Daniel Zappelli est procureur général de Genève, le plus haut représentant du pouvoir judiciaire. Élu en avril 2002 par le corps électoral du canton pour une période de 6 ans, il se représente pour un second mandat, dans un esprit d’engagement et de continuité qui caractérisent ce haut magistrat reconnu pour sa détermination et son indépendance.

Né à Lausanne il y a 44 ans, Daniel Zappelli finit son Collège Saint-Michel à Fribourg et se lance dans les études de droit. D’un père substitut du procureur, président de tribunal et juge cantonal dans le même lieu, il hérite la discipline et la rigueur juridiques. Dans ce domaine, chaque mot a une signification bien précise et le verbiage ampoulé n’est pas de mise. Chaque phrase a son importance. «Avoir accès à un peu de verdure et de beauté et admirer la finesse de ces parcs si bien entretenus par des femmes et des hommes passionnés, m’offrent une parenthèse bienvenue dans l’exercice d’une fonction très prenante» confie l’homme de loi au milieu du Parc des Bastions. «Ces jardins sont au cœur de la cité. J’aime ces espaces qui côtoient à la fois l’animation urbaine et l’environnement naturel de la ville. De plus cet endroit symbolise l’enseignement, la transmission du savoir et les compétences dont Genève aura besoin demain», continue le juriste.

Réformateurs
C’est un peu la stature face aux statues. Devant le mur des réformateurs, le procureur général explique que «La justice est en perpétuelle réformation et mouvement sur des bases qui se veulent le plus stable possible». Allusion à la réforme de la procédure pénale 2010 au plan suisse, et qui est l’une de ses priorités. «Le symbole d’une réforme qui n’est jamais immuable est probablement le meilleur symbole de l’évolution de la société au travers de la justice» explique le haut représentant. L’homme abat une masse infinie de travail, les dossiers se succédant rapidement à d’autres. Debout très tôt le matin, veillant la plupart du temps très tard, l’étude des dossiers toujours plus complexes demande une extrême concentration, une exactitude dans l’analyse et une culture juridique hors norme. Et le besoin de nature, réconfortante, relaxante, entre deux piles de dossiers, se fait ressentir. Une pause nature, une pause jardin. Pour une plus grande clarté d’esprit, et aussi, pour se ressourcer avec son épouse et ses deux enfants.

La paix du jardin
Le parc des Bastions est une espèce de synthèse de la vie sociale genevoise. Des jeux d’enfants et d’échecs géants, pour les petits et les grands, quelques sentiers à travers bois s’éparpillant autour d’une grande allée pavée tellement appréciés par les étudiants et des familles qui se baladent, comme de nombreux touristes fascinés par tant de beauté et de sérénité. Le parc est un univers, un laboratoire de la mixité sociale. L’une des perles de Genève. Daniel Zappelli énonce «Un jardin comme celui-ci, c’est veiller à préserver des espaces verts, synonymes de qualité de vie. Mon métier est d’appliquer la loi, de manière juste mais toutefois avec fermeté. C’est parfois un métier dur, car il y a des dossiers difficiles, comme ceux afférant à la pédophilie, contre laquelle j’ai pris des décisions extrêmement rapides. Ou contre les chauffards de la route, à l’égard desquels je n’ai aucune indulgence. Ici, le contexte est tout autre, la nature parfait son œuvre et on ne se lasse pas d’en contempler toute sa richesse». Et il continue en soignant ses mots et en respirant calmement «La nature m’apporte la paix dans un monde qui est somme toute assez complexe».

Remonter le temps
Le procureur aimerait s’octroyer un voyage, mais pas n’importe lequel, un périple hautement symbolique, une croisière sur le Nil avec son épouse. «Et je le ferais» affirme-t-il. Une chose qui est là-bas merveilleuse, c’est la possibilité rendue aux visiteurs de remonter dans le temps. L’Egypte et sa longue histoire de plusieurs millénaires reviennent toucher directement les voyageurs. Entre pharaons et papyrus, «les pyramides ne sont-elles pas le plus bel exemple de stabilité?» questionne admiratif Daniel Zappelli. «J’aimerai aussi découvrir l’univers majestueux et sauvage des fjords norvégiens». A quelques milliers de kilomètres des Bastions, l’appel de la nature du nord résonne. La nature sauvage, fragile et difficile, il la connaît. Son plus beau souvenir remonte à ses 15 ans lorsqu’il a conquis son premier sommet à 4000m d’altitude en compagnie de son père. Il se sentait un peu fier d’être né du même bois que sa grand-mère, l’une des premières femmes à avoir gravi le Cervin.

Le Procureur interpellé!
Tout à coup, une petite fille, haute comme trois pommes, 8 ans environ, se place devant lui et l’interpelle promptement «Toi, t’es pas le papa de Mattéo?». «Mais oui!», répond Daniel Zappelli un peu surpris… «Et toi, serais-tu dans sa classe?» lui demanda-t-il gentiment. «Oui» répond la petite fille tranquillement en rejoignant ses parents… Jolie rencontre au coin d’un jardin, et spontanéité de l’échange. Les Bastions venaient d’être témoins, comme souvent, d’une situation de la vie de tous les jours au cœur de Genève. Le temps d’une rencontre et d’un échange, le procureur redevint papa.

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Daniel Zappelli, procureur général de Genève, au parc des Bastions