Ensemble, dépassons nos frontières

par | 6 Juin 2012

Candidat aux prochaines élections législatives pour la 4ème circonscription de Haute-Savoie, Cantons d’Annemasse – Saint Julien – Frangy – Seyssel

Interview

Claude Deffaugt, vous êtes reconnu parmi les acteurs économiques de notre région et aujourd’hui vous êtes candidat aux prochaines élections législatives pour la 4èmecirconscription de Haute-Savoie. Après un tel parcours, on se demande bien pourquoi vous souhaitez quitter ce fauteuil de dirigeant comblé, pour partir en campagne électorale en quête d’un mandat de député?

Par-dessus tout, j’ai reçu une éducation fondée sur des valeurs dans lesquelles l’engagement Républicain était érigé en modèle. Petit-fils d’une figure de la Résistance qui fut Maire d’Annemasse, je suis très attaché à mes racines, à l’agglomération d’Annemasse où je réside et à tous ces territoires ruraux qui les bordent et que j’ai arpentés quand j’étais adolescent, et que je redécouvre toujours avec autant de joie.
Ensuite, le fait que j’ai aujourd’hui, comme vous l’avez dit, atteint des objectifs passionnants sur le plan professionnel, me rend totalement libre et dégagé de toute contrainte pour m’investir pleinement dans un mandat législatif. Mettre mon expérience au service de l’action publique, ma force de conviction au service de la réussite de grands projets de territoire, porter à Paris la parole des habitants de la Haute-Savoie pour construire les bases d’un avenir où chacun puisse trouver sa place, tels sont aujourd’hui les défis que je souhaite relever.

Alors justement, pour vous, quels sont les enjeux de demain? La 4ème circonscription est redécoupée à l’occasion de ces élections, une partie du territoire est frontalier, les cantons d’Annemasse et de Saint Julien, l’autre est plus éloigné, plus rural, Frangy et bien sûr Seyssel? Quelles seraient alors vos priorités si demain vous étiez élu?
Tous ces territoires devront tendre ensemble vers un développement harmonieux. Les problématiques transfrontalières vont impacter de plus en plus les cantons les plus éloignés du genevois français. Il s’agira d’affirmer avec lucidité une vision partagée des facteurs de croissance et de succès de notre bassin transfrontalier.
Devant l’interdépendance grandissante de nos territoires, permettre la concrétisation d’accords gagnant-gagnant dans les domaines du logement, de l’emploi, de la formation, de la mobilité, tout en préservant nos espaces agricoles est pour moi l’objectif primordial que je devrai viser en qualité de député. Présenter les garanties d’une expérience réussie dans la gestion de projets de part et d’autre de la frontière est un atout certain que je souhaite mettre au service de la coopération transfrontalière,
Améliorer la qualité de la vie, en préservant nos terres, nos productions, nos biens, mettre toute notre énergie à créer des îlots urbanisés véritables lieux de vie, respectueux de l’environnement, solidaires, favoriser l’entreprise commerciale, artisanale, agricole, tendre vers des équilibres plus justes entre la France et la Suisse en terme d’emplois et de logements, agir pour l’apprentissage, pour la collaboration entre jeunes et sites de formation…en gardant comme préoccupation majeure que l’humain doit être placé au cœur de l’action, voilà mon objectif!

Mais ne pensez-vous pas que les pressions politiques limiteront vos élans?
Non justement, c’est la raison pour laquelle je n’ai pas d’étiquette politique, je ne suis pas encarté bien que je me positionne clairement à divers droites. Je ne suis pas attaché aux étiquettes mais à des valeurs que je compte défendre par-dessus tout. Je souhaite fédérer toutes les énergies rassemblées autour d’objectifs concertés.
La politique c’est l’action pour le bien commun, pour la qualité de vie!

Vous évoquez de nombreux thèmes durant la campagne, mais pour vous y en a-t-il un plus important que les autres ?
Au-delà des logiques partisanes, « faire campagne », c’est avant tout, ouvrir le temps de la réflexion et du débat. Quelles visions partagées, quelle marges de manœuvres pour quel avenir ? Dans ce cadre, beaucoup de sujets sont abordés, mais si je ne dois retenir qu’un seul thème, c’est celui de l’emploi et de la relation au travail que je considère comme le plus important.

Pourquoi ?
Souvent considéré uniquement comme une source de revenus, l’emploi joue un rôle primordial. C’est seulement lorsqu’on le recherche ou qu’on le perd que l’on prend conscience du rôle essentiel qu’il occupe dans nos vies et notre République. Mais surtout, une chose est claire, tous nos régimes de protections sociales sont financés par des prélèvements sur le travail ; ne pas le comprendre, voire ignorer cette contribution à nos régimes sociaux conduira notre pays et l’ensemble de nos compatriotes à de graves difficultés.

La relation au travail a pourtant beaucoup changé
C’est exact, et l’on peut s’interroger sur l’évolution de la perception de la valeur du travail, notamment durant les dernières décennies. L’après-guerre avait permis de rassembler l’ensemble des citoyens autour du projet de la reconstruction de la France, de la contribution individuelle à la croissance, de la participation de chacun vers un idéal commun. La contrepartie à cet effort collectif tenait essentiellement en deux axes : la mise en œuvre de la protection sociale et des congés payés pour tous. Les chocs pétroliers et les crises financières n’ébranleront pas la certitude de la conservation éternelle de nos droits sociaux, du droit au confort, à l’idée d’un bien-être croissant pour nous et nos enfants. Ainsi, peu à peu la société a pris de la distance avec la valeur du travail et les marchands de « rêves » ont réussi à convaincre le plus grand nombre d’une forme d’aliénation par le travail et de l’apparente évidence du concept de temps libre. Partager le travail devint le mot d’ordre, le quitter le plus rapidement possible, pour une retraite active, un objectif. C’est ainsi que l’emploi n’est devenu pour le plus grand nombre qu’un moyen de subsistance. Par ailleurs, on peut également associer à cela l’émergence d’une vision de plus en plus spéculative de la conduite d’entreprises internationales par des responsables pilotant à distance des organisations où le produit et le service générés étaient de moins en moins considérés. Ainsi, l’emploi est devenu peu à peu une variable d’ajustement dans un compte d’exploitation opérationnel, dont les résultats sont analysés dans une logique de rendement à court terme.

Mais comment voyez-vous l’évolution de la place du travail dans la société
Chaque individu souhaite trouver sa place dans la société et la souffrance de perdre l’espoir d’y parvenir peut générer des conséquences graves. Occuper un emploi c’est avant trouver sa place dans la société : « Je travaille donc je suis ».
Comment qualifier une société qui a du mal à donner du travail à ses enfants et leur permettre ainsi de devenir les acteurs de leurs propres parcours de vies.

Que dire d’une société qui accepte sur son sol une jeunesse qui ne peut participer au développement économique et se sent peu à peu inutile avec les conséquences que l’on connaît. Acquérir un métier, exister professionnellement, c’est aussi exister personnellement et donner du sens à son quotidien. Construire et développer des contacts sociaux par la reconnaissance de son professionnalisme, c’est voir grandir l’estime de soi et la confiance dans son entourage et dans l’avenir.

En effet les jeunes apparaissent comme les laissés pour compte. Que comptez-vous faire?
Si l’objectif fut pendant longtemps d’amener plus de 80% d’une tranche d’âge au baccalauréat, nous constatons aujourd’hui les limites de cette politique. Dans ce contexte, il devient urgent de changer de cap. Ma conviction est qu’il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour revaloriser l’apprentissage et permettre un accès plus tôt à ce type de formation, notamment pour les jeunes qui ne trouvent aucune motivation dans la poursuite d’un cursus traditionnel. Parallèlement, il faut renforcer les passerelles entre filières de formation et accroître le principe de la formation continue tout au long de la vie afin que, professionnellement, tout reste possible à tout âge.

Vous êtes chef d’entreprise; quels sont pour vous les facteurs de création d’emplois?
Si quelques grands groupes du CAC 40 retiennent souvent l’attention, nous ne devons pas oublier qu’en France le tissu économique est formé de plus de 3 millions d’entreprises, dont la plus grande majorité n’emploie que quelques salariés. Soutenir ces petites structures et inciter les jeunes à entreprendre renforceront notre capacité à produire, à exporter et à développer l’emploi. Pour cela, je suis persuadé que la régénération des modèles mutualistes ou coopératifs présentent une réelle modernité et sont adaptés au contexte actuel. Une France forte et juste est une France qui croit dans son appareil de production, qui fait preuve d’innovation et qui soutient l’investissement de ses entrepreneurs en mettant à leur disposition les capitaux dont ils ont besoin pour créer et faire croître des modèles économiques plaçant l’homme au centre de leurs préoccupations. Une France forte et juste c’est également une France qui ose alléger la complexité de ses réglementations et qui fait confiance aux acteurs de chaque branche professionnelle pour négocier des accords directement entre les parties prenantes.

Notre circonscription présente la particularité de se situer à proximité de Genève. Est-ce un atout pour l’économie et l’emploi?
C’est un challenge à relever et un formidable stimulateur pour notre économie locale. Les zones frontières exacerbent les différences et c’est à chacun de nous de savoir s’il les considère comme un danger ou une opportunité. Pour ma part, je considère notre proximité à la Suisse comme une opportunité, dont il s’agit d’en mesurer les enjeux, les atouts et les risques également. D’une part, plus de 60’000 transfrontaliers travaillent à Genève et dans certaines de nos communes plus d’une personne active sur deux exercent une activité à Genève. Cela génère une masse salariale annuelle de près de 5.5 milliards d’Euros, qui bénéficient à notre territoire sous forme d’investissements mobiliers ou immobiliers, dont des droits et taxes, et d’achats de consommation courante. Dès lors il faut soutenir ces emplois et notamment nous assurer du respect des engagements relatifs au Traité sur la libre circulation des personnes entre nos deux Etats. D’autre part, la proximité de Genève exerce une aspiration de certains de nos talents formés sur notre territoire. Cela a pour conséquence une tension sur l’emploi dans des secteurs comme le personnel médical, les métiers techniques et de services. En tant que chef d’entreprise en Haute-Savoie je suis moi-même confronté à ce phénomène tous les jours. Des solutions existent. Nous devons notamment intensifier la promotion de la bi-localisation des entreprises, concevoir la formation de personnels et la prise en charge des coûts de ces formations dans une approche transfrontalière. De plus, je pense essentiel d’intensifier les rapprochements économiques transfrontaliers par branche d’activité, l’horlogerie en étant un exemple. Ma connaissance et mon expérience du contexte transfrontalier, des institutions et des milieux économiques de part et d’autre de la frontière se révèleront déterminants dans mon engagement au service du développement de l’emploi dans notre circonscription.

L’emploi est donc pour vous un facteur essentiel d’intégration, de développement personnel et de participation au financement des acquis sociaux?
L’emploi est la clef de voûte de notre société. Le développer sur notre sol, c’est garantir la pérennité des acquis sociaux, le paiement de nos retraites et l’avenir de nos enfants.
A l’heure où l’on reprend conscience de la responsabilité sociale de l’entrepreneur nous devons veiller à ré-impliquer la société civile dans la conduite politique de notre pays. Assurer cette représentativité par des personnes issues de l’entreprenariat c’est ouvrir une aire nouvelle, celle du pragmatisme et de la dynamisation du territoire vectrice de création d’emplois. C’est dans cette logique que je me suis toujours impliqué, comme ce fut le cas dans la création et la réalisation de mon dernier projet, le Vitam’parc. C’est dans cet objectif que je veux placer le projet de mon mandat de député de ma circonscription natale au service de la collectivité et de l’action publique.

Selon vous quel rôle doit jouer la partie française du «Grand Genève» dans la construction de notre territoire transfrontalier?
Si le rayonnement de Genève dans le monde tient notamment aux traités qui y furent signés et à la présence des organisations internationales, la valeur économique de la marque «Genève» n’est possible qu’au travers de la compétence de ses forces vives dont près du quart, de toutes nationalités, habitent en France voisine.
Dès lors, les atouts de notre région ne peuvent plus être considérés par la Suisse comme une variable d’ajustement, mais comme une condition essentielle de succès. Ainsi, si le rayonnement de Genève et sa prospérité tiennent grandement au fait qu’elle dispose d’un arrière-pays dénommé genevois français, nous constatons que son modèle de développement lui imposera de renforcer encore la contribution des territoires frontaliers.

Mais cette contribution croissante est justement la source de déséquilibres entre la partie française et la partie suisse du «Grand Genève».
Conduire la mise en œuvre d’un projet transfrontalier basé sur les seuls intérêts individuels ne nous mènera pas très loin et contribuera à permettre à des minorités populistes d’en exacerber les seuls effets négatifs.
Dans ce contexte, nous devons en effet, veiller à une juste répartition des efforts.
Prenons l’exemple du logement. La bétonisation des territoires haut-savoyards et l’urbanisation croissante provoque des effets induits importants exportés, par facilité, par les citoyens genevois en terres françaises.
Cela est sans compter que le fait de résider dans une commune induit des investissements des collectivités locales, tels que, par exemples, les écoles, les équipements communaux, les infrastructures de transports publiques, ou de secours, dont les financements sont supportés par les contribuables français; le reversement des fonds frontaliers n’en couvrant qu’une faible part.
Dans ce contexte, il s’agit de soutenir le travail des élus locaux dans la mise en œuvre de la gouvernance du «grand Genève», mais également de renforcer la visibilité de leurs travaux au niveau national et de proposer des adaptations de la législation à chaque fois que cela s’avérera nécessaire.

Nous savons que l’acceptation de la répartition des efforts par l’ensemble des citoyens sera fonction de la capacité des élus de promouvoir une identité régionale…
Dans ce contexte, la connaissance des parties prenantes, des institutions et des acteurs économiques des deux côtés de la frontière et la confiance réciproque que les négociateurs s’accordent est déterminante.
L’histoire a notamment montré qu’à chaque fois qu’il y a eu de réelles avancées dans le dossier transfrontalier, c’était lorsque les représentants des deux pays se reconnaissaient et se faisaient personnellement confiance.
Ce projet nécessite avant tout du respect et de la confiance, non seulement entre les décideurs, mais entre les communautés toutes entières.
Il nous appartient donc d’expliquer, de réunir autour de projets communs, mais surtout de capitaliser sur ces nombreux habitants pionniers qui ont la particularité d’être déjà dans un modèle de gouvernance future, car binationaux.
En cela, la culture et le développement de projets culturels doivent être considérés comme un des vecteurs principaux de rapprochement et de prise de conscience d’une identité transfrontalière commune.

Biographie Claude Deffaugt

Claude Deffaugt est né à Annemasse en 1954. Après avoir débuté ses études à l’Université de Savoie, il poursuit sa formation à Genève. Il est titulaire d’un Master en Administration des Entreprises et d’un Master en Economie & Sciences du Management. Il effectue l’ensemble de son parcours dans le cadre du groupe Migros, dans lequel il assumera successivement les fonctions de directeur marketing, directeur commercial et directeur des ressources humaines de la coopérative de Genève. Claude DEFFAUGT est actuellement directeur général de la filiale française de MIGROS. Cette société emploie plus de 700 collaborateurs dans le métier de la distribution à Shopping Etrembières, Val Thoiry et Neydens, des loisirs au Vitam’parc et des missions administratives sur le site d’Archamps. Claude DEFFAUGT est également président du Club des Entreprises de l’Institut d’Administration des Entreprises – IAE Savoie Mt Blanc & IUT de l’Université des Savoie, vice-président du Cercle des Dirigeants de Genève, et membre de Conseils d’Administrations (Chambre de Commerce et d’Industrie 74 – Mouvement des Entreprises de France 74 – Université de Savoie – Maison de l’Economie et du Développement – Institut d’Administration des Entreprises) et d’associations de développement économique régional. Il est également chef d’escadron de gendarmerie dans la réserve citoyenne.

img19136.jpg

Claude Deffaugt
©David Machet

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Découvrez également :

Publicité

Pin It on Pinterest