Territoire en développement équivaut à plus de déplacements. Des acteurs comme l’agence de mobilité aimeraient endiguer le tout-voiture.

Il y a des signes qui ne trompent pas! Longtemps prévus à l’avance, les premiers Rendez-vous de la mobilité organisés par l’Agence de Mobilité du Nord-Isère ont pourtant coïncidé avec la première grève des cheminots qui a jeté sur le bitume plus de voitures encore qu’à l’accoutumée. On pourrait presqu’en sourire, si l’heure n’était pas à la réflexion, sérieuse… En Nord-Isère, avec près de la moitié des déplacements qui ne dépassent pas les 3 kilomètres, il y avait vraiment de quoi se mettre autour d’une table et réfléchir à d’autres modes. Alternatifs, comme on dit aujourd’hui, surtout quand les trois quarts de ces déplacements s’effectuent à l’intérieur même du périmètre de la Communauté d’Agglomération Porte de l’Isère.

«Avec une croissance de la population de plus de 1,5% par an, d’ici à 10 ans, il y aura 45000 habitants de plus dans le Nord-Isère. Et si le taux des usagers de la voiture solo ne diminue pas, il y aura de plus en plus de routes congestionnées, sans parler de l’impact négatif que ça aura sur l’environnement ! » soutient l’Agence de développement économique. Le Nord-Isère doit d’autant plus s’en préoccuper qu’il abrite en son sein la gigantesque zone logistique des Chesnes, traversée par de nombreux camions, et que le monde de l’entreprise s’y développe. Avec lui, quantité non négligeable de nouveaux employés, même si les dessertes «Ruban» mises en place par la CAPI empêchent le flot des voitures (130000 par jour sur le Nord-Isère) d’augmenter.

Une application pour covoiturer

Certes, la dernière enquête ménages/ déplacements (3700 foyers enquêtés sur le bassin de vie de près de 300000 personnes) fait ressortir un tassement dans l’utilisation de la voiture, mais le nombre de véhicules demeure, lui, en augmentation. Près de 40% des déplacements entre le territoire de la CAPI et la gare de Villeurbanne se font malgré tout en train. Témoins, les parkings des gares du Nord-Isère qui accueillent à eux seuls près de 3000 voitures. On note toutefois, selon que l’on se trouve dans telle ou telle partie du Nord-Isère, quelques disparités. Si, pour aller travailler Parc de Chesnes, on parcourt ici une quinzaine de kilomètres, il faut compter le double, dès lors qu’on se situe dans

 L’EXEMPLE PARISIEN

Comme le chantait si bien le regretté Joe Dassin, «À paris, à vélo, on dépasse les autos!» Depuis le début des campagnes visant à abaisser le nombre de véhicules dans Paris intra-muros, le trafic automobile dans la capitale a été divisé par deux. Comme on dit, tout ce qui arrive à Paris finit toujours par arriver ici un jour!

les Balcons du Dauphiné. Quand au taux de remplissage des voitures, il est, là aussi, très évocateur. Près de la moitié des voitures ne circulent qu’avec une seule personne à bord. Et, quand on transporte un passager, c’est, dans 5% des cas seulement, quelqu’un hors famille. D’où le faible impact encore de l’auto-partage, même si des projets ambitieux sont à l’étude, à l’image de «Lane», une ligne de covoiturage entre Bourgoin-Jallieu et Lyon via une application créée par une start-up lyonnaise.

Une loi «mobilité»

Pour endiguer le tout-voiture, le covoiturage ou l’auto-partage peut être une solution, mais, en Nord-Isère comme ailleurs, une meilleure mobilité passerait d’abord par l’amélioration des transports collectifs, la mutualisation de la flotte de véhicules public/privé, la possibilité qu’ont les employés de pratiquer le télétravail, voire la fréquentation d’un télé-centre ou l’aménagement de plateformes multimodales, et, ça va de soi, une meilleure communication. Dans un milieu périurbain, tel que le Nord-Isère, où les habitants n’ont pas toujours la mobilité espérée près de chez eux, c’est aux services d’aller à eux. Invitée à ces premiers Rendez-vous de la mobilité, la députée de la 10e circonscription de l’Isère, Marjolaine Meynier-Millefer, ne dit pas mieux : «N’importe qui sur le territoire doit pouvoir se déplacer! On a un bon maillage en France, mais on a loupé quelques coches, pris du retard sur certains aspects… Se déplacer est source d’anxiété pour nos concitoyens. Une étude montre qu’une personne sur quatre, un jour, a refusé un emploi ou un entretien pour cause de mobilité ! ».

Le progrès, en la matière, passe peut-être par la législation. En septembre prochain, le gouvernement présentera «LOM», un projet de loi d’orientation de la mobilité. «Il faut en finir avec les zones blanches, numériques ou physiques! Autrement, il n’y a pas de mobilité sociale ! » martèle Marjolaine Meynier-Millefer. Il est vrai qu’en matière de couverture téléphonique aussi, il y aurait aussi matière à réflexion…

Par Eliséo Mucciante

Cet article est paru dans ECO Nord Isère du 13 avril 2018. Il vous est exceptionnellement offert à titre GRATUIT. Pour retrouver l’intégralité des articles de notre hebdomadaire mais aussi de nos suppléments et hors-séries, c’est ICI