Dans son édito, Myriam Denis se demande depuis combien de temps « la colère gronde au sein des masses », comme disait Desproges, sans contrepèterie.

Myriam Denis« J’appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques à voter pour moi, à s’inscrire dans leurs mairies et à colporter la nouvelle. »

C’était en 1980 et à cette époque, l’humoriste humaniste Coluche annonçait sa candidature à la tête de l’État. Dans les sondages très officiels de l’époque, il était gratifié de 16 % des intentions de vote (devant Chirac). Il a décidé de retirer sa candidature en mars 1981.

C’était l’année précédant ma naissance. Et lorsque j’emprunte un rond-point et que je vois tous ces gens, comme vous, comme moi, qui manifestent leur mécontentement, contre la hausse des taxes, contre ce sentiment de ne pas être pris en considération par les grands décideurs de ce pays, sans qui ils ne sont pourtant rien, je me dis que la colère gronde, sous-jacente, depuis bien longtemps. Les annonces édictées par Emmanuel Macron lundi 10 décembre changeront-elles la donne ? C’est encore un peu tôt pour le dire. Après le mea culpa et les promesses, les uns pensent qu’il s’agit d’un bon début, les autres sont sceptiques et considèrent que le Président a simplement sorti le gilet de sauvetage face aux gilets jaunes.

« LES UNS PENSENT QU’IL S’AGIT D’UN BON DÉBUT, LES AUTRES SONT SCEPTIQUES ET CONSIDÈRENT QUE LE PRÉSIDENT A SIMPLEMENT SORTI LE GILET DE SAUVETAGE FACE AUX GILETS JAUNES. »

Quoi qu’il en soit, les mesures annoncées induiront nécessairement un coût, chiffré entre 8 et 10 milliards d’euros. Le prix de la paix ? Mais si ma mémoire est bonne, il ne me semble pas que la France jouisse d’une santé financière des plus florissantes, avec une croissance exponentielle. Il va donc bien falloir les trouver quelque part, ces milliards. Pas dans la poche des anciens contributeurs de l’ISF, Emmanuel Macron ayant balayé d’un revers de main un hypothétique rétablissement de l’impôt sur la fortune. Peut-être alors, dans les économies générées par l’instauration du prélèvement à la source : ce mardi 11 décembre, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, laissait entendre qu’avec ce système, certains fonctionnaires ne trouveraient plus à s’occuper… Une autre option serait celle de creuser encore davantage notre déficit public. Ou alors, à instaurer, dans quelque temps, une nouvelle taxe, sur le principe des vases communicants, solution fonctionnant hélas souvent très bien en politique.

Dans notre département, selon l’observatoire économique de la Chambre de commerce et d’industrie, la perte sur le commerce de détail (produits de grande consommation, hors services) peut être estimée à ce jour à un peu plus de 11,2 millions d’euros. C’est sûr, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… Mais parfois, ils revêtent un coût non négligeable !

Myriam Denis
Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

Marche pour le climat et gilets jaunes vus par Faro