La semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, qui se triendra mi-novembre, est l’occasion de mettre en lumière des actions menées tout au long de l’année. Focus.

Pour la vingtième année, l’association Ladapt organise la SEEPH, une semaine, du 14 au 20 novembre, entièrement consacrée à la mise en relation de demandeurs d’emploi en situation de handicap avec des recruteurs. Un événement qui vise aussi à faire évoluer les mentalités et casser les préjugés sur les handicaps. Tout un panel d’outils a été développé : jobdatings, handicafés, forums emploi handicap, opérations en entreprises, démarchage par les demandeurs d’emploi de postes à pourvoir sur un bassin d’entreprises…

Des animations à destination du grand public ont également lieu sur tout le territoire dans les espaces publics, écoles comme entreprises. Quelque 140 actions sont ainsi organisées partout en France. Sur les territoires de Savoie et de Haute-Savoie et en partenariat avec Cap emploi Savoie Mont-Blanc, les clubs Entreprises et handicap de Savoie et Haute-Savoie proposent cette année une action commune aux entreprises : accueillir une personne en situation de handicap en recherche d’emploi sur une courte période de stage.

Les objectifs de cette action, pour le stagiaire, peuvent être de découvrir un métier, confirmer un projet professionnel ou reprendre contact avec le monde de l’entreprise. Du côté employeur, c’est l’opportunité d’affirmer un engagement responsable et de gommer les idées reçues sur le handicap. Ouvrir ses portes à un demandeur d’emploi handicapé, c’est découvrir ses compétences en situation de travail et sensibiliser ses salariés au handicap.

 

DES PROJETS RÉALISTES

Acteur de premier plan en Pays de Savoie, Cap emploi Savoie Mont-Blanc a en effet pour rôle d’accompagner les entreprises qui veulent recruter des personnes handicapées comme les demandeurs d’emploi handicapés qui veulent trouver un emploi durable. Présente dans 18 lieux, de Thonon à Chamonix en passant par Aix-les- Bains et Chambéry, l’association a développé quelques axes forts. «Il s’agit, pour les personnes handicapées, de travailler sur un projet professionnel réaliste, en phase avec le marché local et adapté à leur situation de santé», explique Lionel Rolland, son directeur.

«En vingt ans, les facteurs de handicap se sont beaucoup diversifiés. On accompagne des gens, après une grave maladie, un accident. Certains handicaps sont directement liés à l’allongement de la vie au travail. On parle aussi de plus en plus de risques psychosociaux.» En Savoie et Haute-Savoie, Cap emploi Savoie Mont- Blanc accompagne actuellement 2 600 personnes. En outre, 900 contrats de travail de plus de trois mois sont mis en œuvre chaque année. L’association travaille aux côtés de quelque 600 entreprises, démarchées, ou contactées, grâce à un effet réseau qui joue à plein.

PRÈS DU TERRITOIRE

«Notre approche est le plus en lien possible avec le territoire où nous avons la chance de profiter d’une activité très diversifiée. Nous sommes portés par notre territoire.» C’est ainsi qu’a été mise en place en Haute-Savoie une action de formation en partenariat avec Pôle emploi, Agefos, la CGPME, répondant aux besoins des PME locales pour renforcer leur présence et leur expertise sur le net. Une formation d’assistante commerciale sur le web a été organisée durant l’hiver dernier, pour un premier groupe d’une douzaine de personnes handicapées, dont la moitié est aujourd’hui en emploi. «Nous avons suivi l’émergence du projet des Papeteries à Cran-Gevrier, observé de près la place prise par le numérique, et considéré que des compétences utiles aux entreprises pouvaient être proposées. D’où cette formation, qui va être dupliquée en Savoie par Agefos.

En Savoie (52 %) et Haute-Savoie (55 %), plus de la moitié des personnes handicapées sont recrutées comme des salariés classiques sans aucune aide, ce qui montre que la question du handicap peut être dépassée par celle des compétences», poursuit Lionel Rolland. Pour autant, le taux de chômage des travailleurs handicapés est encore de 18 %, soit le double du reste de la population. Quelque 3 000 personnes en situation de handicap en Savoie, et 4 500 en Haute-Savoie, sont en recherche d’emploi. Certains secteurs sont particulièrement difficiles à aborder. Dans le décolletage, les choses sont devenues complexes, après la crise de 2008. «Les travailleurs handicapés sont sortis de cette activité. Une révolution RH s’est réalisée et les emplois de production n’existent presque plus au pro t de l’automatisation et de la numérisation, qui ont éloigné de l’emploi les travailleurs handicapés.»

“NOTRE APPROCHE EST LE PLUS EN LIEN POSSIBLE AVEC LE TERRITOIRE.”

Autre industrie, en quête de personnel très qualifié, le secteur de la santé et du médical, plus dur désormais à aborder pour les travailleurs handicapés. Certains secteurs sont en revanche porteurs, tels que le commerce et la distribution avec des postes de gestionnaires de stocks, de logisticiens, de vendeurs, d’hôtes de caisses ou de personnel d’accueil. Les domaines de la comptabilité et de la gestion de paie, ou encore les postes de bureaux d’études dans le BTP, offrent aussi des opportunités intéressantes. Cap emploi a également un partenariat fort avec des structures d’insertion par l’activité économique, comme avec le secteur public, dans des filières très diverses (espaces verts, agents techniques, agents administratifs). L’association a, par ailleurs, renforcé sa collaboration avec Pôle emploi avec lequel elle développe des co-animations, des actions communes en direction des entreprises, ou le sourcing de candidatures partagées. «Ce qui est important, c’est de rappeler que le handicap ne concerne pas que le physique.

Ainsi, depuis dix ans, il y a une réelle prise de conscience sur les troubles psychiques, qui concernent 15 % des personnes accompagnées.» Un comité interministériel mettra le sujet à l’ordre du jour le 28 novembre, et du 13 au 26 mars une semaine d’information sera entièrement consacrée à la “Santé mentale au travail”. Un domaine où Cap emploi veut apporter une contribution active.

ADTP : DÉVELOPPER L’EMPLOYABILITÉ DES ÉQUIPES

En Haute-Savoie, se définissant comme un acteur économique et social au service de l’industrie et du handicap, ADTP réunit sous la même bannière 3 EA (Entreprises adaptées) et 3 Esat (Établissements ou services d’aide par le travail), implantés sur 5 sites couvrant les bassins d’emploi du département. La structure emploie quelque 600 collaborateurs, dont 75 % sont des personnes en situation de handicap. «Nous avons vocation à apporter à nos clients des solutions à base d’investissements techniques et d’intelligence humaine», explique son directeur général, Jean-Pierre Martinod. Performance et qualité de vie au travail sont liées chez ADTP où le turn-over est faible. En trois ans, 4 % d’emplois supplémentaires ont été créés, soit 24 postes. «Nous œuvrons sur la sécurisation des parcours profes- sionnels. Les salariés acquièrent leur expertise au sein de leur environnement de travail ; l’ancienneté est ainsi très importante», complète Lara Lemoine, directrice des ressources humaines et sociales de l’entreprise.

Pour maintenir l’employabilité de chacun, des efforts financiers importants sont consentis dans la formation, qui représente 3 % de la masse salariale, et dans l’investissement des systèmes mécaniques sont développés pour garantir efficience et fiabilité. L’organisation du travail est systématiquement adaptée aux besoins des clients et des opérateurs. Pour exemple, NTN-SNR a fait confiance à ADTP pour concevoir et installer les systèmes de production qui assurent aujourd’hui le conditionnement de ses pièces détachées pour la rechange automobile (20 000 kits produits par jour). «Nous sommes un sous-traitant industriel, capable aux côtés du client, de concevoir les procédés de fabrication les plus adaptés à son produit. Nous démontrons que le travail humain apporte plus de souplesse qu’une solution automatisée, avec un moindre coût d’investissement, notamment sur des séries petites ou moyennes», complète Jean-Pierre Martinod.

ADTP développe la polyvalence de ses collaborateurs, permettant ainsi à l’entreprise de s’adapter aux variations de charge. La recherche d’autonomie se fait par l’apport de compétences. La qualité de vie au travail s’appuie sur des formations à la sécurité et sur une démarche systématique de prévention des risques. Quant à l’encadrement, il se voit dispenser des connaissances supplémentaires en lien avec la connaissance du(des) handicap(s). «Nous avons peu à peu diversifié nos activités et renforcé la technicité de notre offre», explique Jean-Pierre Martinod. Entre autres prestations, l’entreprise assure, par exemple, la numérisation de documents pour le Crédit agricole, dans un environnement sécurisé, cinq jours sur sept et sans interruption tout au long de l’année. En outre, ADTP procède au regroupement de ses activités en pôles de compétences : intégration électronique sur le site de la Menoge à Ville-la-Grand, solutions d’assemblage sur le site du Thiou à Cran-Gevrier, contrôle industriel de pièces de décolletage sur le site de l’Arve à Cluses, préparation de commandes et kitting de pièces de rechange sur le site du Fier à Cran-Gevrier.

RECRUTER ET ACCOMPAGNER

EPITH, société du groupe Edion Conseil, assure, elle, le recrutement et le reclassement des travailleurs handicapés. Déjà créatrice, en 2007, d’EPI, une entreprise d’insertion par le travail temporaire, Astrid Gascon décide de lancer deux ans plus tard un cabinet spécialisé dans l’emploi des personnes en situation de handicap, EPITH, afin d’apporter une réponse à l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés des entreprises, tout en accompagnant les salariés de façon individualisée. «Depuis 2009, nous conseillons les entreprises dans leur politique handicap par le recrutement, par l’accompagnement des collaborateurs grâce à une méthodologie brevetée qui permet de démystifier le handicap, par le reclassement des personnes handicapées et par la formation. Nous sommes à notre connaissance, les seuls à proposer une prestation globale sur le handicap», explique Sophie Leblond, consultante à Annecy.

“NOUS ACCOMPAGNONS LES SALARIÉS COMME LES DEMANDEURS D’EMPLOI EN SITUATION DE HANDICAP, QUEL QUE SOIT LEUR NIVEAU DE QUALIFICATION.”

Le cabinet propose le recrutement de personnes en situation de handicap, en intérim comme en CDD ou CDI, en lien avec les agences du groupe : EPI en Haute-Savoie, et Open emploi, au niveau national. EPITH favorise la sécurisation des parcours professionnels en accompagnant les entreprises et les salariés dans maintien en emploi et le reclassement professionnel en interne ou en externe, en cas de risque d’inaptitude. Enfin, il participe à la formation des managers qui vont accueillir et intégrer des travailleurs handicapés. «Nous accompagnons les salariés comme les demandeurs d’emploi en situation de handicap, quel que soit leur niveau de qualification», poursuit Sophie Leblond. Durant la Semaine européenne du handicap, EPITH s’emploiera à faire changer le regard sur le handicap, en tenant des stands dans plusieurs entreprises clientes. En 2015, tous secteurs confondus, le groupe a fait travailler 350 personnes rencontrant des difficultés, dans plus de 160 entreprises, dont une centaine en Haute- Savoie. Intervenant sur l’ensemble du territoire national, EPITH collabore avec de grands groupes, nationalement implantés.

TRANSPORTS : EXCELSIOR SAISIT UNE OPPORTUNITÉ

La société Excelsior (Chambéry), spécialisée dans la location de véhicules industriels avec chauffeurs, a embauché un conducteur qui souffrait d’un handicap, sans connaître sa situation lors du recrutement. «Nous avons monté un dossier Agefiph pour bénéficier d’une aide forfaitaire et ainsi favoriser l’intégration de cette personne dans l’entreprise», explique Eve Carpentier, présidente d’Excelsior. Un véhicule avec boîte automatique lui a ainsi été fourni. Forte de cette première expérience réussie, l’entreprise s’est lancée dans un autre recrutement, cette fois pour un poste d’assistant d’exploitation. Ancien chauffeur en reconversion professionnelle après une maladie, la personne est actuellement en formation avec Cap emploi, pour une durée de trois mois, après un stage d’immersion de trois semaines dans l’entreprise, en août. «Nous avons saisi l’opportunité qui s’est présentée, au moment où nous avions besoin d’un administratif pour développer notre activité». Excelsior compte une quinzaine de chauffeurs qui sillonnent toute la France et trois administratifs sur le site de Chambéry.

 

CLUBS AU SERVICE DES ENTREPRISES

Depuis plus de 15 ans, les Medef départementaux et le Medef Rhône-Alpes collaborent avec l’Agefiph, via les clubs Entreprises et handicap, pour faciliter l’emploi de personnes handicapées. Ainsi 670 entreprises partenaires, dont 130 en Savoie et 200 en Haute-Savoie, sont mobilisées. «Les clubs Entreprises et handicap favorisent la mise en relation avec les partenaires par le biais de réunions interentreprises», explique Delphine Bochet-Drivet, responsable pour la Savoie. Ils organisent aussi des formations sur mesure, ou collectives, par exemple à la conduite de machines en agroalimentaire, à la gestion de paie ou encore de chargée de clientèle. Ces formations, souvent communes à la Savoie et la Haute-Savoie, accueillent entre 8 et 15 entreprises par session. «Nous jouons un rôle de sensibilisation à travers des newsletters régulières ou des mails à destination des équipes, envoyés notamment pendant la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées», ajoute Lucie Maillet, responsable du club pour la Haute-Savoie.

MESSIDOR : LE JOB COACHING EN ACTION

L’association Messidor, dont la vocation est d’accueillir des personnes handicapées psychiques pour une remise à l’emploi et l’insertion dans le milieu ordinaire de travail, développe depuis 2013 le job coaching selon une méthodologie venue d’Outre-Atlantique. «Nous avons expérimenté en Haute-Savoie la méthode IPS (Individual and personal support) avec un taux d’insertion supérieur à 50 %, soit un taux au moins deux fois supérieur à celui des méthodes traditionnelles d’aide à la réinsertion professionnelle», explique Jean- Michel Collombier, directeur d’établissements de Messidor. Ce dispositif d’emploi accompagné permet au public concerné d’élaborer un projet professionnel qui se construit dans le temps, avec une confrontation réelle en entreprise. Il a été mis en place dans le cadre de contrats de travail de droit commun, d’abord dans le bassin annécien puis dans la vallée de l’Arve. L’objectif de est de le développer également à Ville-la- Grand. «La méthodologie mise en œuvre en Haute- Savoie est en cours de modélisation pour être transférée ailleurs. Nous avons pour cela créé une franchise sociale.»


Par Françoise Lafuma.