La hausse des prix de l’énergie inquiète les consommateurs, à juste titre. On oublie souvent de dire qu’elle taraude tout autant les entreprises, quelle que soit la nature de leur activité.

Il y a celles qui en dépendent directement dans la fabrication de leurs biens (industrie, transports) et celles dont l’activité, plus immatérielle, cesserait si le robinet ou le cordon était coupé. Particuliers et entreprises ne font d’ailleurs qu’un dans le cycle de production/consommation/emploi qui les lie par le fil magique de l’énergie.

La récente envolée des prix du pétrole, puis de l’électricité, ont remis au goût du jour la nécessité de repenser la politique de l’énergie car, qu’on le veuille ou non, le pétrole va se tarir et les infrastructures électriques vieillir. Le traditionnel clivage gauche/droite est revenu, avec d’un côté les tenants d’une régulation forte du marché de l’électricité et de l’autre ceux d’une libéralisation. Il est piquant de constater qu’avant toute libéralisation, celle-ci est vouée aux gémonies. Que l’on sache, la hausse massive du prix de l’électricité, de 25% à 30% pour les entreprises genevoises, est intervenue avant l’ouverture des marchés, ce qui devrait plutôt conduire le consommateur à penser qu’il vaut la peine de tenter de les déréguler, au moins par souci de transparence accrue.

Car, lorsque l’on cherche à savoir quelle est la justification des hausses, chacun se renvoie la balle. Il y a bien sûr l’énergie de base qui sert à produire de l’électricité, mais elle ne représente qu’une petite part de l’énergie consommée. Ce sont donc tantôt le courant importé qui a augmenté, tantôt les frais de transport qui servent d’explication. Dans ce domaine, l’écran de fumée ressemble à celui des coûts de la santé et c’est l’entreprise qui se retrouve malade.

A défaut d’être clair, le débat a le mérite d’être moins figé que par le passé, même s’il achoppe sur des divergences majeures s’agissant de l’approvisionnement. Fini le temps où les énergies alternatives suscitaient les sourires condescendants et où les économies d’énergie paraissaient réservées aux théoriciens du plateau du Larzac. Dans l’ensemble, la classe politique paraît acquise au triptyque utilisation rationnelle/énergies renouvelables/nouvelles sources de production.

Le risque de la pénurie
C’est bien, mais sur ce dernier point, les palabres continuent, alors que des mesures concrètes s’imposeraient très rapidement, indépendamment des efforts d’économie qui ont d’ailleurs largement été le fait des entreprises. Les centrales nucléaires seront hors d’usage pour certaines d’entre elles en 2020. Il faut bien songer à les remplacer, alors que la consommation d’électricité augmente. Les délais sont courts car on ne construit pas une centrale nucléaire comme un lego. En refusant d’envisager sérieusement comme solution de transition des centrales au gaz, faciles à réaliser et moins polluantes que celles au charbon, la Suisse prend le risque de la pénurie, au moment où ses voisins devront eux aussi trouver les moyens de disposer de suffisamment d’énergie. Quant aux prix, ils sont plus bas dans les cantons qui ont une capacité de production élevée. A méditer pour Genève.

La question de notre avenir énergétique devant immanquablement être tranchée par le peuple en raison du moratoire nucléaire et des procédures référendaires, mais aussi des débats sur le CO2, il est temps de lui dire qu’il a son destin entre ses mains et que les conséquences de ces choix seront cruciaux pour l’avenir. Les investissements des années soixante et septante, ainsi que des contrats d’approvisionnement avantageux, ont permis de repousser une vraie prise de conscience des enjeux relatifs à la question énergétique. Ce sera de moins en moins le cas. Et cela sera déterminant pour l’équilibre économique, social et environnemental. On verra alors qui veut d’un développement vraiment durable.