Dossier Eco-conception : réduire les impacts environnementaux

par | 22 Juin 2017

L’éco-conception n’est pas une mode, mais une vision inédite de la production industrielle : l’impact sur l’environnement est pris en compte de la conception à la fin de vie d’une pièce. En bout de chaîne, il faut anticiper la valorisation et le recyclage de l’objet usé pour, à terme, limiter l’utilisation de ressources naturelles. Compliqué ? Pas forcément.

https://youtu.be/HMd6Tgt0V9c

Demain, tous convertis

LIMITER L’IMPACT ENVIRONNEMENTAL EST DE MOINS EN MOINS UNE CONTRAINTE POUR LES ENTREPRISES QUI N’HÉSITENT PLUS À SE FAIRE ACCOMPAGNER POUR ALLER PLUS LOIN.

«L’éco-conception commence par une prise de conscience », campe Florent Blondin, cofondateur d’Environnemental picture qui accompagne les entreprises dans cette démarche. Et surtout par une compréhension de ce que revêt le terme, en gommant tous les clichés relatifs à son sujet. Éco-concevoir, ce n’est pas forcément dépenser sans retour sur investissement. « Même à moyen terme, grâce aux subventions, aux aides qui existent pour accompagner les projets innovants », ajoute Florent Blondin. Exemple récent avec Bouverat-Pernat à Marnaz et son projet Punchi pour démocratiser l’usinage de la céramique en barres.

Une partie de la recherche vise à trouver des solutions pour récupérer les résidus de poudre afin de refaire de barres céramiques. L’entreprise a bénéficié d’un fonds unique interministériel et obtenu 1,137 million d’euros, soit 42 % des 2,676 millions d’euros investis au total, pour ouvrir de nouvelles parts de marchés, augmenter le chiffre d’affaires et créer des emplois. Première étape : établir un diagnostic des impacts de la production, de l’usage et du recyclage du produit. « Il faut bien sûr prendre en compte l’environnement à l’intérieur de l’entreprise, mais aussi de façon plus large en amont et en aval », résume Florent Blondin. En quantifiant les effets des différentes activités pour déterminer les leviers d’action les plus efficaces, en étant vigilant sur les transferts d’impact.

STIMULER L’INNOVATION

Pourquoi se lancer dans cette démarche ? Les entreprises cherchent d’abord à répondre à la réglementation et découvrent que l’éco-conception est aussi un moyen efficace de fédérer les collaborateurs autour de valeurs communes. C’est aussi une façon d’optimiser les coûts – l’entreprise maîtrise ainsi ses flux, réduit ses rebuts, etc. – et de stimuler l’innovation. Environnemental picture commence donc en général à identifier ce qui relève déjà d’une démarche écologique dans l’entreprise accompagnée : « Réduire sa facture d’électricité, c’est déjà de l’écoconception », affirme Florent Blondin qui souligne que, en plus des normes, il existe des guides très faciles d’accès qui apportent une approche pragmatique.

Le Cetim dispose d’un pôle éco-conception important et son expertise en la matière permet aux entreprises de s’engager avec les bons conseils et des informations pertinentes. Le label AFAQ, en s’appuyant les exigences de normes ISO, permet de détailler la démarche pour ensuite établir les marges de progression dans le cadre d’un management environnemental. Ensuite, il revient à chaque structure de valoriser sa démarche par une campagne marketing efficace. Faire de l’éco-conception c’est bien, le partager c’est encore mieux.

INNOVATION DURABLE AUX ARTS ET MÉTIERS

L’institut des Arts et Métiers de Chambéry, toujours à la pointe des dernières tendances, lance un nouveau Mastère spécialisé, intitulé “Management du Changement et Innovation Durable” pour acquérir les compétences managériales nécessaires pour assister notamment la mutation des industries des produits manufacturés. L’objectif est d’accompagner le changement de stratégie avec les dirigeants d’une entreprise, animer l’innovation créative, proposer de nouvelles alternatives de conception et de vente, et déployer l’éco-innovation dans le management global de l’entreprise. Cette formation professionnalisante se décline en deux phases : d’octobre 2017 à mars 2018 avec 410 heures d’enseignement, puis d’avril à septembre 2018 pour une mission professionnelle à temps complet en entreprise, laboratoire ou organisme.

Le fil rouge de l’innovation pour NTN-SNR

NTN-SNR PREND EN COMPTE L’IMPACT ÉCOLOGIQUE DE LA CONCEPTION À LA FIN DE VIE DE SES PIÈCES. UNE DÉMARCHE GAGNANTE POUR SES ÉQUIPES ET SES CLIENTS.

Spécialisée dans la fabrication de roulements mécaniques, la société annécienne NTN-SNR cherche depuis toujours à améliorer le couple de rotation pour augmenter la performance du produit. Le terme éco-conception a vraiment « commencé à être utilisé au sein de l’entreprise en 2007 », décrit Christof Schmidt, responsable de la R&D industrie et aéronautique. NTN-SNR intègre alors en synergie un autre pôle R&D, tourné vers l’automobile. Rapidement, l’entreprise dresse un bilan de ce qui relève déjà de l’éco-conception dans sa production et crée un indicateur pour détecter les manques dans ce domaine et les améliorations à apporter. « Nous avons pu factualiser et rendre la démarche plus lisible », estime Christof Schmidt.

Les chiffres indiquent un axe, avec toujours le même objectif : satisfaire le cahier des charges du client. « L’écoconception devient une valeur de notre entreprise », ajoute-t-il. NTN-SNR s’inscrit dans cette démarche en interne pour fédérer les équipes autour d’une éthique commune, et en externe par une prise en compte de l’impact environnemental et un ancrage fort dans son territoire. « Ce qui auparavant était vécu comme une contrainte est aujourd’hui gagnant », résume Christof Schmidt qui constate une prise de conscience des collaborateurs de la société, une sensibilité générale qui implique tout le monde dans le projet de l’entreprise, jusqu’au management des équipes. Des indicateurs permettent de mesurer les améliorations quotidiennes, de valoriser les équipes en communiquant sur les actions entreprises, pour les motiver.

RÉDUIRE LES ÉMISSIONS

Selon un bilan carbone datant de 2010, « 85 % du CO2 émis par un roulement provient de son utilisation », relate Christof Schmidt. La fabrication, le transport, le retraitement en fin de vie… ne représentent que 15 %. Les clients du marché automobile cherchent à réduire ces émissions au maximum et sont prêts à payer le sous-traitant qui leur permet d’atteindre cet objectif. En diminuant l’impact écologique de leurs véhicules, les constructeurs améliorent leur image de marque et vendent davantage de voitures.

NTN-SNR a ainsi contribué au prototype Eolab de Renault. Bilan : une amélioration du couple de rotation de 30 % à 40 % et un gain de poids de 25 %. La société annécienne va même plus loin avec le développement de Dylico2, un logiciel qui calcule les variations en émissions de CO2 selon le type de roulements. Cet outil aide les constructeurs à répondre aux normes Euro. Doté d’un centre européen de R&D, équipé d’un matériel et d’outils de simulation de pointe, NTN-SNR a récemment dévoilé sa nouvelle usine de production à Argonay, un investissement de 27 millions d’euros pour une extension du site existant de 4 000 m2, destiné à l’aéronautique. Parce que l’innovation voit grand.

CLEANSKY, POUR ALLER PLUS HAUT

NTN-SNR a été distinguée par l’Union européenne pour ses roulements destinés au démonstrateur du moteur Open rotor de Snecma, parmi dix projets du programme de recherche Cleansky, destiné à l’aéronautique. Ce prix de l’innovation salue le travail effectué dans le cadre de ce projet et confirme le rôle majeur de la société annécienne sur ce marché : les roulements développés pourraient servir de base aux moteurs nouvelle génération. En tout, 1,5 million d’euros, financés à 50 % par l’Union européenne, ont été nécessaires pour ce programme qui a mobilisé les équipes de NTN-SNR durant 34 mois. Une application pour le marché du démonstrateur Open rotor de Snecma est attendue d’ici à 2030, même si des retombées avant l’heure sont possibles avec des évolutions sur des moteurs existants.

Composites : le recyclage se structure

LE MARCHÉ DES MATÉRIAUX COMPOSITES EST EN FORTE CROISSANCE. LES VOLUMES DE DÉCHETS DEVRAIENT DONC CROÎTRE DANS LES ANNÉES À VENIR.

Les composites offrent l’avantage de pouvoir fabriquer des pièces à très haute valeur ajoutée technique, en répondant aux exigences de minimisation des coûts et d’allégement des équipements, ce qui réduit l’empreinte carbone. La filière doit s’organiser pour être capable de valoriser ces matériaux dont la présence croissante dans tous les objets du quotidien provoquera irrémédiablement l’augmentation de la quantité de déchets. Le Comité Recyclage Composites France (CRECOF) a récemment lancé un guide qui permet d’accompagner les entreprises vers le recyclage des plastiques renforcés.

Les enjeux sont multiples. Il est par exemple possible de s’appuyer dès la conception sur des matières premières récupérées ou d’organiser le tri dès la production pour récupérer les rebuts. Évidemment, le premier objectif est de limiter les quantités de déchets mises en enfouissement. Mais aussi de réduire l’impact de la production de matières vierges, en limitant les prélèvements de ressources et d’énergies fossiles, et la consommation énergétique. Au niveau économique, il s’agit de créer de la valeur ajoutée en donnant une seconde vie aux matériaux et de promouvoir la revalorisation des composites. À terme, l’ambition consisterait à tendre vers une économie circulaire : produire mieux avec moins.

COMBINAISONS GAGNANTES

S’appuyer sur des matières premières de recyclage pour fabriquer de nouvelles pièces et produits ouvre de nouvelles perspectives où la production devient une solution pour les déchets. C’est le fruit d’un long cheminement. D’abord, des fibres broyées ou coupées ont été commercialisées. Ensuite, la recherche de valeur ajoutée a conduit des industriels à élaborer à partir des rebuts des composés injectables sous forme de granulés. Enfin, la réutilisation directe fait son apparition : le déchet composite est conditionné pour servir à nouveau.

Suivant la combinaison de matières, le recyclage des composites peut s’appuyer sur différentes technologies : broyage et réincorporation pour les composites fibres de verre ou fibres sèches ; pyrolyse pour les composites fibres de carbone, une action thermique à très haute température, qui dégrade la résine et sépare les constituants tout en conservant les propriétés mécaniques des fibres de carbone ; cimenterie, une technologie de recyclage particulièrement efficace pour les composites fibres de verre, car elle valorise à la fois la matière et l’énergie. D’autres technologies sont également en développement, comme la vapothermolyse, dont les premiers tests sont prévus dans le courant de l’année, ou la solvolyse. Si les composites sont considérés comme des matériaux d’avenir, leur recyclage représente un enjeu de grande importance, tant sur le plan écologique qu’économique.

NAISSANCE D’UNE FILIÈRE

Le Comité de recyclage des composites de France (CRECOF) a pour ambition de faire émerger des filières de recyclage des composites, en évitant de multiplier de projets identiques. Objectifs : déterminer les points de tensions pour concentrer les efforts dessus ; anticiper les évolutions de la réglementation ; montrer une cohérence à l’échelle nationale. Le CRECOF aborde la problématique du recyclage selon un double angle, en prenant en compte les marchés et les technologies disponibles. Des actions quotidiennes lui permettent de conserver un lien étroit avec les industriels, les organismes institutionnels et les chambres consulaires. Le CRECOF a aussi contribué à la mise en place d’une communauté ouverte dédiée sur le réseau collaboratif du recyclage des plastiques porté par Association Alliance Chimie Recyclage (2ACR).


Dossier réalisé par Sandra Molloy

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