Édito | La réalité de la guerre

par | 13 mars 2024

Si j’en crois les récits de ma grand-mère, ses parents (mes arrières, donc) ont tous les deux vécu les combats de la Première guerre mondiale, lui comme soldat, elle comme infirmière. « Tu sais ma fille, en 14-18, j’ai ramassé plus de morts que de vivants », aurait répondu mon aïeule à ma grand-mère un jour de 39-45.

Toutes deux membres de la défense passive, elles étaient arrivées les premières à la gare qui venait d’être bombardée et avaient trouvé-là, le cadavre éventré d’un homme, dans lequel mon arrière-grand-mère avait replacé le foie et les intestins, sans plus de cérémonial, devant le regard interloqué de sa fille. C’est cela, la réalité de la guerre.

Et si vous en avez une image plus romantique, vous devriez aller voir les nombreuses images du front ukrainien postées sur X (Twitter) par un camp ou par l’autre. Peu importe qui diffuse, ce sont les mêmes : des paysages dévastés, pas un arbre debout sinon déchiqueté, des tranchées, des corps démembrés, des crânes arrachés… J’en passe et des meilleurs. Il vaut mieux avoir le coeur bien accroché.

« C’est tout le danger des politiques actuelles, qui reviennent à chatouiller le dragon en essayant de ne pas le réveiller. »

On notera au passage qu’il n’est rien de plus défavorable à l’écologie que la guerre. Je vous invite, pour vous en convaincre, à lire la page Wikipédia consacrée à la Première guerre mondiale et à ses conséquences, notamment en matière de pollution des sols et des océans. Pollutions dont nous continuons à subir les effets aujourd’hui.

Et ne parlons pas des impacts sur l’économie des destructions, des 10 millions de morts et des 8 millions d’invalides (1,45 et 1,9 million en France). Ce conflit avait convaincu mes aïeux, déjà dans l’Entre-deux-guerres, de la nécessité d’une construction européenne.

Une Europe de la paix, pas une Europe aux accents martiaux dont les dirigeants roulent des mécaniques et font tout pour nous pousser vers l’abîme. C’est facile de dire qu’il ne faut « pas être lâche », quand on envoie les autres mourir à sa place.

Bon, aux dernières nouvelles, selon le ministre des Armées, Sébastien Lecournu, « l’envoi de troupes combattantes en Ukraine », nonobstant les déclarations du Président en date du 26 février, n’est pas à l’ordre du jour. Il ne serait question que de partenariats avec des entreprises françaises pour produire et entretenir des armes et pièces détachées sur le sol ukrainien. Reste à souhaiter que la Russie ne le prenne pas comme un casus belli.

« C’est facile de dire qu’il ne faut « pas être lâche », quand on envoie les autres mourir à sa place. »

C’est tout le danger des politiques actuelles, qui reviennent à chatouiller le dragon en essayant de ne pas le réveiller. Il est entendu que l’Ukraine ne peut pas perdre, donc que la Russie ne peut pas gagner. Soit. Il n’empêche que si les diplomates chinois disent vrai, il n’est pas trop tard pour trouver un accord de paix dans lequel il n’y aurait ni vainqueur ni vaincu.

Évidemment, cela suppose de s’asseoir à la table des négociations et d’entendre les revendications des uns et des autres. D’après l’ancien secrétaire d’État Pierre Lellouche, intervenu dans l’émission de France Télévision “C Politique” du 3 mars, nous n’avons que trop tardé. Déjà au moment des accords de Minsk, le camp occidental a laissé passer l’occasion d’éviter l’escalade.


Sébastien Jacquart, journaliste
s.jacquart@groupe-ecomedia.com

Photo à la une : https://twitter.com/NOVORUSSIANEWS/status/491619716000403456/photo/1
Mise à jour du 18 mars 2024 : Photo de Антон Дмитриев sur Unsplash

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