

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Christophe Darbellay