Genève provoque souvent l’incompréhension au sein de la Confédération et dans nos cantons confédérés.
Ce qui devient aujourd’hui l’affaire des « squats » en est l’illustration.
Le procureur de la République Raymond Foex (libéral), avait convenu, dans les années quatre-vingt, d’un dispositif d’évacuation qui favorisait le maintien de la paix sociale. L’évacuation d’un immeuble squatté devenait exécutoire dès lors que le propriétaire disposait d’une autorisation de construire entrée en force. Ceci avait un double avantage : éviter des troubles et manifestations violentes et empêcher qu’un immeuble évacué se retrouve tout aussitôt occupé par de nouveaux « squatters ». La tolérance exigée des propriétaires avait aussi une contrepartie : les squatters s’engageaient à quitter les lieux sans troubles dès que l’évacuation entrait en force.
Toute société a besoin de compromis pragmatiques pour rester humaine et conviviale. Mais un compromis suppose que les deux parties respectent les engagements pris.
Les squatters du 21e siècle ne semblent pas comprendre cette règle non écrite. Ils ont choisi l’affrontement et la résistance militante. Curieusement, leur dérive ne relève pas de l’idéologie gauchiste. En effet, en s’emparant de la propriété d’autrui, ils ont passé progressivement du statut d’occupant – on n’ose évoquer le terme de locataire réservé aux personnes qui respectent la loi et leurs engagements contractuels – au statut de propriétaire ! Ainsi vont-ils désormais au tribunal pour invoquer des violations de domicile, de dommage à la propriété, tous délits dénoncés lorsque l’on estime être propriétaire d’un bien !
Ce faisant, ils nous enlèvent toute raison de nous appuyer sur leurs problèmes de logement et nous convainquent qu’en définitive, le temps des règles non écrites est révolu.

Martine Brunschwig Graf