Facebook a franchi le cap des 150 millions d’utilisateurs dans le monde. Avec vous, avec moi. Et ce réseau amical devient aussi une plateforme professionnelle.

Les trois-quarts des «facebookers» étaient aux États-Unis jusqu’à l’an dernier mais le développement ailleurs dans le monde est exponentiel, désormais 170 pays sont couverts et la proportion s’est quasiment inversée avec plus de 70% hors USA en 2009. Les traductions ont suivi, elles sont à plus de 35 langues, l’expansion est garantie.

Phénomène mondial
Comment est-il possible qu’une «simple» plateforme d’échange entre étudiants soit en passe de devenir le plus vaste réseau de partage du monde? Le point de départ du jeune Mark Zuckerberg ressemble à une sempiternelle saga américaine. Avec des copains dans sa chambre d’étudiant, ils inventent un moyen très ouvert d’échanger entre eux, puis entre diverses universités. L’ouverture est le maître mot. L’ajout de photos puis de vidéos, celui de petits commentaires quotidiens achèvent de faire le succès auprès des jeunes. Il sera rapidement suivi par toutes les classes de la population pour une raison limpide, retrouver des personnes est d’une facilité déconcertante. Un exemple? Nous avons utilisé Facebook pour avoir l’avis d’utilisateurs. En quelques heures, des dizaines de réponses arrivent. Dont une histoire particulièrement édifiante. Une Suissesse a découvert le site en recherchant une demi-sœur dont son père décédé n’avait pas voulu qu’elle connaisse l’existence. Cette sœur a été retrouvée et Facebook a permis à cette jeune femme de suivre la trace d’autres amis éloignés ou oubliés.

Professionnel?
Le phénomène est-il réservé à la sphère privée? Au partage d’amusements et de photos plus ou moins floues? Pas seulement. Nous avons posé la question à tout plein d’utilisateurs. Une partie se méfie de ce que pourrait faire un employeur, par exemple. Il pourrait chercher votre profil, devenir «ami» et trouver un peu curieux que vous soyez en photo dans une grande fiesta avec un chapeau pointu et l’air éméché alors que vous postulez pour être responsable des ressources humaines.

D’autres avis sont particulièrement intéressés par l’aspect professionnel. Pour les journalistes, sans aucun doute, la recherche de contacts est du pain béni. Les sujets arrivent parfois tout seuls. Un professionnel de la télévision a pu contacter des personnalités politiques et des lobbyistes en les interrogeant directement par ce biais. Sur des sujets de société comme la crise du logement ou la condition des pères, il a trouvé des témoignages par l’intermédiaire de groupes.

Promotion, marketing
Autre utilisation, se faire connaître. Les artistes et les créateurs peuvent faire la promotion de leurs spectacles ou de leurs expositions. Voyez Charles Berling, il annonce toutes ses pièces de théâtre ou ses prestations dans des téléfilms, récemment il incarnait Robert Badinter et son combat contre la peine de mort. Il peut le faire par l’intermédiaire de son profil personnel ou créer un groupe duquel n’importe qui devient fan s’il le désire.
Les marques? Innocemment, il est rigolo de se mettre dans un groupe, nous n’avons pas hésité à rejoindre les fans de «Toblerone» qui compte 317 membres en français, un autre s’appelle «Toblerone!!!» et en compte 528. En espagnol ce sont plusieurs friandises avec le triangle magique pour 279 personnes, on en compte 1725 en anglais et il y a encore plein d’autres groupes dont un pour ceux qui détestent ce chocolat! Pour ne pas faire de jaloux, Milka a aussi au moins 1600 fans… «I love my Levi’s» les bat avec 2387. Que vous aimiez ou détestiez les boissons au Cola, vous ne serez pas seuls, les groupes sont innombrables et dénombrent des dizaines de milliers de membres.

Efficacité
Le toujours très jeune Zuckerberg, 24 ans, est venu à Davos pour annoncer que 2009 est une année importante. Des expériences sont faites pour que Facebook remplace les instituts de sondage en recueillant et en analysant l’opinion des utilisateurs en fonction des segments du marché. Les grandes marques pourraient connaître la dimension de l’attachement des consommateurs à un produit existant ou à créer. L’anonymat est toujours garanti mais les renseignements seront précis et précieux. La publicité est déjà adaptée aux goûts et habitudes, elle n’a d’ailleurs pas un très grand succès, songez que pour les Romands la plupart des bannières sont en allemand…

La progression exponentielle des adhérents est de l’ordre du jamais vu. Elle a le bon goût de ne pas se voir quand vous êtes branché. Vous avez votre réseau, petit ou grand, il progresse à votre rythme, avec des proches ou des personnes à l’autre bout du monde. Sans cela, auriez-vous des nouvelles? Pourriez-vous communiquer avec quelqu’un au Canada aussi simplement?

Le partage des photos est également tellement simple que cela ne vaut pas la peine de prendre un autre chemin. Expérience personnelle, après un voyage lumineux au Népal, les amis parisiens, guadeloupéens ou américains me tannaient pour que je leur montre les photos. Elles étaient trop lourdes pour passer par e-mail. Que faire? Ce fut l’un des premiers pas dans Facebook et les amis sont contents… Reste que le site est un reflet de l’humanité en général. Il comporte du sérieux, de l’émouvant et du stupide. Chacun peut créer son groupe comme «on n’est pas dupes c’est Chuck Norris qui a libéré Ingrid Bétancourt». La mondialisation symbolisée par un accès à 150 millions d’internautes. Le groupe «Avant d’être étranger, je suis d’abord SUISSE» n’a d’ailleurs que 2 membres…

Témoignages d’utilisateurs: du privé, du public, du professionnel et… du blocage
Nous avons demandé à un bon nombre d’«amis» s’ils utilisaient Facebook dans le cadre du travail. Quelques réponses mentionnent des limitations. Pierre-Marie Philipps, qui travaille en Suisse mais avait des responsabilités dans une ville voisine française signale que la mairie acceptait que les employés utilisent FB mais en limitant l’accès à 5% de la bande passante, ce que les nouvelles techniques permettent. La lenteur est vite décourageante. En Suisse, la Poste interdit purement et simplement, les CFF et certaines banques aussi. Ivan Slatkine précise que l’accès a été bloqué au niveau professionnel, le responsable informatique estimant que le débit était trop freiné par les utilisateurs.

Dans l’art
Le réseau est efficace pour annoncer des événements. Aliana précise que «cela me paraît un outil indispensable surtout dans le domaine de l’art (entreprise Artraction). Beaucoup de galeries passent actuellement uniquement par Facebook pour annoncer leurs expositions, de plus nous pouvons constater que de nombreuses visites sur notre site Internet sont générées par FB».

Youri Messen-Jaschin milite pour «Genève Capitale Internationale Monde du Cirque 2010» et répond: «J’utilise surtout Facebook pour vendre mes spectacles, c’est une très bonne plateforme de promotions. Très mauvais pour trouver des sous…». Julianah n’est active que depuis quelques mois, elle annonce son prochain concert, le 21 mars, à «Le Môtier», à Romainmôtier, comme elle l’a fait auparavant mais sans savoir «si tout cela a servi à quelque chose….mystère». Elle se réjouit: «c’est sympa parce que je rencontre plein d’anciens élèves que je n’aurais jamais retrouvés autrement».
Remarque pertinente de Thierry Oppikofer: «Le boycotter serait comme boycotter le Natel ou le e-mail, c’est-à-dire être franchement à côté de la plaque. En revanche, les jeunes et les copains qui font des gags ne se rendent pas compte des risques qu’ils prennent pour eux ou pour les autres. Un banquier privé par exemple engagera-t-il en 2018 un type dont la photo prise en 2009, avec un slip sur la tête, est toujours accessible dans les archives Facebook?»
Pierre Buntschu, indépendant, estime que «comme consultant média, marketing et communication, Facebook est devenu incontournable et fournit quantité d’infos. (…) Je me rends compte de l’intérêt de rester branché: à mes amis, à mes clients par exemples participants à des formations que j’ai données et que je ne reverrai plus forcément mais qui ont encore besoin d’un lien, notamment dans le coaching».

Côté journalistes, François Baertschi du GHI y trouve des anecdotes pour le Gniolu mais aussi des sujets. Côté sport, Patrick Wurlod se félicite de cet outil: «A deux reprises, j’ai retrouvé par ce biais des personnes à interviewer, sportifs suisses qui résidaient à l’étranger, et dont je n’avais pas les coordonnées.(…) L’autre intérêt, et de taille, est de pouvoir frapper à la porte de n’importe qui. Qui m’aurait dit un jour que je pourrais laisser un commentaire, voire obtenir une réponse, de Pierre Moscovici?» (ancien vice-président du Parlement européen).

Statistiques

• Parmi les 150 millions d’utilisateurs, la moitié visite le site chaque jour.

• Plus de la moitié sont des adultes.

• La moyenne est de 120 amis. Chaque jour, 3 milliards de minutes sont passées sur Facebook dans le monde.

• Plus de 850 millions de photos et plus de 5 millions de vidéos sont chargées chaque mois.

• Plus de 20 millions de groupes sont actifs sur le site.

• Plus de 52’000 applications sont disponibles sur le site et il s’en ajoute 140 par jour. 95% des utilisateurs en ont au moins essayé une.

Histoire courte
Facebook a été créé en février 2004 par Mark Zuckerberg, Dustin Moskovitz, Chris Hugues et Eduardo Saverin, depuis leur chambre du campus de Harvard.
Le mois suivant, ouverture aux universités de Stanford, Columbia et Yale et en juin déménagement à Palo Alto en Californie. Le premier million d’utilisateurs est atteint en décembre.
En décembre 2005, ils sont 5,5 millions. Les photos ont été ajoutées et le réseau a grandi pour toucher 800 établissements scolaires, puis la plupart des autres.
Décembre 2006, 12 millions d’utilisateurs. Durant cette année, Facebook se répand dans des réseaux professionnels et une alliance est conclue avec Microsoft pour la syndication des bannières de publicité.
L’année 2007, les 20 millions d’utilisateurs sont atteints en avril. Ils sont 50 millions en octobre. La pub Facebook Ads est disponible en novembre.
En 2008, on passe aux traductions, le français et l’espagnol puis les autres langues suivent.
En 2009, ce sont les entreprises, en particulier celles qui vendent des produits de grande consommation, qui seront visées. Expériences en cours… Ce pourrait être le vrai développement financier de la plateforme car, pour le moment, elle n’a généré «que» 150 millions de revenus en 2007 avec une estimation du double pour 2008.

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Facebook a été créé en février 2004 par Mark Zuckerberg, Dustin Moskovitz, Chris Hugues et Eduardo Saverin, depuis leur chambre du campus de Harvard.