Édito | Quelle voie pour la Nouvelle-Calédonie ?

par | 6 juin 2024

J’ai longtemps hésité à faire ou non un édito sur la Nouvelle-Calédonie. Sujet complexe et ô combien délicat. Il faut savoir que, si je suis née dans l’Ain, j’ai vécu de nombreuses années sur le “Caillou”, où j’ai encore famille et amis.

Si de loin les émeutes peuvent ressembler à celles qui ont agité la France après la mort du jeune Nahel en 2023, il n’en est rien. La situation est bien plus violente. Chaque nuit, ce ne sont pas seulement des voitures qui brûlent. Le procureur de la République a annoncé au 21 mai que plus de 400 entreprises avaient subi des dégradations. Cabinets médicaux, écoles, postes… Tout y passe.

La nuit, des particuliers sont également sortis de force de leur maison avant que cette dernière ne soit incendiée. « Il y a eu une explosion juste à côté », « La Coulée subit encore un assaut, un gendarme a été touché par une balle réelle, c’est à deux kilomètres de chez nous », « On a barricadé la maison pour la nuit, on ne va pas dormir », « On se tient prêt à partir en urgence », voilà le genre de messages que je reçois depuis le début.

« Les indépendantistes ne veulent pas de cette réforme, dont l’effet serait de diminuer le poids des voix kanakes sur une terre qu’ils habitent depuis plus de 3 000 ans. Terre colonisée par la France en 1853 et d’ailleurs toujours considérée par l’ONU comme pays à décoloniser… Sans parler de la répartition des richesses, loin d’être équitable… »

Sept morts officiels sont issus de ces émeutes, mais on oublie facilement les morts naturelles, dont le nombre a doublé faute d’accès aux soins. Si l’agitation semble s’être un peu calmée et si le dernier quartier de Nouméa a été libéré, le couvre-feu est maintenu et certains secteurs sont toujours en grande difficulté ou isolés. En parallèle, les habitants maintiennent certains barrages pour se protéger des émeutiers. Et bien sûr, tout peut empirer à chaque instant.

Mais pourquoi en sommes-nous là ? Depuis les référendums pour l’indépendance, la situation était déjà tendue. Le troisième scrutin, notamment, organisé en pleine crise sanitaire au lieu d’être reporté comme le demandaient de nombreux Kanaks, a été largement boycotté compte tenu des conditions de son organisation, posant ainsi la question de sa légitimité. Mais c’est le projet de réforme de la constitution et du corps électoral calédonien qui a mis le feu aux poudres.

Actuellement, les personnes arrivées sur le territoire après décembre 1998 ne peuvent voter aux élections provinciales. La réforme permettrait à toute personne installée en Calédonie depuis plus de 10 ans d’être intégrée au corps électoral. Les indépendantistes ne veulent pas de cette réforme, dont l’effet serait de diminuer le poids des voix kanakes sur une terre qu’ils habitent depuis plus de 3 000 ans. Terre colonisée par la France en 1853 et d’ailleurs toujours considérée par l’ONU comme pays à décoloniser… Sans parler de la répartition des richesses, loin d’être équitable…

« De l’autre côté, les habitants arrivés depuis plus de 20 ans veulent pouvoir prendre part à la politique d’un territoire dans lequel ils s’investissent. Deux revendications légitimes. »

Bref, une réticence tout à fait entendable. De l’autre côté, les habitants arrivés depuis plus de 20 ans veulent pouvoir prendre part à la politique d’un territoire dans lequel ils s’investissent. Deux revendications légitimes. Mais la solution ne peut pas passer par les destructions et par la haine de l’autre. Ce n’est rien d’autre que se tirer une balle dans le pied. Quelle est la solution alors ?

Ce que je sais, c’est que la Calédonie est un pays prometteur, magnifique, avec une richesse humaine incroyable… Il ne reste qu’à espérer que les Calédoniens d’aujourd’hui sauront trouver la voix du dialogue, comme leurs ancêtres avant eux.


Joséphine Jossermoz
Photo à la une : © Google Earth


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