Édito | Le piège énergétique

par | 10 juin 2022

L’Europe vient d’adopter, le 3 juin, un sixième lot de sanctions contre la Russie, en réponse à sa décision d’attaquer l’Ukraine. Celui-ci prévoit, à terme, un embargo sur le pétrole brut et les produits pétroliers russes transportés par voie maritime, soit 90 % des importations européennes en provenance de ce pays.

Conséquence, avec le déconfinement en Chine, à l’heure où j’écris ces lignes, le baril se négocie à 120 dollars. Un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis dix ans. En attendant, côté russe, on a tout simplement pris le parti de réduire la voilure de 30 %, à 7 ou 8 millions de barils par jour au lieu de 10, « pour obtenir un meilleur prix », selon Leonid Fedun, vice-président de la société russe Lukoil. Cela permet de vendre plus cher, de maintenir des réserves, sans perte de budget pour l’État.

Côté européen, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, s’est inquiété auprès du journal allemand Der Spiegel, de possibles pénuries de carburants, cet été, « quand la saison des vacances démarrera et la demande augmentera », « en raison des tensions sur les marchés pétroliers ».

Mais, ce n’est pas là le piège énergétique évoqué en titre de cet édito. Ces tensions internationales ne font, après tout, que précipiter des décisions que le pic pétrolier et le changement climatique nous auraient obligés à prendre. Le risque, c’est de s’engager dans de mauvais choix pour notre avenir. Les exemples ne manquent pas. En réponse à la flambée des carburants, l’État français a accordé une ristourne de 18 centimes sur le litre de super ou de gasoil. L’Allemagne, elle, met en place, cet été, un abonnement à 9 euros par mois donnant un accès illimité aux trains régionaux, bus et trams, dans tout le pays. Ceci, alors même que les transports sont normalement une compétence des Länder.

Dans un autre registre, nos confrères de L’Usine nouvelle se font le relais d’études de l’ONG Transport & Environnement selon lesquelles 80 % des véhicules au GNL sont plus polluants comparativement aux moteurs diesel. Des conclusions erronées selon les détracteurs de l’ONG, accusée par ces derniers de n’être qu’un lobby agissant auprès de la Commission européenne en faveur de l’électromobilité. Une orientation vers le tout-électrique qui inquiète aussi les acteurs du bioéthanol.

« En réponse à la flambée des carburants, l’État français a accordé une ristourne de 18 centimes sur le litre de super ou de gasoil. L’Allemagne, elle, met en place, cet été, un abonnement à 9 euros par mois donnant un accès illimité aux trains régionaux, bus et trams, dans tout le pays. »

Au moment où le Parlement européen vient de confirmer l’interdiction des véhicules neufs à la vente à l’horizon 2035, ceux-ci arguaient que, selon une mesure conduite par l’IFPEN, les véhicules hybrides rechargeables utilisant le superéthanol E85 sont aussi vertueux que le 100 % électrique, sur la durée totale de leur cycle de vie. Et de plaider pour que « les instances européennes [respectent] le principe de neutralité technologique et [laissent] aux constructeurs automobiles la flexibilité de répondre à la trajectoire de neutralité carbone ».

Cette neutralité, Patrick Martin, président délégué du Medef, l’avait lui aussi appelée de ses voeux, dans un autre domaine, lors de l’assemblée générale de la fédération BTP Ain. Et il aurait sans doute été sage, en ces temps incertains, de laisser toutes les options sur la table.

1 Commentaire

  1. Guiot

    Les choix actuels ne sont pas fondés sur des analyses raisonnées, mais sur la pression médiatique et les analyses radicales.
    l La voiture tout électrique ne semble pas être le meilleur choix. Effectivement il aurait fallu garder des options ouvertes. Si comme le disent les analyse , 80% des déplacement sont des déplacements courts de moins de 80 km, l’option aurait dû être de développer rapidement des véhicules électriques de moyen modèle, sachant que les propriétaires rechargeront leur batterie dans leur garage.
    Par contre pour les grand trajets, il aurait été nécessaire de garder les moteurs thermiques; n’est ce pas une aberration d’installer des milliers voire des millions de prises de recharge le long des autoroutes des routes, où les voitures vont s’agglutiner ? et créer des embouteillages, des tensions entre conducteur etc. ? La France et l’Allemagne sont les leaders mondiaux des moteurs thermiques, on se tire une balle dans le pied en se privant d’un savoir faire industriel les supprimant si vite. Il aurait fallu réduire la taille des voitures, leurs poids, mieux les profiler et interdire à terme les SUV !

    Réponse

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