Ils s’attaquent aux vitrines des fourreurs et des bouchers, aux cages des ménageries, aux dresseurs des éléphants comme aux laboratoires d’expé-rimentation animale. Les extrémistes du Front de libération des animaux (ALF) font des émules en Suisse: «Briser une vitrine n’est pas un acte de violence», plaident ces militants d’un nouveau genre.

En juillet dernier, un ou plusieurs inconnus ont forcé de nuit les grillages de la paisible volière du parc Mon-Repos, aux portes du Tribunal fédéral. Les oiseaux ainsi «libérés» auront fait le festin des renards qui rôdent aux environs. A moins qu’il ne s’agisse que de pur vandalisme, ce serait la troisième fois en seize mois que les volières lausannoises sont la cible des «animalistes», ce mouvement qui revendique l’égalité entre espèces humaine et animale.
A Lausanne, le mouvement LausAnimaliste ATRA mène le bal. Cette vingtaine de militants qui ne se présentent que par leurs prénoms met sur pied des séances d’information, notamment à l’Uni de Lausanne, et manifeste tout de noir vêtue pour la défense des… poissons. A propos de la pêche, ils n’hésitent pas à parler de «génocide»: «On tue 55 milliards de poissons par année ou 1’750 par seconde!» Le mouvement parti de Grande-Bretagne et des USA commence à refluer en Europe continentale. Motif: le monde anglo-saxon a pris des mesures sévères contre les éco-terroristes, dont plusieurs militants sont en prison et considérés dès lors comme «prisonniers politiques» par leurs coreligionnaires.

Un mouvement actif en Suisse romande
Le site Internet du mouvement LausAninaliste avoue mener des actions dans cinq domaines liés à la cause animale: la fourrure, le foie gras, l’exploitation et l’emprisonnement des animaux pour les loisirs humains, la vivisection et la consommation d’animaux pour leur chair ou pour la production de produits dérivés.
Sans revendiquer directement le saccage des volières lausannoises, le mouvement justifie l’action contre «cet héritage archaïque qui consiste à exhiber des oiseaux privés de toute liberté». L’été dernier, une autre action contre un petit zoo de Magliasco, au Tessin, avait été directement revendiqué par le site de l’ALF, le Front de libération des animaux situé à West Palm Beach, en Floride. Deux lynx, quatre ratons laveurs, deux vautours et un hibou royal avaient pris la clé des champs. Le geste avait été revendiqué sur leur site Bite-Back Magazine en même temps que l’attaque du magasin d’un fourreur à Lausanne: «Des vitrines d’un magasin de fourrure ont été cassées en plein jour (ndlr:un dimanche d’avril 2007 entre 11 h et midi) devant des passants et des badauds. Les messages «ASSASSINS DE BEBES PHOQUES» et «A BAS LA FOURRURE» ont été tagués en rouge juste à côté», se vantaient-ils sur le net.

Knie aussi dans le collimateur
La police lausannoise a mené l’enquête et interpellé son auteur, qui s’est révélé être aussi l’auteur de graffitis commis sur des roulottes du cirque Nock, deux semaines plus tard: «Je suis heureux que la police ait pris les choses au sérieux. Il est important de réaliser que ces mouvements ne s’attaquent pas qu’à la fourrure», commente Ivan Benjamin, le vice-président de l’association SwissFur, qui regroupe 40 fourreurs suisses. «En fin de compte, ce sont aussi les boucheries, les laboratoires d’expérimentation animale et les cirques qui sont visés.»
Le jeune casseur, au bénéfice de l’aide sociale, a été finalement condamné à 120 jours-amende avec 5 ans de sursis par le Tribunal de police de Lausanne.
Le slogan de ces éco-terroristes se base sur la formule-choc «Jusqu’à ce que les cages soient vides!» Ménageries et zoos sont dans le collimateur. L’an dernier, le deuxième plus grand cirque de Suisse après Knie, le Cirque Nock, a été la cible d’activistes lausannois qui ont distribué à chaque représentation des flyers aux spectateurs pour les sensibiliser «à la problématique des zèbres, lamas, chèvres, chevaux et tigres qui ont passé dix jours sur le bitume».
La direction du cirque a bien tenté d’empêcher ces activités en faisant venir la police à plusieurs reprises, ce qui n’a fait que redoubler l’ardeur des militants. «Le jour où l’un d’eux tentera d’ouvrir la cage des fauves de Knie, on aura l’air de quoi?», s’inquiète un inspecteur de police affecté à la surveillance des «éco-terroristes»
«Nous ne voulons pas de cages plus grandes ou de «dresseurs doux», mais exigeons la libération des animaux et leur mise à l’écart de tout abus et de toute exploitation», plaide pour sa part l’association AZOT (Aktion Zirkus ohne Tiere) basée à Lucerne.

Franco Knie défend ses éléphants
Personnage haut en couleur, Hans Vanja Palmers, 60 ans, est le riche héritier des sous-vêtements Calida, vendus à la société Vögele à la mort de son père. Il n’a pas hésité à consacrer 100’000 francs tirés de sa fondation Felsentor pour suivre la tournée du cirque Knie et manifester publiquement contre le dressage des éléphants: «Aucun animal de cirque n’est né en captivité, ils ont tous été arrachés à leur milieu naturel et ont subi les pires sévices pour les rendre dociles» accuse ce disciple du psychologue américain Timothy Leary, qui s’est aussi battu pour la légalisation des drogues psychédéliques et du LSD.
Directeur technique du cirque national et dompteur d’éléphants, Franco Knie refuse d’entrer dans le débat et de faire de la publicité à ses adversaires: «Nous n’acceptons pas le dialogue avec des gens qui n’ont pas les connaissances professionnelles nécessaires. Chez Knie, tout est transparent: les répétitions avec les animaux, la ménagerie et le transport des bêtes. Les images qui accusent les cirques de maltraitance n’ont rien à voir avec le cirque national suisse. Nous discutons régulièrement à un niveau scientifique avec la Protection suisse des animaux. L’animal est toujours au centre de nos préoccupations »

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«Briser une vitrine n’est pas un acte de violence», plaident ces militants d’un nouveau genre.