Dans son édito, Myriam Denis s’étonne que le sexisme ordinaire puisse s’immiscer jusque dans les rangs de la prestigieuse école d’administration, l’ENA.

Myriam DenisComme notre mag a souvent un temps d’avance, anticipons la “traditionnelle” journée de la femme du 8 mars.

Je suis choquée, littéralement, par la misogynie ambiante qui règne dans notre société. J’ai l’impression de passer mon temps à dénoncer telle publicité rabaissante pour les femmes, telle émission de télévision ou de radio où le ton paternaliste déployé envers les femmes est incroyablement insupportable. J’espère tellement que les générations suivantes trouveront davantage d’équité ! Et lorsque j’ouvre Le Monde, entre deux reportages ou analyses sur le coronavirus – gentiment stoppé à la frontière de la France, si ça vous rappelle quelque chose – je peux lire toute une page dénonçant le sexisme au sein de la prestigieuse et si respectable institution qu’est l’ENA. Ô rage ! Ô désespoir ! Même l’école censée former les plus hautes sphères étatiques est contaminée par un machisme ordinaire, dégoulinant de condescendance envers les femmes, caché tant bien que mal derrière les portes closes. L’article, fort intéressant au demeurant, dénonce une multitude de comportements écœurants, destinés à déconsidérer, voire décourager, le “beau sexe”. Une partie des étudiants de la promotion Molière (2018-2019) décrit précisément dans un rapport, « un retour d’expérience » amer. « Fonctionnement élitiste et inadapté » de l’école, cas de harcèlements et discriminations semblent fonder le socle de cet enseignement qui, rappelons-le, est destiné à celles et ceux qui occuperont par la suite, des hautes fonctions étatiques. Au quotidien, cela se traduit notamment par des petites choses qui pourraient passer inaperçues, si elles n’étaient pas aussi systématiques. C’est notamment le cas du tutoiement appliqué aux étudiants et non aux étudiantes, par certains membres de la direction de l’institution. Pratiqué également dans certaines entreprises, c’est un signe discret mais bien présent, de non-appartenance à une caste vis-à-vis des faibles femmes. Un signe parmi tant d’autres… Les commentaires sur l’âge, semblent également être monnaie courante : « la jeunesse est associée à une forme de naïveté, l’âge plus mûr, considéré comme un obstacle pour la suite ».

MÊME L’ÉCOLE CENSÉE FORMER LES PLUS HAUTES SPHÈRES ÉTATIQUES EST CONTAMINÉE PAR UN MACHISME ORDINAIRE, DÉGOULINANT DE CONDESCENDANCE ENVERS LES FEMMES, CACHÉ TANT BIEN QUE MAL. »

Mes recherches poussées sur le sujet, j’apprends également qu’à l’ENA, on n’évoque pas la parité, pour lui préférer le terme de diversité, subtile précision langagière où être une femme s’apparente presque à un handicap, à l’image de ce que pourraient ressentir les  (quelques) étudiants d’origine étrangère ou modeste. Car au final, qui se retrouve en tête de classement ? Je vous le donne en mille, le profil type est simple : il s’agit d’un jeune homme, blanc, issu des quartiers chics de Paris. Voilà qui verrouille pas mal de possibilités… Surtout, si ce paradigme n’évolue pas, la conscience politique ne pourra s’éveiller, car c’est de la pluralité que naît la richesse. Si les énarques sortent toujours du même moule, nous prenons le risque de voir se perpétuer à l’envi et à l’infini les mêmes comportements, les mêmes stratégies, pourtant largement décriés récemment… N’oublions pas qu’il existe deux catégories d’énarques : les “décideurs” que l’on retrouve régulièrement sous les feux des projecteurs. Et toutes celles et ceux qui administrent le pays, d’une façon beaucoup plus discrète. Et cela est fonction du classement de sortie, lequel laisse encore aujourd’hui la part belle… aux hommes.

Myriam Denis
Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

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